Kingsman: The Secret Service ou ce « joyeux festin » audiovisuel qui transforme des soupirs en sourires…




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Kingsman: The Secret Service ou ce « joyeux festin » audiovisuel qui transforme des soupirs en sourires…

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Si, en 2010, Kick-Ass rendait hommage aux films de superhéros comme Batman et Spider-Man, Kingsman: The Secret Service applique une recette semblable vis-à-vis des films d’espionnage comme James Bond. Signés par Matthew Vaughn, réalisateur qui ne cache ni ses influences ni ses références, ces deux films permettent aux spectateurs de tâter le pouls d’une véritable cinéphilie qui traverse son oeuvre, et ce, à une époque où le mercantilisme l’emporte sur la créativité.

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Kingman, l’élite du renseignement britannique en costumes trois pièces dont le QG est situé dans l’arrière-boutique d’un tailleur, est à la recherche de sang neuf pour combler un manque d’effectif dans ses rangs. Harry Hart alias Galahad (Colin Firth) recrute Gary Unwin alias Eggsy (Taron Egerton), le fils d’un de ses agents qui, 17 ans plus tôt, a perdu la vie en sauvant la sienne. Eggsy doit subir un entrainement intensif avec d’autres jeunes aspirants afin de déterminer lequel deviendra le prochain agent secret. En parallèle, le génie de la technologie et soi-disant philanthrope Richmond Valentine (Samuel L. Jackson) menace la population mondiale avec une toute nouvelle invention. Les Kingsmen parviendront-ils à déjouer à temps son plan machiavélique?

Cette histoire suit une formule scénaristique à la mode, voire éprouvée, depuis la trilogie originale de Star Wars : le recrutement d’un néophyte par un mentor (il a une dette d’honneur envers son père), le parcours initiatique, le passage du pouvoir de l’un à l’autre et la mise en pratique des connaissances acquises par le néophyte pour freiner un mal en pleine croissance.

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Passé maître dans l’art d’adapter des œuvres littéraires ou des bandes dessinées, Matthew Vaughn (X-Men: First Class, Kick-Ass, Stardust) s’est à nouveau tourné vers un comic book créé par Mark Millar, The Secret Service, en le portant sur grand écran sous le titre Kingsman: The Secret Service. Ce qui explique son succès critique/commercial, c’est le traitement dont il a fait l’objet.

En effet, Vaughn sait ce qu’il souhaite obtenir comme résultat et comme réaction du public. Il agit alors en conséquence, quitte à repenser ses plans-signature dans les scènes d’action. Tantôt il les filme comme le first-person shooter d’un jeu vidéo, à savoir une caméra subjective qui nous permet de se mettre à la place du personnage (pensez à GoldenEye 007 sur la console Nintendo 64), tantôt il leurs insuffle un caractère carnavalesque grâce à un montage d’une vitesse et d’une violence extrêmes.

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Parlons maintenant de la distribution cinq étoiles du film.

Première étoile : Colin Firth. C’est avec audace que le rôle du mentor Galahad lui a été confié. Âgé de 54 ans, il sort (enfin) de sa zone de confort et s’amuse à dynamiter son image d’une blancheur impeccable consolidée à cause de films romantiques et de films académiques tels que Bridget Jones’s Diary, The King’s Speech, Love Actually et Mamma Mia! Un choix aucunement surprenant de la part de Vaughn, surtout en se remémorant qu’il a demandé à Robert De Niro d’interpréter un pirate en sous-vêtements féminins dans Stardust!

Deuxième étoile : Taron Egerton. Après Testament of Youth et la télésérie The Smoke, il fait ses premiers pas dans le rôle-titre d’un blockbuster. Il s’en sort très bien sous les traits d’Eggsy et, avec lui, un successeur de James Bond est né…

Troisième étoile : Samuel L. Jackson. L’acteur fétiche de Quentin Tarantino (Pulp Fiction, Jackie Brown, Django Unchained) et le Mace Windu de la prélogie de Star Wars s’éloigne (enfin lui aussi) de son rôle de Nick Fury qui lui colle à la peau depuis qu’il a signé avec la Marvel Cinematic Universe en 2008. Richmond Valentine zézaie, s’habille comme un adolescent et mange du McDonald’s (même lors d’un dîner surréaliste en compagnie de Galahad le gentleman!), mais il a horreur du sang et ne sait pas se battre…

Quatrième étoile : Sofia Boutella. Ex-danseuse de hip-hop qui a collaboré à des vidéoclips de Madonna, Rihanna et Usher, elle troque ses jambes pour des prothèses tranchantes afin de donner corps à Gazelle. Vaughn s’est inspiré de l’athlète olympique Oscar Pistorius qui a triomphé aux Jeux paralympiques d’été de 2012 à Londres. La carrière d’actrice de Boutella a commencé avec StreetDance 2 et continuera avec Star Trek 3 réalisé par Justin Lin (Fast & Furious 3-4-5-6) dont la sortie est prévue le 8 juillet 2016. En attendant, elle devient la fille amputée la plus badass du cinéma depuis Rose McGowan dans Planet Terror!

Cinquième étoile : Michael Caine et Mark Hamill, ex aequo. Pour les nostalgiques, le premier restera l’espion Harry Palmer des films The Ipcress File, Funeral in Berlin et Billion Dollar Brain et le second le chevalier Jedi Luke Skywalker de la saga Star Wars. Dans la BD, Mark Hamill est d’ailleurs la première célébrité kidnappée par le docteur James Arnold. Dans le film, il joue le rôle de ce kidnappeur devenu le professeur James Arnold.

Comme le réalisateur l’a prouvé dans Kiss-Ass, tous ne s’en sortiront pas indemnes!

Affiche promotionnelle s'inspirant du 12e film de la saga de James Bond, For Your Eyes Only (1981).

Affiche promotionnelle s’inspirant du 12e film de la saga de James Bond, For Your Eyes Only (1981).

Parmi les clins d’oeil aux films de l’agent 007, il y a la manière dont Eggsy demande son verre (« Un martini au gin sans vodka, cela va sans dire, mélangé pendant dix secondes tout en regardant une bouteille de vermouth fermée. ») ou encore son soulier d’où sort une lame empoisonnée comme celui de Rosa Klebb dans From Russia With Love. Ironiquement, le premier film de Vaughn, Layer Cake (2004), mettait en vedette l’actuel visage de James Bond depuis Casino Royale (2006), c’est-à-dire Daniel Craig…

De plus, leurs noms d’emprunt (Lancelot, Merlin, Arthur, Galahad) s’inspirent de la légende arthurienne des chevaliers de la Table ronde. Cet ordre avait comme devoir d’assurer la paix du royaume, un peu à la maniète des Kingsman.

La scène la plus marquante du film est la suivante. Au cours d’une rixe sanglante de trois minutes dans une église, Galahad assassine indifféremment 79 personnes d’une facon alambiquée et absurde. Hommes, femmes, vieillards, tout le monde y passe. L’hécatombe est accompagnée de l’excellent solo de guitare électrique de la chanson Free Bird du groupe rock Lynyrd Skynyrd (entendue dans Forrest Gump quand Jenny veut sauter du balcon).


La dernière séquence de Kingsman: The Secret Service fait allusion à trois films de Stanley Kubrick dans un feu d’artifice coloré de décapitations nucléaires et une apothéose d’humour noir :

1. La scène où la mère d’Eggsy défonce la porte de la salle de bain avec un couteau de boucher fait écho à celle devenue culte avec Jack Nicholson et Shelley Duvall dans The Shining (1980).

2. Le recours au chant patriotique britannique, Land of Hope and Glory, lui-même extrait de la marche no 1 en ré majeur de la série de marches militaires Pomp and Circumstance d’Edward Elgar, avait été utilisé par Kubrick dans A Clockwork Orange (1971) en offrant un savoureux contrepoint aux images.

3. Bien qu’entraperçue dans quelques plans seulement, le design de la War Room (voir les deux photos ci-dessous) est beaucoup inspiré de celle de Dr. Strangelove (1964) sorti précisément un demi-siècle plus tôt.

War Room dans Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb (1964)

War Room dans Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb (1964)

War Room dans Kingsman: The Secret Service (2014)

War Room dans Kingsman: The Secret Service (2014)

À noter que le code à quatre chiffres qu’Eggsy entre pour libérer de sa cellule la princesse Tilde (Hanna Alström) est 2625, l’équivalent du mot « ANAL » sur les touches d’un clavier de téléphone. Le jeu de mot est d’autant plus intéressant qu’il survient après ce dialogue :

Eggsy : « Sorry, Love. Gotta save the world. »
Princess Tilde : « If you save the world, we can do it in the asshole. »
Eggsy : « I will be right back. »

Ce film a volontairement été fait dans l’optique de devenir une franchise à suites. Avec un budget de 81 millions de dollars et des recettes de 403 millions de dollars, nul n’est surpris que la 20th Century Fox a donné le feu vert pour Kingsman 2. Vaughn a déclaré à Moviefone le 11 février 2015 :

« Je suis surexcité à l’idée de faire une suite. On s’est éclaté sur Kingsman: The Secret Service, et on a des tonnes d’idées pour un nouvel opus. Le pauvre Mark Strong [NDLR : il joue l’agent Merlin] devra par exemple vivre une expérience qu’il n’aurait jamais pu imaginer. Et nous voudrions aussi présenter la branche américaine de Kingsman. Je ne peux pas en dire trop mais on a aussi imaginé un nouveau méchant qui serait vraiment fun à développer. »

Un grand cru de la cuvée février 2015 destiné à tous les publics, de l’œnologue jusqu’au « prostitué catholique qui fornique sans honte hors des liens du mariage avec son petit ami afro-américain juif qui est médecin avorteur et athée! »

Bref, Kingsman: The Secret Service mérite le coup d’œil, ne serait-ce que pour l’amour du gadget, du costume sur mesure, de la couronne britannique et des films d’espionnage du siècle dernier.

Verdict : 8 sur 10

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca