Dossier Shauna Hunt: L'homme, cette bête.




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Dossier Shauna Hunt: L’homme, cette bête.

Tout commence bien, par une journée ensoleillée à Toronto, près du BMO Field, où une journaliste affectée à la couverture d’un match du Toronto FC interroge des fans du club. Puis survient le scandale du siècle: un homme passe près de la reporter Shauna Hunt et lui glisse cette célèbre phrase:«Fuck her right in the pussy !».

shauna hunt fuck her right in the pussy

La journaliste, un brin désemparée, confronte ensuite un groupe d’hommes qui se tiennent à proximité et semblent rire de la situation. Deux des hommes du groupe tentent de justifier l’utilisation de cette phrase dérivée d’un mème sur le web. Un des deux hommes, employé chez Hydro One, équivalent ontarien d’Hydro Québec, perdra son emploi à cause de ce «drame».

À la suite de cette controverse, il est d’abord important de bien expliquer les origines et le contexte du fameux gag immature qu’est l’utilisation de cette fameuse phrase. La blague de mauvais goût est née d’un blooper, largement diffusé sur le web, mettant en scène un reporter qui, croyant la caméra et le micro éteints, s’est mis à dire des vulgarités à son caméraman, dont «fuck her right in the pussy». Par la suite, de nombreux quidams en manque de sensations fortes allaient piéger des reporters, tant hommes que femmes, en criant cette phrase dans leurs micros. Ce gag n’a donc strictement rien à voir avec la sexualité féminine, ni avec un quelconque désir d’harceler, diminuer ou humilier les femmes en particulier. Il s’agit plutôt d’un mauvais coup que certains font au dépens des reporters en général.

shaunahunt

Si nous vivions dans un monde équilibré, où la moindre égratignure ne ferait pas scandale, toute cette histoire serait tombée dans l’oubli, un homme n’aurait pas perdu son emploi pour avoir tenté de justifier une mauvaise blague et des féministes ne se féliciteraient pas des conséquences fâcheuses d’un tel incident. Mais puisque nous vivons à l’ère des médias sociaux, dans lequel chaque petit choc médiatique prend des proportions à la fois titanesques et ridicules, nous avons eu droit, au cours des dernières 24 heures, à un marathon de dégoût, de vomissures et de colère disproportionné. Nous avons également pu assister avec une joie non contenue à un choeur d’applaudissements pour le «courage» de Shauna Hunt, la reporter interrompue, devenue du jour au lendemain la nouvelle égérie du féminisme actuel. Même la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a cru bon se mêler à l’affaire, en tweetant son appui à Mme Hunt.

J’ai moi-même eu la chance inouïe de goûter aux fruits de ce nouveau scandale, m’engueulant vertement avec quelques féministes et leurs manginas associés sur les réseaux sociaux. Une d’entre elles, que je ne connaissais ni d’Ève, ni d’Adam, a eu la merveilleuse idée de me dire que je n’avais «sûrement jamais vécu quoi que ce soit d’aussi dégradant» que de se faire dire «fuck her right in the pussy». Après que je lui aie raconté les expériences d’intimidation que j’avais subies au secondaire, madame me répondait que «plein de gens ont déjà subi de l’intimidation», sous-entendant que mon expérience ne comptait pas vraiment. Il est drôle que madame ait choisi un tel argument, puisque tout plein de reporters se font constamment harceler, insulter et interrompre par des passants, tout comme Shauna Hunt. Apparemment, les reporters qui se font interrompre au micro méritent la compassion de madame, mais pas les jeunes qui se font tabasser à l’école !

Mais cet événement serait au mieux insignifiant, s’il n’était pas symptomatique d’un mal plus profond, dans nos sociétés occidentales, et plus précisément ici, au Canada.

Le 8 mai dernier, le journal Le Droit nous apprenait que le service de police de la ville d’Ottawa (SPO) avait procédé à l’arrestation de 30 clients de travailleuses du sexe dans un quartier sensible de la ville. 22 de ces hommes ont depuis été envoyés à ce que nos amis Ontariens appellent joliment la «John School», un programme dans lequel on apprend à ces méchants messieurs à ne plus se procurer de services sexuels. En Ontario, en gros, on arrête les hommes, puis on les envoie à un camp de rééducation.

30 clients de la prostitution arrêtés

Mais il y a pire: comme l’explique cet article du Toronto Sun, des policières sont engagées pour jouer les travailleuses du sexe sur la rue, en attendant de piéger les hommes qui tenteraient d’acheter leurs «services». Ce piège totalement déloyal et cruel mène aussi à une «John School».

http://www.torontosun.com/2012/05/14/toronto-john-schools-enrollment-declining

Si on additionne les très nombreuses féministes et les très nombreux manginas qui croient fermement que le congédiement d’un homme est une bonne chose, «si ça peut servir de leçon aux autres», ces pièges à clients et ces «John Schools», on finit par comprendre que les hommes ne sont plus perçus comme des êtres humains certes imparfaits, mais plutôt comme des bêtes à dompter et à rééduquer, que ce soit par l’humiliation publique, le congédiement ou un «programme de formation».

Et à voir bien des féministes jubiler devant de tels traitements, il faut bien se rendre à l’évidence: nous sommes entrain d’assister à l’émergence d’un féminisme destructeur, froid et cruel. Il s’agit aussi d’un féminisme totalitaire en son essence, car incapable d’accepter qu’on le contredise et incapable d’avoir la moindre compassion envers les vécus masculins et la souffrance qu’ils portent.

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Evan J. Demers

Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.