Between (2015) : le parent pauvre de Netflix




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Between (2015) : le parent pauvre de Netflix

Between est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis le 21 mai sur les ondes de CityTV et Shomi Canada, puis sur Netflix pour tous les pays qui ont accès à ce service.

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L’action se déroule dans la ville fictive de Pretty Lake alors qu’un étrange virus décime tous les adultes âgés de 22 ans et plus en un rien de temps. La situation est tellement critique que les autorités environnantes mettent l’endroit en quarantaine, mais les jeunes survivants ne l’entendent pas ainsi alors que certains s’adonnent au pillage, tandis que d’autres cherchent à s’échapper.

Il s’agit ici d’une première collaboration entre Netflix et un partenaire canadien et force est d’admettre que le résultat est décevant, pour ne pas dire humiliant pour son pays d’origine. En plus de nous offrir une histoire bancale peu engageante, Between est assurément le pire brouillon de série que le service de la vidéo sur demande ait jamais produit, comme quoi, le Canada ne pèse pas lourd dans la balance du géant.

Un vague déjà-vu

Au départ, on ne sait ce qui cause toutes ces morts, mais Pretty Lake est très tôt laissée à elle-même. Il importe ici de faire un petit tour d’horizon des principaux personnages. Il y a d’abord Wiley (Jennette McCurdy), une jeune fille indépendante qui attend un enfant qu’elle donnera dès sa naissance à une famille adoptive en échange d’un gros montant. Son meilleur ami est Adam (Jesse Carere), qui d’une intelligence supérieure est le seul à vraiment vouloir éclaircir le mystère entourant l’épidémie, tout en essayant de fuir la ville. Il y a aussi Ronnie (Kyle Mac), un être peu fiable qui dès que la ville se retrouve isolée, en profite pour commettre des vols en compagnie de son jeune frère influençable Pat (Jim Watson). Le problème est qu’à la longue, on l’accuse de tous les maux, dont le meurtre de la jeune sœur de Chuck (Justin Kelly), le fils pédant d’un des plus riches hommes d’affaires du coin. Le plus mystérieux d’entre eux est Mark (Jack Murray) qui au moment de l’épidémie croule en prison pour un meurtre qu’il n’a apparemment pas commis. Lorsqu’une panne d’électricité touche les environs, il s’évade… pour on ne
sait où.

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On constate assez tôt avec Between que les algorithmes Netflix ont décidé d’un croisement entre Under the Dome, The 100 et The Leftovers sans vraiment penser à un scénario appuyant la prémisse. On n’est pas dans le chaos sociétal caractérisé par la série de CBS ni dans un univers d’adolescents attardés à la CW et on nous offre encore moins une vision toute particulière du deuil comme la (très) exécrable série d’HBO. En fait, il est certain que les acteurs ne remporteront pas un prix d’interprétation à en juger par leurs performances lorsqu’ils voient leurs proches mourir sous leurs yeux. De plus, on tente de pallier à leur manque de profondeur en invitant les téléspectateurs à se rendre sur le site web de l’émission et d’écouter des capsules intitulées « Between the lines» où ils se confient à la caméra; on n’apprend pas grand-chose en deux minutes d’autant plus qu’il faut endurer une publicité d’une durée quasi équivalente avant de les entendre.

Le pire reste à venir puisque de Between émane un flagrant manque de budget. Au cours des trois premiers épisodes, on ne sait toujours pas s’il s’agit d’un complot politique ou d’un phénomène surnaturel, mais en revanche, on est certain que la série n’a pas les moyens de ses ambitions. Preuve que l’on tourne en rond, au troisième épisode (la mi-saison déjà), un lion s’échappe d’un zoo et tue deux personnes. Sur le coup, on se demande s’il s’agit d’une séquence onirique ou d’une métaphore, mais on réalise assez vite qu’il n’y a rien de tout cela : un lion terrorise tout simplement la ville…

Le petit frère canadien…

Après les États-Unis, on a décidé en 2010 d’exporter Netflix au Canada, question de voir quel sera l’engouement pour un service qui encore plus à l’époque, ne proposait que du contenu américain. Comme les chaînes privées au Canada diffusent régulièrement en heure de grande écoute des fictions américaines, inutile de mentionner que le « choc des cultures » n’a pas eu lieu et que ce succès a très certainement motivé l’entreprise à s’étendre partout dans le monde. En général, Netflix n’a pas eu trop de difficulté à s’implanter dans des pays anglo-saxons, mais pour d’autres comme la France, dès le départ on s’est rendu compte qu’il faudrait proposer un certain contenu local, faute d’abonnés suffisants. Qu’à cela ne tienne : l’entreprise de Reed Astings a annoncé qu’une série originale française, Marseille, étant en préparation et ce n’est nul autre que Gérard Depardieu qui tiendra le rôle principal.

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Qu’en est-il pour le Canada, le plus fidèle allié de Netflix depuis ses tous débuts? Rien… ou Between : un budget dérisoire, tout comme la promotion qui aurait dû aller avec. En plus, en raison de l’accord conclu, le géant américain n’a même pas pu mettre tous les épisodes d’un coup sur sa plateforme si bien qu’à ce jour, c’est son unique fiction (semi-) originale à être dévoilée au compte-goutte; le « vieux » modèle télévisuel. Et pouvons-nous parler de fiction canadienne? Absolument pas. Autant en regardant Marseille, on s’imagine qu’il y aura des plans de la ville, de la monnaie française, des plaques d’immatriculation françaises, etc. autant dans Between, on est dans un no man’s land vaguement nord-américain et l’exemple le plus ridicule est lorsque les citoyens se réunissent dans un gymnase afin d’écouter la ministre Miller (Rosemary Dunsmore) leur donner des nouvelles fraiches sur la situation. On sait que cette fonction en politique américaine n’existe pas, leur équivalent étant des secrétaires (d’État, etc.), mais incompréhensiblement, on reste dans le flou quant au pays qu’elle représente quand on regarde le logo au bas de l’écran lors de ses captations télévisées, ainsi que les couleurs d’arrière-plan qui évoquent davantage l’administration américaine que canadienne (on pense notamment à la fonction de gouverneur). Est-ce si difficile de revendiquer notre identité à l’écran? Peu de pays souffrent d’un tel complexe…

Du côté de la télévision traditionnelle, Between n’a pas attiré grand monde : seulement 269 000 téléspectateurs ont regardé le second épisode en direct et ce chiffre baissait à 244 000 la semaine suivante : des chiffres très bas, même pour le marché canadien. ? Est-ce en raison d’un auditoire fragmenté entre les chaînes City, Shomi et Netflix? On en doute. Est-ce le mode de diffusion hebdomadaire qui a fait défaut? Peut-être. Non sans ironie, Joshua Alston du A.V.Club écrivait à propos de la série : « If Between was streaming in its entirety from the day of its premiere, the pilot might be enough to warrant watching a second episode, if only because auto-play is activated and the remote is all the way across the room. » … Ça dit tout.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!