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Sense8 : Netflix trouve (enfin) son format

Sense8 est une nouvelle série de 12 épisodes qui ont tous été mis en ligne sur Netflix à partir du 5 juin.

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Comme le chiffre du titre l’indique, on nous amène dans l’univers de huit personnages provenant de pays différents qui à la suite d’un suicide se trouvent progressivement interreliés autant en pensées qu’en actions. Chacun devra s’adapter à ce nouveau don, tout en essayant de comprendre la raison qui les réunit tous. Seul Jonas (Naveen Andrews), un ami de celle qui s’est enlevé la vie semble détenir la clé de l’énigme, mais après quatre épisodes, ses révélations demeurent encore très brèves et éparses.

Série créée par Andrew et Lana Wachowki (la trilogie de La Matrice, Cloud Atlas, etc.), on ne sait pas vraiment où l’on s’en va avec Sense8 et ironiquement, c’est ce qui fait son charme. En faisant fi des quelques clichés de départ, on s’attache rapidement aux personnages et aussitôt un épisode est-il terminé qu’on a envie d’en commencer un autre.

Série chorale

Pendant les 70 minutes qui constituent le premier épisode de Sense8, on y va avec l’introduction des personnages campés un peu partout sur la planète. Ainsi, nous faisons d’abord la connaissance de Nomi (Jamie Clayton), une blogueuse transsexuelle installée à San Francisco qui est prise de visions de plus en plus violentes, ce qui lui vaut d’être hospitalisée. Mais l’opération qu’elle doit subir s’apparente davantage à une lobotomie alors que ses nouveaux « pouvoirs » qu’elle comprend encore mal nous renvoient directement à la première scène de la série; celle où une femme qui a toutes les allures d’une prêtresse se suicide. Un montage qui s’en suit nous laisse croire que c’est la mère (spirituelle du moins) de Nomi et des autres et que sa mort est le déclenchement de ces visions entre ces huit êtres.

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Viennent ensuite Kala (Tina Desai), une étudiante en pharmacologie de Mumbai qui est sur le point de contracter un mariage arrangé; Sun (Doona Bae), fils d’un puissant financier de Séoul adepte de kickboxing; Riley (Tuppence Middleton), une DJ de Londres qui a fui son pays natal, l’Islande pour des raisons qui nous échappent; Capheus (Ami Ameen), un chauffeur d’autobus de Nairobi qui est prêt à tout pour procurer des médicaments à sa mère, atteinte du SIDA; Wolfgang (Max Riemelt) un serrurier de Berlin qui a récemment pris part à un vol de diamants, Lito (Miguel Àngel Silvestre), un acteur de télénovela dans le placard; et enfin, Will (Brian J. Smith), un policier de Chicago toujours hanté par un meurtre non résolu alors qu’il était enfant.

La première erreur en commençant Sense8 est de vouloir tout de suite savoir quel est le but ultime de la série et quel sera l’objectif à atteindre pour les protagonistes. Si l’on commet l’erreur de rester dans cet état d’esprit, on risque d’être grandement déçu puisqu’après quatre épisodes, on n’a pas une idée claire de ce qui s’en vient, sinon ce que dit Jonas à Will : qu’il est du devoir de ces êtres de se connecter entre eux afin de rendre le monde meilleur, alors que des ennemis tentent de les en empêcher. Pourtant, sans savoir vraiment de quoi il en retourne, on ne s’ennuie pas pour autant. C’est que l’histoire de chacun des personnages, qui au départ émane de clichés reliés à leur pays d’origine, gagne en profondeur, si bien qu’on a de la difficulté à s’arrêter en cours de route.

En ce sens, Sense8 emprunte un mouvement plus utilisé au cinéma ou en littérature : le genre choral. Dans ces histoires, on retrouve un nombre important de personnages qui évoluent le plus souvent chacun de leur côté. Cependant, un événement, qu’il soit historique, sociétal, etc., les rassemble, ce qui donne malgré tout un ensemble cohérent (au cinéma, citons Babel alors qu’en littérature, on pourrait par exemple évoquer les romans de Ken Follett). Peu de séries ont emprunté ce format et la dernière de Netflix s’en sort très bien. Ici, on passe par plusieurs genres; des tons qui peuvent d’un premier abord nous sembler inégaux, mais où les histoires plus légères comme celle de Lito viennent équilibrer des plus lourdes comme celle de Nomi. Et les moments (encore timides) où ils « fusionnent », que ce soit mentalement lorsqu’ils se mettent tous à chanter la même chanson (ép.4) ou physiquement (ép.3) lorsque Sun avec ses talents de boxeuse vient prêter main-forte à Capheus qui doit se battre contre un gang de rue forment de très bons moments de télévision.

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Un format de binge-watching idéal

Les nouvelles séries fiction de Netflix sont désormais lancées partout dans le monde à la même heure et le défi est de plaire à un auditoire tant américain qu’Européen et même plus. En décembre, le service de vidéo sur demande lançait Marco Polo qui s’essayait à un certain mariage est-ouest en mettant en scène la vie du célèbre explorateur vénitien lors d’un voyage en Mongolie. Le résultat était une histoire ronflante remplie d’incongruités historiques qui en fin de compte ne pouvait satisfaire aucun public. Trois mois plus tard, Netflix lançait Bloodline, un thriller avec du potentiel il est vrai, mais plutôt construit comme un très long film… de 12 épisodes. Avec Sense8, aussitôt un épisode terminé qu’on a envie d’enchaîner avec un autre, non parce que le précédent nous a laissé sur notre faim et qu’on veut connaître la conclusion le plus tôt possible, mais parce qu’on a envie de continuer à découvrir leur parcours personnel. Comme l’écrit Robert Lloyd dans le LA Times à ce propos : « It wants to be an experience as much as a story » : mission accomplie en effet.

Avec des critiques en grande majorité positives, Sense8 est un bel ajout dans le catalogue de Netflix. S’il nous est toujours impossible de mesurer la popularité de la fiction sur son site, aussi bien se tourner du côté du piratage. En effet, à peine trois jours après avoir été mise en ligne, la série a été téléchargée illégalement plus de 500 000 fois dans le monde; un chiffre énorme qui vient renforcer son succès, au détriment de Netflix, qui s’est abstenu de commenter…





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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!