The Secret Life of Marilyn Monroe (2015): le drame de l’hérédité




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The Secret Life of Marilyn Monroe (2015): le drame de l’hérédité

The Secret Life of Marilyn Monroe est une nouvelle minisérie de quatre épisodes qui a été diffusée les 30 et 31 juin sur les ondes de Lifetime aux États-Unis et au Canada.

The Secret Life of Marilyn Monroe

L’action se déroule à Los Angeles durant l’été de 1962 alors qu’un nouveau psychiatre, Alan DeShields (Jack Noseworthy) est envoyé chez l’actrice Marilyn Monroe (Kelli Garner) alors que la star est au plus bas. Paresse scénaristique, il doit la diagnostiquer correctement et lui demande en somme de lui raconter toute son existence; de sa naissance à aujourd’hui. De ses jeunes années passées dans un orphelinat, ses débuts en tant que mannequin puis actrice, ses trois mariages : tout y passe. Mais on explore surtout la relation trouble qu’elle a toujours eue avec sa mère Gladys (Susan Sarandon), laquelle a passé presque toute sa vie adulte dans des asiles psychiatriques. Adaptation du bestseller éponyme de J. Randy Taraborrelli paru en 2010, on n’apprend pas grand-chose sur la vie privée de la star que l’on ne connaissait pas déjà et à en juger par les récents biopics de la chaîne, on se demande où est l’originalité. Malgré un casting convaincant, l’angle narratif choisi ici (la relation mère-fille) est loin d’être exploité à son plein potentiel.

Où est l’actrice?

Les premières années de vie de Norma Jean Baker sont loin d’être enviables. Née d’une mère maniaco-dépressive qui effectue sans cesse des allers-retours entre la maison et l’hôpital et d’un père inconnu, la jeune fille a vécu dans divers orphelinats avant d’être recueillie par sa tante Grace (Emily Watson) qui bientôt doit aussi l’abandonner puisque son mari s’est trouvé un emploi sur la côte est. Mais à 16 ans, Norma, pour vivre dans un semblant de liberté, épouse James Dougherty (Giacomo Giannoti), un marine qui est appelé au combat durant la Deuxième Guerre mondiale. Entretemps, la jeune brunette (le blond platine, c’est pour plus tard) est photographiée dans une usine d’armement où elle travaille et décroche ensuite quelques contrats de mannequinat peu lucratifs. Avec le temps, elle comprend que ce n’est pas avec des sourires qu’elle fera avancer sa carrière et couche avec un producteur. Petit à petit, la starlette se transforme en véritable icône du cinéma et avec le succès viennent inévitablement les échecs : ses deux derniers mariages notamment. D’abord avec le célèbre joueur de baseball Joe DiMaggio (Jeffrey Dean Morgan) puis avec le dramaturge Arthur Miller (Stephen Bogaert) et c’est sans compter son dernier amant : le sénateur Kennedy. La drogue et l’alcool ne font qu’empirer une folie latente et qui inéluctablement viendront à bout d’elle dans la nuit du 5 août 1962 à 36 ans.

The Secret Life of Marilyn Monroe

On comprend que relater autant d’années de vie en quatre heures n’est pas chose aisée et il faut d’abord mentionner le très bon travail de Kelli Garner qui avec sa démarche, le timbre de voix qu’elle adopte et ses mimiques nous font bel et bien tomber dans le panneau et sans une actrice aussi convaincante, on aurait pu s’interroger sur l’intérêt de poursuivre la série jusqu’à la fin. C’est que justement, 53 ans après sa mort, un nombre incalculable de biographies ont été publiées, sans compter la représentation de sa vie au petit et grand écran, si bien qu’il n’y a plus grand-chose de « privé » sur la vie de la star. Alors machinalement, Lifetime s’efforce de revenir sur les grandes périodes de sa vie, mais probablement par manque de budget, on ne la voit quasiment jamais travailler et c’est toujours en privé qu’elle encaisse le coup de ses déceptions. Il aurait été agréable de la voir présentée à la reine en 1956 durant le tournage du Prince et la danseuse ou de la voir interagir avec certains de ces acolytes les plus célèbres de l’époque, tels Tony Curtis, Jack Lemmon, Clark Gable, Montgomery Clift, Yves Montand, etc. La séquence du tournage de la bouche de métro dans 7 ans de réflexion a été vue et racontée maintes fois et ses courtes disputes avec Darryl F. Zanuck nous laissent sur notre faim. On y intégrant davantage sa carrière, on aurait eu droit à une minisérie très conventionnelle, certes, mais plus complète.

Qu’est-ce qui se passe avec ceux qu’on adule?

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Que ce soit au cinéma français avec les deux films sur Yves Saint-Laurent ou sur Lifetime elle-même, avec Liz & Dick (sur Elizabeth Taylor) et Whtiney (Houston), on a à chaque fois et à divers degrés éliminé le côté « hommage » dans les biopics de ces célébrités pour s’intéresser uniquement à leur descente aux enfers. À la longue, le schéma en six actes est redondant : innocence et désir de célébrité, montée en puissance, la difficulté de se maintenir au sommet, stress occasionnant la prise de médicaments, stupéfiants, problèmes de cœur et pour les moins chanceux, la mort d’une overdose.

Cependant, avec The Secret Life of Marilyn Monroe, Lifetime a tenté une approche différente en mettant l’emphase sur la relation entre Gladys et sa fille. Ce point de vue était prometteur d’autant plus que c’est Susan Sarandon qui hérita du rôle de la matriarche. Dans leurs premières rencontres adultes, on comprend que Gladys est en quelque sorte le miroir de sa fille. On exploite à cet effet la dualité entre l’amour qu’une fille porte à sa mère (et vice-versa) et la crainte d’une folie héréditaire. Seulement, on ne va jamais très loin dans la psychologie et malgré tout le talent de Sarandon, les scènes où elle apparaît deviennent de plus en plus redondantes pour finalement se révéler inutiles.

La première partie de The Secret Life of Marilyn Monroe a attiré 2,13 millions de téléspectatrices qui sont pour la plupart restées fidèles à la conclusion diffusée le lendemain (2,05 millions). Performance pas tout à fait satisfaisante lorsqu’on pense que Liz & Dick en 2012 avait rassemblé une audience de 3,5 millions et qu’on en comptait 4,5 millions pour Withney à l’automne 2014. Est-ce dû à l’angle de traitement ou tout simplement au fait que la notoriété de l’actrice était déjà telle que la curiosité en pâtît? Il sera intéressant de comparer cet aspect, notamment avec le biopic que prépare HBO sur la vie de l’acteur Montgomery Clift, attendu pour 2016.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!