Texas Rising (2015) : western historique




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Texas Rising (2015) : western historique

Texas Rising est une nouvelle minisérie de 8 épisodes, diffusée depuis la fin mai sur les ondes de History Channel aux États-Unis et au Canada.

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L’action démarre en 1839 en pleine « Révolution texane » après qu’ait eu lieu le siège au Fort d’Alamo qui fit 200 morts du côté des Texans, menées par le général Sam Houston (Bill Paxton) et 600 du côté des mexicains menées par le général Antonio Lopez de Santa Anna (Olivier Martinez). Ce dernier s’est particulièrement démarqué pour ses exécutions sordides alors que chez les troupes de Houston, on se targue à défendre l’État contre la tyrannie, tout en prônant la liberté pour tous. Alors que chaque clan se prépare à la prochaine offensive, on a droit à de multiples petites histoires sur le quotidien des habitants issus d’origines diverses.

S’il y avait un prix pour la perte de temps télévisuelle de l’été, Texas Rising remporterait la palme haut la main. Le jeu des acteurs est inégal, le fil narratif est décousu et c’est sans compter une rigueur historique des plus déplorables.

Simple divertissement

La série s’ouvre sur une fusillade commandée par le général Santa Anna qui montre peu de compassion à l’égard de ses ennemis. Indignées, les troupes de Houston se retirent temporairement dans la ville de Victoria où elles fusionnent avec celles menées par le colonel Fannin (Rob Morrow), un homme imbu de sa personne et obstiné. Emily West (Cynthia Addai-Robinson) qui a assisté au massacre d’Alamo conclu un marché avec Houston et s’introduit chez l’ennemi en entrant dans les bonnes grâces de Santa Anna, jusqu’à ce que la revanche ait lieu, éventuellement. Jacks Hays (Max Thieriot), originaire de la Louisiane, débarque dans ce grand état et fait la rencontre de Bigfoot Wallace (Robert Baker).

Texas Rising

Ensemble, ils prennent la route bien décidés à devenir rangers pour Houston, mais atterrissent d’abord à Goliad où ils sont faits prisonniers. Ajoutons à cela quatre rangers qui ont plutôt en tête de voler une banque ainsi qu’une famille qui après s’être installée dans un petit coin paisible des environs est violemment attaquée par une troupe d’Indiens pour des raisons qui nous échappent encore.

Comme on peut le constater, l’action est éparpillée de manière inégale de tous côtés et avec tant de protagonistes, la profondeur n’est évidemment pas au rendez-vous. Du genre historique, on n’a recours qu’aux clichés d’usage quant aux personnages (la veuve éplorée, l’adolescent qui veut s’enrôler, le rebelle, le paysan appauvri, le soldat valeureux, etc.) et certains acteurs ont une difficulté folle à maintenir l’accent texan pendant plus d’une réplique. Jusqu’à un certain point, on pourrait passer outre, mais ces défauts sont accentués du fait que chaque épisode est d’une durée de deux heures, ce qui ouvre aussi la porte grande ouverte aux longueurs.

Le pire avec la série est qu’on a davantage l’impression de regarder un western qu’un document qui se voudrait historique puisque tout dans la mise en scène nous renvoie au genre cinématographique, qu’il s’agisse de la bande sonore aux intonations à la Ennio Morricone, au filtre sépia, aux costumes défraîchis et barbes mal faites, etc. Mais le pire est lorsqu’on emprunte aussi ces codes à des fins historiques, ce qui se produit ici.

Le premier exemple réfère à la présence des « Indiens » dans la série. Comme dans les films des années 50 et 60, ils n’ont pas de personnalité, se déplacent en groupe et ne sont bons qu’à troubler l’ordre public. Ils effectuent deux apparitions au cours des deux premiers épisodes : la première fois, ils cherchent à kidnapper des femmes blanches et la deuxième fois, ils s’introduisent dans une maison familiale afin de tuer ses habitants. En y pensant bien, ils pourraient être qualifiés d’un point de vue télévisuel d’ancêtres des zombies puisque tout ce qu’ils font, c’est de vouloir s’en prendre à autrui et on ne se bâdre évidemment pas d’en connaître les raisons. S’attaquer à eux est presque un jeu, à savoir qui les tuera en premier.

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L’autre exemple concerne l’esclavage. Dans un de ses nombreux discours patriotiques, Houston, en parlant d’un colon tué au combat déclare « Texas is slave-free » (…) « At least, he died a free man ». Cette hypocrisie est absolument choquante, d’autant plus que la série est une production de History Channel. De un, du temps où le Texas appartenait au Mexique, l’esclavage était proscrit et le président du pays Anastasio Bustamante en 1830 était le premier défenseur de cette idée. De deux, pour contrer cette mesure, les colons anglo-américains ont eu recours à l’Identure; c’est-à-dire un contrat de travail avec une personne pour une durée de 99 ans, méthode qui sera évidemment abolie après la Guerre de Sécession. Enfin, le gouvernement des États-Unis était favorable à l’annexion du Texas (qui se fera finalement en 1845) afin de préserver un équilibre entre esclavagistes et abolitionnistes au sein du jeune pays. Cette situation perdurera jusqu’à la fin de la Guerre civile entre le Nord et le Sud. Que quelqu’un en charge de la production ou du scénario de Texas Rising l’ignore, c’est déjà un comble, mais qu’on soit au courant et qu’on passe outre, c’est carrément une insulte à l’histoire.

Quelques autres broutilles…

Au moins, cette nouvelle création de History Channel nous envoie des signes dès le départ que son contenu est à prendre avec un grain de sel, notamment avec les premiers plans où les personnages nous sont présentés comme si on s’apprêtait à jouer à un jeu vidéo. Puis c’est le générique qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Game of Thrones. Et question dialogues, si le capitaine d’une armée s’adresse véritablement à ses soldats comme suit : « You may question my military strategy, but not my heart », engageons-nous sur le champ! Enfin, ironie de notre époque, nous avons droit à certaines scènes de combat très graphiques qui valent à la série un classement de 14 ans et plus. À l’opposé, l’armée de Santa Anna prend quelques jours de repos en se divertissant avec des combats de coqs. Justement, le général en tient un dans ses bras et la caméra effectue un léger mouvement vers le haut, cachant ainsi la volaille au moment où il lui tord le cou. Entre un champ de bataille ensanglanté et la mort d’un animal que la plupart des gens consomment quotidiennement dans le monde, la sensibilité est manifestement à géométrie variable…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!