Inside Out ou comment, de là-haut, les incroyables rebelles de Pixar nous font oublier notre vie de bestiole?




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Inside Out ou comment, de là-haut, les incroyables rebelles de Pixar nous font oublier notre vie de bestiole?

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Joie. Peur. Colère. Dégoût. Tristesse. Ce sont non seulement les cinq émotions qui nous en font voir de toutes les couleurs dans Inside Out, mais aussi le nom de ses cinq microscopiques héros. Vingt ans après Toy Story, ce quinzième long-métrage d’animation des studios Pixar possède les qualités nécessaires afin de ravir petits et grands, et de gravir les marches vers les plus hauts sommets. Vers l’infini, et plus loin encore!

De gauche à droite : Joie, Peur, Colère, Dégoût et Tristesse.

De gauche à droite : Joie, Peur, Colère, Dégoût et Tristesse.

Grandir n’est pas de tout repos et la petite Riley, 11 ans, ne déroge pas à la règle. À cause du travail de son père, sa famille quitte le Minnesota et déménage à San Francisco. Riley est guidée, comme tout le monde, par ses émotions (la Joie, la Peur, la Colère, le Dégoût, et la Tristesse) qui deviennent ici des personnages à part entière dans le centre de contrôle de son cerveau, le fort bien nommé Quartier Cérébral. Si, d’un côté, la fillette tente de conserver son équilibre malgré la perte de ses repères (nouvelle ville, nouvelle maison, nouvelle école, nouveaux amis), de l’autre, deux émotions quittent accidentellement le QC vers les méandres de son esprit.

Joie et Tristesse s’aventureront dans des recoins insolites tels que le labyrinthe de la mémoire à long terme, les îles de la personnalité, le monde de l’imaginaire, le gouffre du subconscient, le raccourci de la pensée abstraite (clins d’œil à Picasso et Miró), la production des rêves ayant l’apparence d’un studio hollywoodien, j’en passe et des meilleurs. Seuls aux commandes, Peur, Colère et Dégoût réussiront-ils à orienter Riley qui entre à reculons dans les limbes enchantés de l’adolescence?

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Tête pensante derrière la genèse d’Inside Out, le réalisateur Pete Docter (Up, Monsters, Inc.) a eu l’idée de départ en observant les changements de comportement de sa fille à la préadolescence.

« Quand ma fille a eu 10 ans, je me suis rendu compte qu’elle devenait plus calme et qu’elle semblait davantage réfléchir avant d’agir. Je me suis souvent demandé ce qui se passait dans sa tête. »

Il a alors commencé des recherches extensives en interrogeant nombre de psychologues et en consultant nombre d’ouvrages spécialisés. Le fruit de ses efforts a démontré que, tous sexes et strates d’âge confondus, les filles de 11 à 13 ans sont les plus socialement réceptives.

Pour ses personnages-émotions, il a puisé son inspiration dans les deux sources suivantes :

    1. Le premier classique d’animation de Disney sorti en 1937, Snow White and the Seven Dwarfs, dans lequel les sept nains portent un nom caractéristique : Prof, Joyeux, Timide, Atchoum, Dormeur, Simplet et Grincheux.
    2. Le psychologue américain Robert Plutchik et sa roue des huit émotions primaires, mettant de côté la surprise, la confiance et l’anticipation afin d’éviter tout surencombrement d’informations.
Roue des émotions du psychologue Robert Plutchik

Roue des émotions du psychologue Robert Plutchik

« Je peux vous dire quelle émotion est apparue la première et la plus facilement sur le papier, a révélé Pete Docter à Gaël Golhen de Première. C’est Colère. J’ai dessiné un personnage carré, petit, rouge et très drôle et immédiatement il avait quasiment son look définitif. Je ne suis pas un colérique, mais quand je l’ai trouvé, j’avais envie d’écrire pour lui. Je voulais le voir évoluer et je savais qu’il serait drôle. »

À l’image des décors de chaque QC qui ont été savamment pensés (celui de Riley rappelle un livre illustré pour enfants, celui du père ressemble à un cockpit d’avion et celui de la mère se situe autour d’une table semi-circulaire propice au dialogue), la physionomie des cinq créatures adopte une forme particulière : Joie une étoile, Tristesse une larme, Peur un nerf à vif, Colère une brique et Dégoût un… brocoli!

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De Toy Story à Monsters University, Inside Out marche dans le sillage de ses prédécesseurs en direction du succès. Voici le budget et les recettes des autres films produits par les studios Pixar :

1. Toy Story (1995) : budget de 30 millions et recettes de 362 millions.
2. A Bug’s Life (1998) : budget de 120 millions et recettes de 363,4 millions.
3. Toy Story 2 (1999) : budget de 90 millions et recettes de 485 millions.
4. Monsters, Inc. (2001) : budget de 115 millions et recettes de 562,8 millions.
5. Finding Nemo (2003) : budget de 94 millions et recettes de 936,7 millions. #2
6. The Incredibles (2004) : budget de 92 millions et recettes de 631,4 millions.
7. Cars (2006) : budget de 120 millions et recettes de 462 millions.
8. Ratatouille (2007) : budget de 150 millions et recettes de 623,7 millions.
9. WALL·E (2008) : budget de 180 millions et recettes de 521,3 millions.
10. Up (2009) : budget de 175 millions et recettes de 731,3 millions.
11. Toy Story 3 (2010) : budget de 200 millions et recettes de 1,063 milliard. #1
12. Cars 2 (2011) : budget de 200 millions et recettes de 559,9 millions.
13. Brave (2012) : budget de 185 millions et recettes de 539 millions.
14. Monsters University (2013) : budget de 200 millions et recettes de 743,6 millions. #3

Charlotte Le Bon (Joie), Réal Bossé (Colère), Édith Cochrane (Dégoût), Xavier Dolan (Peur) et Sonia Vachon (Tristesse) prêtent leur voix aux cinq personnages colorés dans la version doublée en français québécois dont le titre traduit est Sens Dessus Dessous (Vice-Versa en Europe).

Pour le vétéran Xavier Dolan, qui fait du doublage depuis presque vingt ans (il est, entre autres, la voix de Ron Weasley dans Harry Potter, de Peeta Mellark dans Hunger Games et de Jacob Black dans Twilight!), ce corps de métier fait appel à quelque chose de très particulier :

« C’est une question d’ego. Quand tu arrives en tant qu’acteur sur un plateau, tu crées une performance. Quand tu doubles, tu n’es pas dans la création, tu es dans l’interprétation. »

Maintenant qu’il possède à la fois Pixar, Marvel et Lucasfilm, Disney peut mélanger les univers et s’offrir des stratégies publicitaires doublement efficaces, faisant ainsi d’une pierre deux coups. Pour illustrer ce propos, il a été confirmé que tous les films de la Phase 2 de la Marvel Cinematic Universe (d’Iron Man 3 à Ant-Man) comprenaient un clin d’oeil à Star Wars: Episode V – The Empire Strikes Back, à savoir qu’un personnage principal ou secondaire perdait un bras comme Luke Skywalker.

Par exemple, cette bande-annonce originale combine Avengers: Age of Ultron et Inside Out :

Voici l’avis d’un expert.

Docteur en neurosciences, psychologue clinicien et cinéphile averti, Albert Moukheiber a dit qu’il « ne nous arrive jamais de n’éprouver qu’une seule émotion. Tout ce que nous ressentons nait d’un dialogue permanent entre nos émotions primaires, qui forment des chimères, des cocktails aux dosages subtils en fonction des situations que nous rencontrons. Par exemple, le sentiment d’amour, est créé par un mélange de joie et de confiance tandis que la honte nait d’un mélange de dégout et de peur. »

S’il y a bien quelque chose à retenir d’Inside Out, c’est qu’il n’y a pas de joie sans tristesse, et vice versa. Et Moukheiber d’ajouter :

« J’aime beaucoup la force de schématisation de Pixar. Ces studios savent parler le langage imagé des plus jeunes tout en restant très forts dans l’imaginaire collectif. A travers des gags visuels simplissimes, Ils abordent des thématiques sérieuses comme la perte d’un enfant dans Finding Nemo ou encore la vieillesse dans Up et définissent avec eux le bien et le mal en donnant des leçons très simples sur la vie ; par exemple : si tu es vieux et seul, sort de chez toi et évade toi. »

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Inside Out commence et se termine en force. Il s’ouvre sur la naissance de Riley et de Joie, son émotion dominante. Joie explique les arcanes du cerveau de son hôte avec des mots simples afin que chaque spectateur comprenne bien l’univers fictionnel dans lequel il est convié. Après 94 minutes à bord d’une montagne russe d’émotions, le film se ferme sur un générique hilarant qui nous déverrouille le QC de plusieurs autres personnages et… animaux de compagnie!

Il y a cependant quelques longueurs à mi-chemin, pour les grandes personnes à tout le moins, puisque le monde intérieur avec Joie et Tristesse prend plus d’importance que le monde extérieur avec Riley. Mais la quantité phénoménale de détails authentiques et de sous-textes intelligents pardonnent ce hiatus entre le dedans et le dehors. L’imagination des créateurs de Pixar est à couper le souffle et touche bien des cordes sensibles, d’autant plus que le tout s’assoit sur de solides bases scientifiques. Grâce à Docter et son équipe, la magie opère avec une précision chirurgicale et donne un visage à ces petites voix dans nos têtes!

Bref, un peu comme Boyhood, Inside Out rend hommage au passage de l’enfance à l’adolescence. Il se veut aussi un documentaire sur les rouages des émotions et de l’imagination enfantine, respectant ce qui fait l’essence même du cinéma : voir le monde à travers le prisme des yeux de quelqu’un d’autre…

Verdict : 9 sur 10 (à hauteur d’enfance) et 8 sur 10 (à hauteur d’adulte)

En première partie d’Inside Out, un court-métrage de 7 minutes intitulé Lava (Uku et Lélé au Québec) propose un poème magnifique et musical sur une histoire d’amour à travers les âges entre deux volcans.

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca