La bande-annonce au cinéma : dans un monde où règne la nostalgie du prochainement!




Accueil » Nouvelles » À la Une » La bande-annonce au cinéma : dans un monde où règne la nostalgie du prochainement!

La bande-annonce au cinéma : dans un monde où règne la nostalgie du prochainement!

La bande-annonce, dit trailer, est l’outil promotionnel par excellence pour tout film qui aspire à un avenir prospère. Elle est parfois précédée d’une prébande-annonce, dit teaser, dont la seule raison d’être se veut de créer un buzz autour du film, parfois jusqu’à un an avant la sortie en salles. Quand « l’argent » devient le mot-valise de « l’art » et des « gens »…

mpaatitre


INTRODUCTION

Pour Star Wars: Episode VII – The Force Awakens (premier volet d’une nouvelle trilogie) qui sera à l’affiche le 18 décembre prochain, le teaser a été mis en ligne le 28 novembre 2014 (385 jours en avance!) et visionné plus de 17 722 086 fois. Quant au trailer, il a été semé le 16 avril 2015 et a récolté plus de 52 733 680 visionnements. De quoi donner le tournis!

Les gens d’aujourd’hui prennent pour acquis cette accessibilité à l’information, si facile grâce à Internet. Mais glissez-vous un instant dans la peau de vos aînés il y a 17 ans, en 1998, à l’aube du premier volet de la précédente trilogie. Les adeptes de la Force (re)faisaient la queue pour (re)voir le trailer de Star Wars: Episode I – The Phantom Menace projeté avant Meet Joe Black, The Waterboy ou encore The Siege, et ce, dans pas plus de 75 cinémas états-uniens et canadiens. Ils le visionnaient et repartaient aussitôt. Cette attente démesurée a duré jusqu’au 19 mai 1999 et a été récompensée par un film médiocre. Des extrémistes ont même campé devant les lieux de projection durant des semaines, ce qui illustre à merveille le pouvoir attractif que peuvent générer les bandes-annonces!


LES RUDIMENTS D’UN ART

– Tout a commencé il y a à peine plus d’un siècle, en novembre 1913, au moment où Nils Granlund, chef de publicité des cinémas de Markus Loew, a fait un court film publicitaire pour annoncer la venue de la troupe musicale The Pleasure Seekers au Winter Garden Theatre, à Broadway.

– En 1914, ce même Granlund a réalisé les premières bandes-annonces pour la projection des courts-métrages de Charles Chaplin au Loew’s Seventh Avenue Theatre, à Harlem.

– Jusqu’à la fin des années 30, les bandes-annonces étaient placées après le long-métrage principal, d’où l’appelation anglophone trailer qui fait référence au wagon qui suit la locomotive. Constatant que les spectateurs prenaient congé des lieux dès la fin du film, les producteurs ont décidé de déplacer les trailers au début de la projection afin de profiter au maximum de leur attention et de leur enthousiasme.

– Dans les années 60, le Nouvel Hollywood est arrivé avec un nouveau savoir-faire. Le rythme des trailers s’est accéléré, le nombre d’intertitres a diminué et la sélection des plans montrés était mieux choisie.

– Au milieu des années 70, avec la sortie de Jaws de Steven Spielberg qui a lancé l’ère des blockbusters, la télévision a commencé à présenter régulièrement des trailers durant les pauses publicitaires afin de rejoindre les gens dans le confort de leurs foyers. La version longue était alors projetée sur grand écran (deux minutes en moyenne) et la version courte diffusée sur le petit écran (30 secondes).

– Dans les années 80, les cassettes VHS ont donné une seconde vie au film. En effet, à l’image des projections en salles, il y avait des trailers avant le programme principal afin d’annoncer les films à venir au cinéma et bientôt disponibles dans les vidéoclubs.

– Au milieu des années 90, l’arrivée des disques DVD ont permis aux bandes-annonces du passé d’avoir à leur tour une seconde vie en se retrouvant comme suppléments.

– Au milieu des années 2000, la croissance exponentielle d’Internet a permis à des sites web d’hébergement de vidéos tels que YouTube, Vimeo et Dailymotion de faciliter l’accès aux trailers. Les gens avaient le choix de les voir n’importe où (au cinéma, à la télévision ou sur Internet), mais surtout n’importe quand. L’essor est d’autant plus considérable que les trailers sont maintenant partagés sur les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter. Cela permet d’atteindre un maximum de personnes en un minimum de temps.


LES ROUAGES D’UN ART

– Des moments-clés de l’intrigue, des extraits de dialogue et des plans de personnages sont sélectionnés un peu partout dans le film. Ensuite, pour mixer et structurer l’ensemble de la bande-annonce, il faut mettre bout à bout des répliques afin d’obtenir un canevas cohérent, quitte à finalement faire autre chose.

– Environ deux semaines plus tard, le résultat est montré au vice-président du marketing et des modifications sont soulignées. Il peut y avoir jusqu’à dix versions pendant une à deux semaines. Le trailer passe au président du marketing et tout recommence. Le trailer passe ensuite au président du studio et tout recommence encore. Une fois qu’ils sont tous d’accord, le studio envoie le trailer au testing.

– Parfois, un narrateur omniscient commente ou décrit l’action. Dans les années 80, Don LaFontaine faisait vibrer les trailers de sa voix grave et chaude. Surnommé « the Voice of God », il en faisait 60 par semaine et jusqu’à 35 par jour. Il commençait presque toujours par la formule « In a world… ».

Hal Douglas, Mark Elliot, John Leader, Corey Burton, George DelHoyo, Peter Cullen, Morgan Freeman, Ashton Smith, Jim Cummings, John Garry, Tom Kane, Ben Patrick Johnson, Tony Rodgers, Beau Weaver et Brian Cummings ont pris la relève de nos jours.

– La musique est un élément important d’un trailer. Il y a des compositeurs tels que John Beal ou, depuis les années 90, des groupes de studio spécialisés tels que Two Steps From Hell, E.S. Posthumus, X-Ray Dog, Immediate Music et Audiomachine. Des chansons reviennent souvent telles que Lux Aeterna de Clint Mansell (chanson-thème de Requiem for a Dream) utilisée pour The Lord of the Rings: The Two Towers et Babylone A.D..


– Un trailer coûte de 60 000 à 100 000 dollars. Mais les multiples révisions peuvent porter le coût à plus de 250 000 dollars. En ajoutant les publicités télévisuelles, la facture totale s’élève à 500 000 dollars. Doublez tous ces montants dans le cas d’un blockbuster.

– Le Super Bowl (finale du championnat de football américain située entre la mi-janvier et le début de février) est le tremplin des gros films de la période estivale. En effet, les studios paient le gros prix pour diffuser des trailers durant les pauses publicitaires, comme en témoignent les quatre millions de dollars exigés au Superbowl XLVI pour une visibilité d’une demi-minute!


QUELQUES EXEMPLES INCONTOURNABLES

TRAILERS INTÉRESSANTS

The Wizard of Oz (1939)
Un bon exemple de trailer classique.

Psycho (1960)
Alfred Hitchcock en personne présente le film et le contextualise afin que les spectateurs soient intrigués et sachent de quoi il en retourne.

Le mépris (1963)
Il y a une double narration d’un homme et d’une femme qui plonge les spectateurs dans une atmosphère singulière.

Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb (1964)
S’inspire du court-métrage Very Nice, Very Nice réalisé par le canadien Arthur Lipsett en 1961.

Alien (1979)
Son souffle effréné tient le spectateur en haleine et se termine sur une phrase-clé.

Femme Fatale (2002)
Le film au complet est montré en vitesse accéléré.

TEASERS INTÉRESSANTS




RE-CUT TRAILERS

Des trailers sont remontés pour imiter un style (Alien à la façon Prometheus ou bien Avengers: Age of Ultron à la façon d’il y a 20 ans) ou pour qu’un film d’horreur comme The Shining devienne une comédie pour la famille!



TRAILER MASHUPS

Des images provenant de deux sources (cinéma, jeux vidéos, etc.) sont mélangées afin de ne former qu’un seul trailer.



FAUX TRAILERS

Grindhouse est un diptyque de films d’horeur sorti en 2007 qui imite le style des films d’exploitation. Les deux épisodes, Death Proof réalisé par Quentin Tarantino et Planet Terror réalisé par Robert Rodriguez, étaient séparés par de fausses bandes-annonces (voir la vidéo ci-dessous qui les montrent en ordre). L’une d’entre elles, Machete, a fait l’objet d’un vrai film en 2010 et d’une suite en 2013.

DES TRAILERS QUI M’ONT PERSONNELLEMENT MARQUÉ
Voici cinq trailers (dont un québécois!) qui m’ont marqué et qui m’ont donné envie de voir les films en question.





PETIT BONUS
Juste avant les attentats du 11 septembre 2001, il y avait une bande-annonce de Spider-Man diffusée dans les salles. Visionnez-la jusqu’à la fin et vous comprendrez pourquoi elle a été retirée (j’ai eu le temps de la voir sur grand écran, heureusement)…


CONCLUSION

Aujourd’hui, avant la projection d’un film québécois, il y a des bandes-annonces de films québécois. Idem pour un blockbuster avec des trailers de blockbusters. Idem pour un film en 3D avec des trailers qu’il faut regarder avec les fameuses lunettes.

Le trailer doit être le microcosme qui donne (souvent) l’heure juste quant au traitement réservé à son histoire. Il ne doit ni raconter tout le film, ni le trahir. Faire la bande-annonce d’un film, c’est s’affranchir du fouet du réalisateur ainsi que du boulet d’un tournage/montage difficiles, respecter le film en dépit d’une échelle 1:60 (en moyenne deux minutes sur deux heures) et, surtout, donner le goût aux gens de payer pour visionner le résultat final!

À la suite de mon tournage de mon long-métrage amateur Qu’est-il arrivé à Monsieur Wright?, j’ai fait la bande-annonce que voici :

Je vous invite maintenant à visionner le film en entier (sa durée est de 91 minutes) et de constater si la bande-annonce donne l’heure juste ou non…

Articles connexes

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca