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The Lizzie Borden Chronicles (2015): cachez les outils

The Lizzie Borden Chronicles est une nouvelle minisérie de huit épisodes diffusée depuis le début avril sur les ondes de Lifetime aux États-Unis et au Canada.

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Cette fiction reprend quelques mois après la conclusion du procès que l’on a pu voir dans le téléfilm précédent Lizzie Borden Took an Ax, où la protagoniste du même nom (Christina Ricci) était innocentée des meurtres de son père Andrew (Stephen McHattie) et de sa belle-mère Abby (Sara Botsford) commis à l’aide d’une hache. Bien que jugée non coupable par la cour, cela n’empêche pas la population de Fall River au Massachusetts de traiter Lizzie et sa sœur Emma (Clea DuVall) comme des parias. Celles-ci ont beau vouloir déménager, elles doivent d’abord résoudre leurs problèmes financiers ainsi que la venue inopinée de leur demi-frère William (Andrew Howard).

Très libre adaptation d’un fait divers qui a fait le tour des États-Unis à la fin du XIXe siècle, The Lizzie Borden Chronicles manque cruellement de psychologie, tout comme le film qui l’avait précédé d’ailleurs et l’idée d’un séquel n’était peut-être pas la meilleure. Par contre, la série se rachète avec son interprète principale et son côté camp qu’elle n’assure malheureusement qu’à moitié.

Regarder en arrière ou en avant? (*attention, quelques divulgâcheurs)

Le procès est donc terminé et Lizzie est libre comme l’air… en apparence. Dans un premier temps, William refait surface après quelques années passées en prison et compte bien toucher sa part d’héritage, si héritage il y a, bien entendu. C’est que son père était endetté jusqu’au cou et que son créancier est prêt à dépouiller le restant de la famille de toute sa fortune. Lizzie parvient à faire d’une pierre deux coups puisqu’elle assassine le créancier tout en faisant porter le chapeau à son demi-frère qu’elle élimine aussi par la suite en faisant croire à tous qu’il s’est pendu. Dans l’épisode suivant, la protagoniste se prend d’affection pour Adele (Kimberly-Sue Murray), une prostituée qu’elle rescape des bas-fonds, après avoir grassement compensé son proxénète Mr Flowers (Jonathan Banks), lequel se transforme rapidement en maître-chanteur. Entre-temps, Charlie Siringo (Cole Hauser), un détective privé, s’installe à Fall River et se met à enquêter auprès de ceux qui ont connu Lizzie avant le drame. Il est de loin celui qui voit le plus clair dans son jeu, mais Lizzie a réponse à tout, évidemment…

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Déjà le téléfilm de Lifetime nous laissait sur notre faim et The Lizzie Borden Chronicles ne fait pas grand-chose pour le réhabiliter, sinon que d’exploiter à fond la persona d’une femme qui a marqué l’imaginaire de la rubrique des faits divers. Durant ces 90 minutes, on nous présentait avec platitude les faits et les plaidoiries des deux parties, puis à la fin un montage de Lizzie commettant le meurtre. Par contre, on n’a jamais cherché à nous expliquer pourquoi le meurtre avait été commis, sinon que peu de temps auparavant, son père l’avait empêché d’aller à un bal…

La série ne nous éclaire pas davantage sur ce point, pourtant crucial, et c’est à se demander si les créateurs n’auraient pas mieux fait de nous offrir un préquel plutôt qu’un séquel. L’exercice s’était révélé diablement efficace dans les cas de Hannibal et de Bates Motel. Dans les films d’où sont nées ces adaptations, Norman Bates et Hannibal Lecter sont déjà sous les verrous, ou sur le point de l’être. Leurs crimes sont si abjectes, qu’on nous propose de revenir en arrière, question de comprendre ce qui les a motivés à agir ainsi. Il s’agit en fait d’un exercice efficace, si bien mené, qui vise à nous montrer une descente aux enfers : bref, des séries de fatalité. Le cas de The Lizzie Borden Chronicles, ce double meurtre n’est que la bougie d’allumage et puisque déclarée innocente par le jury, pourquoi ne pas recommencer? Si on avait pris le soin d’approfondir davantage le personnage principal, la ribambelle de meurtres perpétrés dans les trois premiers épisodes auraient eu davantage d’impact sur le téléspectateur, mais voilà : il manque l’ingrédient essentiel qui aurait donné tout son sens à la série: le mobile.

Une tueuse en série

Bien que Lizzie Borden ait réellement existé, on comprend d’entrée de jeu avec ce séquel qu’on quitte le côté biographique du personnage pour s’orienter vers l’image que l’on s’est fait du personnage, d’autant plus qu’il est toujours resté une zone d’ombre autour du personnage. Ce décalage entre la fiction et la réalité est accentué par la trame sonore qui au lieu de nous offrir des violons, privilégie la guitare électrique dans un mélange de folk et de blues. On crée ainsi un bon contraste avec l’époque, bien mise en scène dans les décors et les costumes, tout comme l’a fait The Knick sur Cinemax. L’autre décalage est la forte personnalité de Lizzie, peu en phase avec les mœurs de l’ère victorienne. C’est une féministe avant l’heure, du moins dans le domaine du crime. Elle n’a pas froid aux yeux et ne craint personne. Aux multiples meurtres qu’elle commet, à l’aide d’une hache, d’un rasoir ou d’une corde, le téléspectateur se retrouve un peu dans la peau du jury du film précédent, pour qui un meurtre aussi sordide n’aurait jamais pu être perpétré par une faible femme. Remplaçons la protagoniste par un homme et nous n’aurions pas de série. Enfin, la série plaira assurément aux adeptes du genre camp, qui rappelle à plusieurs égards le film culte du genre; Strait Jacket (1964, bande-annonce ci-bas) avec Joan Crawford, lui aussi inspiré de la tueuse à la hache.

En 2014, Lizzie Borden Took an Ax avait réuni 4,4 millions de téléspectateurs; le film s’étant classé numéro un au palmarès des câblos cette soirée. La décision de Lifetime de vouloir surfer sur ce succès était compréhensible et le premier épisode de The Lizzie Borden Chronicles a attiré 1,14 million de curieux avec un taux de 0,4 % chez les 18-49 ans. La semaine suivante, ils étaient encore 1 million, 700 000 sept jours plus tard et le taux dans la zone payante avait descendu à 0,2 %. Par chance pour la chaine, il ne s’agit que d’une série limitée.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!