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Grève étudiante: Huis Clos

Nous sommes maintenant très nombreux à avoir vu la fameuse vidéo de cette entrevue avortée entre le journaliste Maxime Landry, de TVA, et l’étudiant du Cégep du Vieux-Montréal, Sébastien Paquet.

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Ce moment de télé pourra dorénavant être considéré comme la révélation au grand jour de la présence d’éléments pathologiques et nocifs, au sein du mouvement actuel de grève étudiante.

TVA Nouvelles: Un processus «biaisé», dénonce un étudiant

Cet incident a été si gênant, pour tout le mouvement, que même certains de ses plus ardents alliés, dans les médias traditionnels ou sociaux, ont cru bon remettre les pendules à l’heure et dénoncer les actions des étudiants qu’on voit tenter de censurer la prise de parole d’un des leurs.

Mais il ne s’agissait pas du tout d’un premier faux pas, pour les grévistes. Quelques jours auparavant, on nous avait appris que la présidence d’une autre assemblée générale du CVM avait procédé à plusieurs recomptages, ainsi qu’à plusieurs votes, jusqu’à ce que les étudiants anti-grève partent et que la grève soit reconduite.

Pas très loin de là, à l’Université du Québec à Montréal, mon alma mater, on pouvait voir des étudiants masqués bloquer l’entrée du pavillon de l’École des Sciences de la Gestion de l’UQÀM, faculté dont l’association étudiante s’était pourtant prononcée contre l’entrée en grève, en assemblée générale. Cette action avait donné lieu à un vif échange, ponctué d’insultes et de menaces de la part des grévistes.

98,5fm Montréal – Audios – Dutrizac, l’après-midi – Entrevue avec Sébastien Paquet

La principale chose que révèlent ces incidents, cependant, est le rapport tendu et conflictuel, souvent bipolaire, entre les grévistes et les médias, que ceux-ci soient traditionnels ou sociaux, entre les mains de multinationales ou de simples citoyens.

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Se jugeant victimes de profilage et de représailles injustifiées, les étudiants en grève choisissent de cacher leurs visages, refusent d’être filmés par qui que ce soit et votent pour l’instauration de «huis clos médiatiques», qui bâillonnent même les réseaux sociaux.lls vont jusqu’à menacer de briser le téléphone cellulaire d’un étudiant qui les filme. Ce dimanche, certains d’entre eux prévoient même d’aller manifester en face des locaux du Journal de Montréal.

C’est là que s’opère un glissement potentiellement dangeureux: on s’engage sur un sentier périlleux, lorsqu’on ne s’attaque plus aux médias de masse, en tant que concept ou même en tant qu’entreprises, mais aux journalistes eux-mêmes, ainsi qu’à ses propres concitoyens. On risque ici de passer d’un mouvement contre l’austérité et les hydrocarbures, à un mouvement qui se veut anti-autoritaire, tout en opérant sa propre dérive autoritaire et paranoïaque, non seulement contre de grands conglomérats, mais aussi contre des gens ordinaires, qui cherchent seulement à faire entendre leurs voix.

C’est pourquoi j’aimerais profiter de la tribune qui m’est offerte pour saluer Sébastien Paquet, qui malgré toute sa maladresse et son manque évident d’expérience avec les médias, est en quelque sorte devenu le porte-parole accidentel de tout un segment de la population étudiante. Il n’est ni un héros, ni une icône et il ne possède pas le charisme d’un GND. Bien au contraire, il est plutôt devenu l’image de certains négligés: ces jeunes qui n’insultent personne, ne saccagent rien, ne profèrent aucune menace et ne cherchent qu’à s’exprimer librement, alors qu’ils sont pris entre l’arbre et l’écorce.

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Evan J. Demers

Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.