The Dovekeepers : quand la métaphore se retourne contre son sujet




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The Dovekeepers : quand la métaphore se retourne contre son sujet

The Dovekeepers est une nouvelle minisérie de deux épisodes qui a été diffusée les 31 mars et 1er avril sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada.

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L’histoire commence à Jérusalem 70 ans avant Jésus-Christ alors que les Romains chassent de leur territoire plusieurs centaines de juifs, lesquels refusent de se soumettre au diktat de la ville Éternelle. Après une longue errance dans le désert racontée du point de vue de Shirah (Cote de Pablo) et de Yael (Rachel Brosnahan), deux femmes éminemment influentes au sein de leur communauté, ils finissent par s’installer dans la forteresse de Massada en Judée, mais l’empire est vaste et l’envahisseur n’entend pas abandonner de si tôt.

Adaptation du roman historique d’Alice Hoffman, la série manque de temps forts, comporte des personnages peu attachants et la précipitation avec laquelle on tente de nous amener du point A au point B n’arrange rien. Mais c’est surtout la métaphore de la série, écrite au crayon-feutre qui n’atteint que très partiellement son but.

Des pages qu’on feuillette

The Dovekeepers commence alors que Shirah et Yael se retrouvent chez Josephus (Sam Neill), un historien haut gradé de Rome qui leur demande de leur raconter leur histoire. Il se trouve que Shirah est né à Alexandrie en Égypte, mais vu la situation précaire des juifs là-bas, sa mère décide de l’envoyer à Jérusalem, réputée plus « accueillante », chez une lointaine cousine qui en échange du gite, lui fait garder des enfants de la communauté, dont Yael, dont la mère est décédée en accouchant d’elle. Plusieurs années plus tard, Shirah prend pour amant Eleazar (Mido Hamada), un homme marié et leader au sein de la communauté juive et de leur union naîtra Aziza (Kathryn Prescott). Lorsque leur affaire s’ébruite, la « pécheresse » est condamnée à l’exil. Sur ces entrefaites, les Romains attaquent Jérusalem et le reste de la population encore en vie fuit la ville et commence une longue traversée du désert (littéralement) qui se terminera à Massada où Shirah les rejoint. Quant à Yael, elle prend pour amant Ben Simon (Luke Roberts), un (autre) homme marié qui mourra peu de temps après, mais qui aura eu le temps lui aussi de lui faire un enfant. Bien que la vie à Massada reprenne son cours, les Romains n’ont pas oublié ce peuple rebelle et après de multiples tentatives, ils parviennent à assiéger la ville. Les habitants qui n’ont jamais voulu se soumettre se suicident et ne reste que quelques personnes en vie, dont Yael et Shirah : si elles ont choisi de survivre, c’est pour raconter l’histoire de leur peuple, afin que le monde n’oublie jamais leur bravoure et leur fierté.

The Dovekeepers

Quelques mois plus tôt, Lifetime présentait The Red Tent sur ses ondes, une adaptation d’un bestseller d’Anita Diamant à l’histoire similaire. Dans ce cas-ci comme dans celui de The Dovekeepers, résumer de telles épopées en seulement quatre heures se révélait impossible et en regardant la série de CBS, on a plus l’impression d’assister à la version télévisuelle d’une revue que d’un roman tellement l’action et les intrigues sont superficielles; sans profondeur. Au moins avec la série de Lifetime, l’histoire contenait plusieurs rebondissements alors qu’avec The Dovekeepers, c’est un siège qui s’éternise jusqu’à l’attaque finale. Entre-temps, on comble les trous avec des histoires d’amour qui ne nous émeuvent pas d’un iota. De plus, le recours à la narration de Shirah et Yael en présence de Josephus est un choix scénaristique paresseux et inutile puisque la raison même de leur présence devant le haut gradé romain, sensée être le punch final, est que les gens se souviennent des épreuves que les juifs ont traversées… ce qu’on nous montre pendant près de quatre heures.

« Freedom or death ! »

C’est la phrase que l’on prononce à Massada lorsque les Romains qui leur donnent une dernière chance avant de les assiéger. Nous sommes en l’an 70 avant Jésus-Christ et l’influence de Rome ne cesse de croitre. Non seulement ce peuple s’empare des terres et des richesses partout dans la Méditerranée (et bien au-delà), mais ils exigent aussi que les populations conquises prêtent allégeance à l’empire, ce que les juifs de Jérusalem refusent obstinément. Le message ici est on ne peut plus clair : ne jamais renoncer à ses valeurs et se battre contre l’envahisseur jusqu’au bout. Ici, il s’agit de défendre jusqu’à la mort la foi juive alors que des ennemis extérieurs veulent leur imposer leur façon de vivre.

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Ironiquement, quand on fait un parallèle avec aujourd’hui, ce message peut nous sembler pour le moins hypocrite. Il y a quelques semaines à peine, le président sortant d’Israël Benyamin Nétanyahou tentait de se faire réélire et un jour avant les élections, pour s’assurer d’amasser un maximum de voix, a déclaré qu’il s’opposerait de toutes ses forces à la création d’un état palestinien et que la colonisation dans Jérusalem-Est continuerait; un vrai camouflet envers la communauté internationale. Du coup, voilà que 2000 ans plus tard, ce sont donc les juifs qui tiennent le rôle d’agresseur. Comme le dit le proverbe : « La mémoire de l’homme est sélective, pour certains faits, il la perd très facilement. »

The Dovekeepers a rassemblé près de 9 millions de téléspectateurs pour sa première soirée et 6,35 assistaient à la conclusion de la fiction le lendemain. Ces chiffres sont en deçà de ce à quoi la chaîne est habituée, d’autant plus que l’intérêt chez les 18-49 ans n’y était tout simplement pas avec un taux de moins de 1,0 %. On apprécie que les networks créent de plus en plus de miniséries « événement », mais encore faut-il choisir les bons sujets. Ici, on doute que l’adaptation d’Alice Hoffman reste gravée dans nos mémoires.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!