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Olympus : excès de green screen

Olympus est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis le début avril sur les ondes de Syfy aux États-Unis et Super Channel au Canada.

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L’action prend place dans la Grèce Antique alors qu’un jeune homme du nom de Hero (Tom York) qui, après avoir donné une bonne raclée à un Cyclope, vient délivrer l’Oracle (Sonya Cassidy) de Gaïa. Ensemble, ils font la route en direction d’un temple et c’est seulement à cet endroit qu’elle pourra, grâce à ses visions, répondre à ses interrogations quant à son passé et ses origines. Entre-temps, le roi autoritaire d’Athènes Aegeus (Graham Shiels) fait tout pour contrer le siège de la ville par le roi Minos. Blessé au combat et alors que son épouse la reine Médée tente de le garder en vie, c’est leur fils le prince Lykos (Wayne Burns) qui prend les commandes. Le lien entre ces deux histoires : le Lexicon, un code secret qui permettrait aux humains d’entrer dans la demeure des dieux : l’Olympe.

Série fantastique, Olympus est construite autour d’un scénario terne avec des acteurs qui n’en imposent pas et surtout d’une mise en scène à très faible déploiement. Après trois épisodes, le public n’est toujours pas au rendez-vous et il s’agit assurément de la pire coproduction canadienne cette année.

Télé-théâtre

Au départ, Hero ne souhaite rencontrer Oracle que pour en apprendre davantage sur son passé. Si sa mère l’a élevé dans une forêt isolée afin que personne n’ait vent de cette naissance, c’est qu’il est en fait le fils illégitime d’Aegeus et né avant Lykos; c’est donc en lui que se cache le secret du Lexicon, soumis aux lois de primogéniture, semble-t-il. Promis (ou condamné) à un destin exceptionnel, il décide donc avec sa collègue de se rendre jusqu’à Athènes et de confronter le patriarche avec la vérité. Sur leur chemin, ils portent secours à Daedalus (Matt Frewer), dont la nouvelle machine volante vient de s’écraser non loin d’eux. Qualifié de Léonard de Vinci de l’Antiquité, le vieil homme voue une haine tenace envers les dieux pour avoir tué son fils unique, lequel a été brûlé par le soleil. Les protagonistes apprennent ensuite l’existence de l’anneau du Magi (Ring of the Magi) qui selon la mythologie babylonienne veut qu’elle ait le pouvoir d’affaiblir les dieux. Ils s’en emparent lors du troisième épisode et tout porte à croire qu’un affrontement entre humains et les souverains de l’au-delà est à venir.

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Leur ennemi numéro un est sans conteste la reine Médée. Elle sait depuis longtemps que son mari lui a été infidèle, ce qui explique que ce ne soit pas leur fils Lykos qui soit doté des pouvoirs associés avec le Lexicon. Elle passe donc ses journées à concocter des potions qui lui permettent d’entrer en contact avec les dieux afin d’éliminer Hero pour de bon, ce qui a échoué jusqu’ici.

Le synopsis d’Olympus est aussi ronflant qu’il n’a pas les moyens de ses ambitions. On sait bien qu’éventuellement les deux clans sont amenés à se rencontrer, mais les trois premiers épisodes ne nous donnent pas le goût de poursuivre jusqu’à cette confrontation. On passe systématiquement d’un huis clos à un autre où l’on ne fait que spéculer sur les pouvoirs de l’anneau de Magi ou des codes du Lexicon. Il n’y a pas vraiment de chimie entre les membres du trio composé de Hero, Oracle et Daedalus et quant aux décors, ils sont loin d’inspirer l’exotisme nécessaire à une production se déroulant dans la Grèce Antique. Certes, on imagine que le budget n’était pas des plus faramineux, mais d’autres séries telles Atlantis ou Sinbad on su faire mieux avec moins. Ici, même le téléspectateur le moins averti est en mesure de remarquer les innombrables green screen et comme l’écrit Keith Uhlich dans sa critique à propos du créateur Nick Willing : « Not once does he try to convince viewers that any of the characters inhabit a tangible space. This is more of a cut-rate dreamworld in which the flat, digital backdrops act as static counterpoint to the actors’ Dynasty-level emoting. » Quant aux costumes et aux coupes de cheveux, ils sont complètement anachroniques pour l’époque et ils siéraient davantage à la production de Vikings.

Un partenariat à oublier

Le Canada est un des pays champions des partenariats avec l’étranger lorsque l’on parle de séries et cette année, des coproductions comme The Book of Negroes et X Company ont reçu un accueil positif autant local que sur les marchés extérieurs. Séries de qualité, certes, mais même une fiction davantage bas de gamme comme Bitten (un mélange de loup-garou, de sexe et de gore) pour la chaîne Space a trouvé son public (plutôt jeune) de l’autre côté de la frontière sur les ondes de SyFy et c’est peut-être en raison de ce succès que la chaîne a commandé Olympus à son partenaire nordique; une coproduction entre le Canada et l’Angleterre qui à défaut d’un bon scénario, serait au moins en mesure d’apporter d’importants fonds afin de produire quelque chose de qualité, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

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Il y a aussi quelque chose de frustrant quant au fait qu’au Canada, cette série originale soit diffusée sur les ondes de Super Channel, laquelle fait partie d’un combo de chaînes au forfait très coûteux, incluant HBO Canada, alors qu’aux États-Unis, elle soit présentée sur SyFy, une chaîne câblée de base présente dans les salons de plus de 80 % de la population. On peut au moins se consoler du fait que de toute façon, Olympus a été peu vue par les téléspectateurs et ce n’est pas en raison d’un accès restreint au câble…

890 000 téléspectateurs ont regardé le premier épisode et l’audience s’est stabilisée au cours des deux semaines suivantes à environ71 500. Déjà, ces chiffres n’ont rien de mirobolant, mais c’est le taux sur les 18/49 ans qui est le plus catastrophique : 0,21 % la première semaine, 0,19 % la seconde et 0,17 % la troisième. À titre de comparaison, 12 Monkeys diffusée sur la même chaîne à l’hiver n’avait récolté qu’un taux de 0,43 %, mais c’était visiblement assez pour que la production se voit offrir une seconde saison. Dans la même logique, on peut donc dès maintenant préparer nos adieux à l’Olympe.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!