De l'écrit à l’écran : l'aventure cinématographique de Francis Michaud pour la réalisation de Maussade!




Accueil » Nouvelles » À la Une » De l’écrit à l’écran : l’aventure cinématographique de Francis Michaud pour la réalisation de Maussade!

De l’écrit à l’écran : l’aventure cinématographique de Francis Michaud pour la réalisation de Maussade!

Francis Michaud, mon ami et ancien collègue de classe en études cinématographiques, vient de terminer son premier court-métrage intitulé Maussade. Celui-ci va me servir de modèle pour définir la chronologie des étapes à respecter pour mener à terme un projet de film.

maussadetitre

INTRODUCTION

Chaque production cinématographique commence par une idée de départ, laquelle peut trouver son origine n’importe où (par exemple, l’adaptation d’un roman ou d’une pièce de théâtre). En ce qui concerne Maussade, c’est une anecdote entendue par la soeur cadette de Francis.

En effet, Josianne Michaud travaillait dans un restaurant situé dans un établissement pour personnes âgées. Elle a vite pris conscience des difficultés auxquelles ces gens sont confrontés dans les dernières années de leur vie (manque de soutien familial, maladie dégénérative, handicap limitatif). Ils sombrent ainsi dans un profond chagrin au moment inéluctable où, après maintes décennies, ils sont séparés contre leur gré de leur compagne ou compagnon de vie.

Josianne a parlé de cette triste réalité à Francis qui a aussitôt constaté le potentiel d’un objet filmique. Lors d’une rencontre le 7 mai dernier, Francis m’a avoué que sa soeur et lui « croyaient que le sujet était universel et suffisamment important, car il touche tout le monde : nos grands-parents aujourd’hui, nos parents demain et nous-mêmes un jour! »

Une chose était sûre d’emblée : leur propre grand-père de 79 ans, Robert Michaud, devait tenir le rôle du grand-père en dépit de son inexpérience devant la caméra. Mieux qu’une dédicace, Maussade allait lui rendre directement hommage.

Robert Michaud

Robert Michaud

PRÉPRODUCTION

Francis a travaillé d’arrache-pied pendant près de trois mois et il a réuni tous les éléments nécessaires afin de faire d’une simple anecdote un premier film. Josianne et lui ont rédigé un scénario de 11 pages dans lequel ils ont développé une intrigue autour de quatre personnages. Voici la prémisse :

Dans une petite maison de campagne, une vieille dame vit depuis plus de 50 ans avec son mari qui est maintenant atteint de démence. Lors d’une visite inattendue de son petit-fils, celui-ci constatera que l’état de son grand-père s’est sérieusement aggravé et que cela met à rude épreuve la santé de sa grand-mère. Au risque d’être séparée de son mari contre sa volonté, cette dame devra convaincre son petit-fils et sa fille qu’elle peut encore prendre soin de son unique amour.

Josianne Michaud et Francis Michaud

Josianne Michaud et Francis Michaud

Une fois le point final mis sur le scénario, Francis a effectué le repérage des lieux de tournage. Daphney S. Archambault, sa directrice artistique, lui a offert sa maison centenaire nouvellement achetée à Saint-Ambroise-de-Kildare, dans Lanaudière. Après visite, elle convenait parfaitement au besoin du tournage.

Francis a ensuite recruté une dizaine de techniciens, tous de jeunes diplômés motivés qui étaient à la recherche d’un projet intéressant à ajouter dans leur portfolio, pour occuper les postes essentiels derrière la caméra.

Josianne Michaud (productrice associée), Daphney S. Archambault (directrice artistique) et Joudy Hilal (photographe de plateau)

Josianne Michaud (productrice associée), Daphney S. Archambault (directrice artistique) et Joudy Hilal (photographe de plateau)

Robert Michaud a finalement accepté son rôle écrit sur mesure, un peu parce qu’il était muet et beaucoup parce que Francis allait jouer le petit-fils. Il a donc fait une demi-journée d’autobus simplement pour l’encourager.

Pour le rôle de la mère, Francis a obtenu les services de la soprano Chantal Parent. Pour celui de la grand-mère qui vit un éventail d’émotions, il a complété sa distribution avec Gisèle Trépanier. Cette femme polyvalente a plus de quarante années d’expérience à la télévision, au théâtre et au cinéma. Elle a notamment joué pour Denys Arcand, Claude Jutra, Jean-Claude Lord, Robin Aubert et Paule Baillargeon.

Francis a collaboré avec l’AQTIS et l’UDA, deux syndicats qui lui ont accordé le statut de production artisanale.

Le financement a été possible grâce au travail bénévole de toute l’équipe et aux commanditaires, à commencer par Location Michel Trudel qui a fourni l’équipement caméra et électro. Pour alimenter son modeste budget (possible grâce aux fonds personnels de Francis et Josianne), le projet a été inscrit sur Haricot, la première plateforme de sociofinancement au Québec. Grâce à ce site internet qui encourage la méthode du financement participatif, dit crowdfunding, Maussade a récolté plus de 1 000 dollars en un mois! Cet argent a permis de couvrir les frais reliés aux assurances, aux repas et à l’essence pour le transport. Consultez la page toujours en ligne sur Haricot :

http://www.haricot.ca/project/maussade

PRODUCTION

Francis a planté son trépied à Saint-Ambroise-de-Kildare le 28 octobre 2014. Pendant deux jours, il a filmé ce qu’il avait en tête avec une Canon C-300 qu’il laissait immobile la majeure partie du temps. Cette fixité permet à la fois de stimuler la réflexion chez le public et de laisser une plus grande latitude dans le jeu des acteurs (mélange habile de professionnels et de non-professionnels).

La réalité et la fiction se confondent dans une scène bouleversante où, sans le moindre échange verbal, le petit-fils donne un bain à son grand-père. Les mains labourées de veines de Robert Michaud sont lavées par celles de Francis, son propre petit-fils, et cette scène est d’autant plus forte qu’un demi-siècle les sépare réellement en âge!

Gisèle Trépanier

Gisèle Trépanier

Faute de temps, donc de budget, Francis a tourné 80% du scénario. C’est un bon pourcentage, étant donné son inexpérience et le fait que chaque tournage apporte son lot d’imprévus. C’était un bon choix de réduire au minimum le nombre de lieux, de personnages et de dialogues. Il a aussi compris qu’une image et un silence sont plus lourds de sens que tous les artifices des superproductions états-uniennes.

Une particularité intéressante du film est de ne donner aucun nom aux membres de cette famille. Ils sont tout simplement nommés comme suit : la grand-mère, le grand-père, le petit-fils et la mère. Cet anonymat permet, selon Francis, de donner essor à un processus d’identification plus intime de la part du public qui se reconnaît en eux. Ces personnages aspirent ainsi à une forme d’universalité, une qualité rarissime chez un réalisateur qui fait ses première armes derrière la lentille d’une caméra. Francis m’a d’ailleurs confié qu’il voudrait en faire une signature récurrente, idée originale que j’encourage.

L'équipe de tournage

L’équipe de tournage

POSTPRODUCTION

Francis a demandé l’aide de Michaël Michaud, son frère cadet qui est monteur de profession, pour mettre bout à bout les plans filmés dans Lanaudière. C’est d’ailleurs à cette étape qu’ils ont crié eurêka en trouvant la manière de transformer l’histoire en récit : jouer avec les trois temporalités (un présent, un passé composé et un passé plus-que-parfait) pour dynamiser ce huis clos qui touche trois générations de personnages. Une autre bonne idée est de n’avoir recours à aucune chanson durant l’entièreté du film, exception faite d’une composition originale de Charles Delan qui accompagne le générique de fermeture.

Michaël Michaud (monteur)

Michaël Michaud (monteur)

En mars 2015, l’aventure cinématographique de Maussade s’était bel et bien terminée. Le produit final dure 21 minutes. Francis a impliqué ses proches à chaque étape, en ce sens que Josianne l’a aidé pour l’écriture du scénario et comme productrice associée, Robert en jouant le personnage du grand-père et Michaël au montage. C’est dire combien la famille est importante à ses yeux!

CONCLUSION

Inspiré de faits véridiques, ce court-métrage propose une réflexion sur la question suivante : Est-ce moralement acceptable de séparer un couple de personnes âgées contre leur volonté après 50 ans de vie commune? Le film pose la question sans y répondre, nous mettant devant le fait accompli et nous faisant vivre une expérience riche en émotions et en réflexions.

Des traces du cinéma direct et du cinéma expérimental sont perceptibles dans certains de ses choix esthétiques, tant au niveau de la réalisation que du montage. Francis a, par exemple, mis l’emphase sur la photographie en désaturant par moments des images fixes (prises par Joudy Hilal, la photographe de plateau, qui a répondu positivement aux attentes du réalisateur) afin d’évoquer à la fois le passé, le souvenir ainsi que la mort. Parmi ses influences principales, il compte notamment le réalisateur autrichien Michael Haneke (Amour, Caché), le réalisateur québécois Denis Côté (Nos vies privées, Les états nordiques, Curling) et le réalisateur américain John Cassavetes (Shadows, Faces).

L’histoire d’amour entre Francis et le cinéma ne date pourtant pas d’hier : « Durant mon enfance, vers quatre ou six ans, j’allais au club vidéo avec mon père. J’adorais regarder la jaquette des films! J’étais fasciné par cet endroit. J’y allais à toute les semaines pour louer les dernières nouveautés. Je n’en manquais pas une! »

Affiche du film

Affiche du film

Il a clampé puis coupé le cordon ombilical qui le reliait à son premier-né. Maussade quittera le nid québécois et s’envolera de l’autre côté de l’Atlantique du 13 au 24 mai 2015 pour le Short Film Corner, un à-côté évènementiel du Festival de Cannes qui applaudit le travail du court-métrage. Il s’agit toutefois d’une projection privée.

En attendant une première mondiale ouverte au public, suivez la page facebook du film afin de rester à l’affût des nouveautés :

Page Facebook

Articles connexes

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca