Aquarius (2015) : bien du contenant peu de contenu




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Aquarius (2015) : bien du contenant peu de contenu

Aquarius est une nouvelle série « événement » de 13 épisodes diffusée depuis la fin mai sur les ondes de NBC aux États-Unis.

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Inspiré vaguement de faits réels, en 1967, on suit le détective Sam Hodiak (David Duchovny) dans son enquête sur Charles Manson (Gethin Anthony), un ex-bagnard transformé en un genre de gourou qui rêve de devenir chanteur. C’est lui qui a enlevé Emma (Emma Dumont), disparue depuis plusieurs jours et qui est de surcroît la fille de Grace Karn (Michaela McManus), ancienne flamme de Sam. Pour parvenir à ses fins, la police envoie sur le terrain l’officier Brian Shafe (Grey Damon) qui sous couverture se mêle aisément à la communauté hippie. En même temps, chaque semaine la brigade doit enquêter sur un nouveau crime qui reflète bien la société américaine et ses enjeux du temps de l’ère Johnson.

Cette nouveauté de NBC aura davantage fait parler d’elle pour avoir créé deux versions (une destinée à une chaîne généraliste et l’autre du style câblée) et pour son mode de diffusion audacieux (depuis peu, tous les épisodes sont disponibles, à la façon de Netflix). Quant au contenu, il faut bien en parler, l’histoire est peu engageante tout comme le personnage incarné par Duchovny qui incarne le bon vieux policier malicieux qui n’en fait qu’à sa tête.

On ne réinvente pas la roue

C’est lors d’une fête que Charles jette son dévolu sur Emma. Il a manifestement beaucoup de charme puisqu’il a convaincu une bonne douzaine de filles de tout quitter pour lui. Ils vivent ainsi dans une petite communauté où ces dames passent une partie de la journée à remercier mère Nature et à se persuader que Charles est un très grand chanteur, lui-même rêvant d’être plus célèbre que les Beattles. Mais voilà, bien que Sam découvre assez rapidement où se cache Emma, l’enquête se complique dangereusement. D’abord, Ken (Brian F. O’Byrne), le père de la jeune fille, est directement contacté par Charles. Brillant avocat, c’est lui qui a réussi à réduire la peine d’emprisonnement de ce dernier en échange de faveurs sexuelles (suppositions). Lorsqu’ils se revoient, ils couchent ensemble, ce qui n’empêche pas Charles de le faire chanter et qui éventuellement brouille les pistes pour Sam et ses collègues.

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Les séries printanières des networks se retrouvent souvent dans cette période de l’année par défaut, faute de qualité ou susceptibles de ne pas pouvoir fédérer un assez large auditoire et c’est le cas d’Aquarius. Le retour de Duchovny au petit écran n’a rien de très marquant avec son personnage de flic tout dédié à son travail, qui n’hésite pas à enfreindre les lois pour arriver à ses fins et c’est sans mentionner sa vie personnelle mouvementée : bref, le flic typique des networks. Là où la série présente un certain intérêt, c’est lorsqu’elle se sert du contexte des années 60 pour enrichir ses histoires. Ainsi, lors du second épisode, Sam enquête sur la mort d’une femme blanche dans un quartier comptant une majorité de noirs. Comme il fallait s’y attendre, une force tension raciale y règne et la minorité de crimes élucidés dans cette partie de la ville n’a rien pour mettre la population en confiance. On aborde aussi la guerre du Vietnam puisque le fils de Sam, Walt (Chris Sheffield), est soldat dans l’armée américaine. Malheureusement, on n’exploite pas assez ces filons et comme d’habitude, on préfère se concentrer sur les enquêtes, lesquelles nous lassent rapidement.

Sexe et violence

Pour mousser sa valeur, Aquarius mise sur deux plus-values, la première étant le contenu signalétique. C’est qu’on a tourné deux versions; une pour le réseau traditionnel de NBC qui est classée 14 ans et + et une autre qui sera diffusée en Europe et disponible sur iTunes qui selon le créateur de la série John McNamara serait classé NC-17 (no children under 17) en raison surtout de scènes de sexe plus osées. Cette stratégie présente deux problèmes. Le premier étant qu’on indique clairement que l’épisode est cohérent sans ces scènes, alors c’est donc d’avouer qu’elles sont purement gratuites (et gageons que la nudité féminine l’emportera sur la masculine). Le câble présente une plus-value pour certains parce qu’il ose aborder différents sujets moins grand public tout en évitant de se censurer au niveau la narration, surtout si le sexe est en cause. Dès lors, ce « thème » s’imbrique dans l’histoire au lieu d’être un complément (pensons notamment à Game of Thrones, Outlander, The Affair, etc.)

L’autre problème est la diffusion sur iTunes, ce qui relève d’une hypocrisie certaine. L’âge moyen des networks comme NBC est assez élevé, alors qu’on prétend s’adresser à la « cellule familiale ». Mais justement, qui sont ceux qui consomment des vidéos sur ce nouveau média? Assurément des jeunes et une grande partie d’entre eux sont sûrement âgés de moins de 17 ans…

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Nouveau mode de diffusion

C’est probablement ce qui a attiré le plus l’attention quant à la série : le fait de les mettre tous en ligne d’un coup. L’idée est audacieuse, d’autant plus que les Américains n’ont pas à se payer un abonnement comme avec Netflix pour y avoir accès. L’idée est sûrement de rejoindre un autre public, tout en espérant que la stratégie n’affectera pas les cotes d’écoute télé et par ricochet les revenus publicitaires.

Le problème est justement l’audience en ligne. Premièrement, comment déterminer s’il s’agit d’un succès ou non? Quand bien même l’épisode #6 aurait 5 millions de vues en 15 jours par exemple, qu’en est-il si le reste de la saison est boudé par les internautes sur une période de disons trois mois? Les auditeurs ont-ils jeté la serviette pour autant? Ensuite, NBC a dit hésiter entre révéler les cotes d’écoute de cette plateforme, ce que Netflix, dans le même terrain ne fait pas. En clair, si Aquarius est un succès phénoménal, on nous communiquera ces chiffres et si au contraire c’est un flop, le studio gardera les données pour lui seul.

Justement, les premiers chiffres télé ont été rendus publics : les deux premiers épisodes ont rassemblé 5,67 millions de téléspectateurs en direct et en trois jours, ajoutons 1,5 million d’autres qui ont écouté les épisodes en rattrapage, mais pas avec leur nouveau modèle en ligne. Mentionnons aussi un taux assez faible de 1,05 sur la tranche des 18-49 ans. La semaine suivante à l’épisode #3, ils n’étaient plus que 3,9 millions et le taux 18-49 avait descendu à 0,7. Quoiqu’en dise NBC, on doute fortement que la totalité des épisodes en ligne soit la raison de cette érosion. Bien qu’on admire l’initiative de la chaîne de s’inscrire dans un contexte de diffusion novateur, on ne peut pas faire grand-chose si le contenu n’a pas la qualité escomptée, et c’est le cas avec Aquarius.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!