Tomorrowland ou bienvenue dans le monde merveilleux de Brad Bird




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Tomorrowland ou bienvenue dans le monde merveilleux de Brad Bird

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Prenez une paire de jumelles et observez la filmographie de Brad Bird à rebours : Tomorrowland, Mission: Impossible – Ghost Protocol, Ratatouille, The Incredibles et The Iron Giant. Vous verrez que, si l’habit ne fait pas le moine, le plumage ne fait pas le moineau non plus!

Aucun « cinéphilornithologue » qui visionne ce cinquième oisillon de Bird, sans avoir vu ses précédents, ne penserait que ce réalisateur de talent s’est posé plus souvent sur la branche de l’animation que sur celle de la fiction. C’est pourtant le cas et c’est aussi ce qui explique la touche magique derrière plusieurs idées innovatrices mais éparses de Tomorrowland telles que le bain éjectable, le chien hologramme, la tour Eiffel transformée en base de lancement pour une fusée, j’en passe et des meilleures. De quoi donner satisfaction à l’enfant qui sommeille en tout un chacun!

Voici les grandes lignes de l’histoire. Casey Newton (Britt Robertson), une adolescente brillante et férue de science, et Frank Walker (George Clooney), un homme qui a été autrefois un jeune inventeur de génie avant de perdre ses illusions, s’embarquent pour une périlleuse mission. Liés par un sort commun, ils veulent découvrir les secrets d’un lieu mystérieux situé quelque part dans le temps et l’espace, et qui semble n’exister que dans leur mémoire commune. Cet endroit s’appelle Tomorrowland…

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Tomorrowland, Pirates of the Caribbean et The Haunted Mansion partagent ce point commun qu’ils sont trois adaptations cinématographiques d’un projet touristique de Disneyland. Tomorrowland est un parc à thèmes qui a ouvert ses portes en 1955, tandis que Pirates of the Caribbean et Haunted Mansion s’avèrent deux attractions du parc à thèmes New Orleans Square qui existe depuis 1966.

Je souligne au passage la reconstitution soignée de la Foire internationale de New York 1964-1965 qui apparaît durant un intéressant flashback introductif de Tomorrowland au cours duquel le jeune Frank Walker (Thomas Robinson) suit Athena (Raffey Cassidy), entre autres, dans la croisière It’s a Small World! au son de la célébrissime chanson. Dans la réalité, deux ans plus tard, cette attraction est devenue l’une des plus populaires du parc à thèmes Fantasyland. Nostalgie, quand tu nous tiens…

« Demain peut être une ère merveilleuse. Nos scientifiques sont en train aujourd’hui d’ouvrir les portes de l’Ère de l’Espace à des réalisations qui profiteront à nos enfants et aux générations à venir. Les attractions de Tomorrowland ont été conçues pour vous donner l’occasion de participer à des aventures qui sont une représentation vivante de notre futur. »

Ces mots de Walt Disney témoignent de sa volonté de proposer une expérience unique au Royaume Enchanté de Disney. Plus d’un demi-siècle plus tard, ils devaient aussi s’appliquer à merveille au film de Brad Bird, mais ce n’est pas tout à fait le cas…

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La bande-annonce promettait une aventure fantastique, presque fantasmatique, doublée de la présentation innovatrice d’un futur où rien n’est impossible. Hélas, il n’en est rien.

Bien que diamétralement opposés sur nombre d’éléments, Tomorrowland m’a rappelé Fifty Shades of Grey (voir ma critique ici) dans la mesure où l’intrigue des deux films ne décolle jamais, préférant l’explication à la démonstration. Ils restent ainsi tous deux sur le seuil d’un autre monde (l’univers de Tomorrowland pour l’un et celui du BDSM pour l’autre) sans oser faire un pas en avant. Une introduction verbeuse de deux heures, rien de moins.

À trop réfléchir à voix haute, les protagonistes de Tomorrowland se contentent d’incarner une idée, voire une morale, comme c’était le cas dans The Matrix Reloaded et The Matrix Revolutions. Le plus bel exemple reste le monologue pompeux de l’antagoniste Nix (Hugh Laurie) sur le sort qui attend une humanité vouée à sa perte si elle poursuit ses frasques autodestructrices, ce qui a pour effet de lasser un public impatient d’entrer dans le vif du sujet.

Thomas Robinson joue le jeune George Clooney (à gauche) et George Clooney lui-même quand il était jeune (à droite)

Thomas Robinson joue le jeune George Clooney (à gauche) et George Clooney lui-même quand il était jeune (à droite)

Les enfants sont les véritables protagonistes du film. Britt Robertson est une belle révélation dans ce premier rôle principal, après de petits rôles dans Scream 4, Delivery Man et la télésérie Under the Dome. Elle rend bien l’émotion d’une jeune fille appelée à changer la donne. Même chose pour Raffey Cassidy (la jeune Blanche-Neige dans Snow White and the Huntsman) qui surprend dans le rôle d’Athena.

Après avoir donné un coup de pouce à la carrière de Shailene Woodley (la trilogie Divergent) grâce à la comédie dramatique The Descendants, George Clooney (Gravity, Up in the Air) revient en grande forme pour soutenir cette relève féminine. Il s’amuse même comme un enfant dans la peau de Frank Walker.

La rumeur voulait que le personnage joué par Hugh Laurie (Stuart Little) ne s’exprime qu’en chantant, mais elle lançait sur une fausse piste. Nous avons au moins droit à un petit affrontement entre Clooney et Laurie, autrement dit entre le docteur Doug Ross de la télésérie ER et le docteur Gregory House de la télésérie House!

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Walt Disney brille malgré tout par son absence dans Tomorrowland, quoiqu’il en a inspiré l’idée de départ. Damon Lindelof, scénariste habitué d’écrire à plusieurs mains (Star Trek Into Darkness, Prometheus, Cowboys & Aliens, World War Z), a expliqué que Brad Bird, Jeff Jensen et lui avaient imaginé l’intrigue à partir d’une rumeur selon laquelle, à la fin du dix-neuvième siècle, quatre grands cerveaux (Thomas Edison, Gustave Eiffel, Jules Verne et Nikola Tesla) se seraient réunis pour discuter de l’avenir. De cette rencontre serait née l’idée de former une organisation ultrasecrète baptisée Nec Plus Ultra dans le but de bâtir la ville de demain. Mais les deux grandes guerres mondiales auraient mis un frein à leur projet. Walt Disney aura finalement permis à cette ville utopique de voir le jour à Disneyland, et ce, à l’abri du monde réel.

Un prodigieux plan-séquence de plusieurs minutes agit à titre de lèche-vitrine au beau milieu du film et permet, à grand renfort d’écrans verts, au personnage de Casey (et aux spectateurs) d’avoir un avant-goût de Tomorrowland. Il faudra toutefois attendre la sortie d’une suite d’ici quelques années, une suite qui ne verra le jour que si les devenus dépassent de beaucoup le budget de 190 millions de dollars, et elle repoussera alors les limites établies, un peu comme le promet déjà Fifty Shades Darker avec son univers sadomasochiste.

Bref, assister à la projection de Tomorrowland, c’est comme visiter le parc d’attractions de La Ronde une fois par été. L’avant-midi ensoleillée permet aux adeptes de sensations fortes de monter à bord de quelques manèges intermédiaires pour se réchauffer. À midi la pluie tombe. Le reste de l’après-midi ces adeptes tournent en rond parce que tous les manèges extrêmes sont fermés. Vous devrez revenir l’été prochain si votre budget le permet…

Verdict : 7 sur 10

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca