Ant-Man : un film fourmidable qui se montre à la hauteur de ses promesses!




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Ant-Man : un film fourmidable qui se montre à la hauteur de ses promesses!

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Marvel Studios vise l’infiniment grand depuis onze films et atteint sa cible grâce à ses records au box-office, la teneur quantitative de ses superhéros ou la teneur qualitative de ses têtes d’affiche. Ant-Man s’impose aujourd’hui comme une cure de jouvence (ou de désintoxication?) avant les réjouissances de Captain America: Civil War. En effet, en s’appropriant l’infiniment petit, ce douzième film « marvelous » prouve une fois pour toutes que ce n’est pas la taille qui compte…

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Il y a deux histoires à raconter au sujet d’Ant-Man : celle du film et celle autour du film. Commençons par le synopsis qui résume les grandes lignes de l’intrigue.

    Scott Lang (Paul Rudd) est un cambrioleur expérimenté qui vient de sortir de prison et dont le seul objectif consiste à ravoir la garde de sa fille. Le docteur Henry « Hank » Pym (Michael Douglas) le sollicite afin de protéger le secret de son spectaculaire costume d’Ant-Man qui permet à son hôte de rétrécir jusqu’aux dimensions d’une fourmi tout en augmentant sa force de manière considérable. Lang devra maîtriser ces nouveaux pouvoirs avant de se mesurer à un adversaire de taille : Darren Cross (Corey Stoll), l’ancien protégé de Hank, qui est sur le point de reproduire les travaux de son mentor…

Voilà pour la petite histoire. Maintenant, situons le film dans son contexte historique.

Dans les années 80, le créateur de superhéros Stan Lee a approché New Line Entertainment afin de les convaincre de chapeauter une adaptation cinématographique basée sur les comics de sa créature aux pouvoirs uniques, Ant-Man. Mais le studio a refusé sous prétexte que l’effet « si » spécial ressemblait trop à Honey, I Shrunk the Kids, succès-surprise de 1989 (il y a un clin d’œil au film dans Ant-Man quand nous voyons une brique Lego dans un aspirateur…).

En 2003, c’est au tour du réalisateur Edgar Wright de proposer à Marvel de porter à l’écran les aventures de l’homme-fourmi. Le feu vert obtenu, le projet s’est mis en chantier avant même les premiers balbutiements de la Marvel Cinematic Universe (MCU). Entre-temps, Wright a signé la Cornetto Trilogy (Shaun of the Dead, Hot Fuzz, The World’s End) et Marvel a sorti la Phase I qui introduisait d’autres superhéros (Iron Man, Thor, Hulk, Captain America), avant un crossover les réunissant tous sous la bannière des Avengers.

Le 23 mai 2014, à quelques semaines du tournage et après avoir repoussé la date de sortie de nombreuses fois, Wright a claqué la porte. Pourquoi? Parce qu’il en avait marre des différends artistiques entre la production et lui, notamment en ce qui avait trait à la constante réécriture imposée par le cadre liberticide de la MCU. Comprenez bien ceci : Wright n’était pas homme à courber l’échine devant Kevin Feige, le grand manitou de Marvel Studios et le deus ex machina derrière l’idée mercantile de développer une franchise de films à partir des licences de BD dont il dispose des droits. Feige explique le départ de Wright comme suit :

« Nous n’étions pas d’accord quant à la direction que devait prendre le film. Mais tout le monde a été franc. On a compris qu’on n’arriverait pas à trouver un terrain d’entente et on a décidé de ne plus faire le film ensemble. »

Feige se lance à la recherche d’un réalisateur plus malléable, jusqu’à ce qu’il déniche le « yes man » idéal : Peyton Reed, à qui nous devons ironiquement la comédie de Jim Carrey intitulée Yes Man

Ant-Man ne s'enlise pas dans des discours creux...

Ant-Man ne s’enlise pas dans des discours creux…

De ce fait, Peyton Reed (Bring It On, The Break-Up) a hérité d’un trône encore chaud. C’est sans doute pour cette raison que son premier blockbuster souffre d’un manque cruel de personnalité, d’une vision trouble, d’une signature absente, comme si son stylo avait manqué d’encre au moment de crier « Action! »

Fort heureusement, le résultat ne se prend pas trop au sérieux, contrairement au dernier crossover Avengers: Age of Ultron sorti le 1er mai dernier. Il se démarque pour d’autres raisons, autant par son humour bien dosé que par ses scènes d’action. D’ailleurs, ces dernières ont fait l’objet d’une attention particulière, comme le précise Reed :

« Notre objectif était de rendre les scènes les plus réalistes possibles. Nous avons fait beaucoup de recherches sur la macrophotographie de fourmis et la manière de reproduire cela au mieux dans le film, car Ant-Man a aussi le pouvoir de contrôler des armées de fourmis. »

Ant-Man et son armée de fourmis numériques...

Ant-Man et son armée de fourmis numériques…

Paul Rudd (Role Models, I Love You, Man, The 40 Year Old Virgin) est parfait dans le rôle-titre, puisqu’il est le parfait « ordinary man ». À l’image de Chris Pratt dans Guardians of the Galaxy, Rudd se veut une bouffée d’air frais entre les quatre murs d’une Phase II étouffante, saturée de destructions démesurées, de dialogues vides, de revirements saugrenus et de sentiments de déjà-vu…

Michael Douglas (Basic Instinct, The Game, Falling Down) attendait un rôle (un premier qu’on se rappellera!) dans la MCU depuis un moment. « J’avais parlé à mes amis Jack Nicholson et Danny DeVito, par rapport à leurs rôles de méchants dans Batman, et ils n’arrêtaient pas de me dire à quel point c’était jouissif. Du coup j’étais un peu frustré : pourquoi personne ne pensait à moi pour un film de superhéros? Bon, comme je ne suis pas un grand connaisseur de comics, ils m’ont envoyé ce qui correspond à deux ans de parutions des comics Ant-Man, avec tout le background du perso. D’ailleurs on dit souvent que les comics sont superficiels mais c’est faux : Hank Pym a un background plus riche que la majorité des rôles que j’ai joués! »

Evangeline Lilly (The Hobbit: The Desolation of Smaug, The Hobbit: The Battle of the Five Armies, Real Steel) doit se dire qu’elle est loin cette année 2003 où elle apparaissait comme figurante dans Freddy vs. Jason! Bien qu’elle ait décroché son premier rôle l’année suivante dans la télésérie Lost, l’actrice de 36 ans tire à grand-peine son épingle du jeu dans Ant-Man. En effet, dans une scène où elle doit pleurer, elle y parvient avec la même crédibilité que Marion Cotillard qui pousse son dernier soupir dans The Dark Knight Rises. Elle perd donc un peu la face en tentant de maîtriser l’art de feindre, mais elle ne perd pas sa taille de… guêpe.

Corey Stoll (Non-Stop, The Bourne Legacy, Midnight in Paris) incarne un antagoniste se situant à mi-chemin entre l’Obadiah Stane de Jeff Bridges dans Iron Man et l’Aldrich Killian de Guy Pearce dans Iron Man 3. Son Darren Cross est le PDG mégalomane de Cross Technological Enterprises (un rival de Stark Industries) qui deviendra Yellowjacket. Son personnage est un peu vide toutefois, caricatural plus souvent qu’autrement, souffrant d’une relation père symbolique/fils indigne qui, au moment de l’écriture du scénario, est demeurée à la surface au lieu de s’aventurer sous terre…

Pour les acteurs de soutien, Bobby Cannavale (Danny Collins), T.I. (Get Hard) et David Dastmalchian (Prisoners) s’en sortent bien, mais la palme revient à Michael Peña (Fury, Shooter, End of Watch). Ant-Man lui doit ses répliques les plus drôles, répliques qui ont été en bonne partie improvisées. Michael Douglas commente le travail de l’acteur mexicain : « La plus grosse surprise pour moi c’était Michael Peña. Tu le mets dans une scène, il bouffe tout le reste! D’un petit rôle il a pu faire un truc très personnel, et ça je ne l’avais pas vu venir. D’ailleurs j’étais aussi jaloux de ses capacités d’improvisation. Je serai incapable de faire ça, c’est dingue! »

Le fameux Yellowjacket format fourmi...

Le fameux Yellowjacket format fourmi…

Hank Pym (Ant-Man) n’est pas n’importe qui chez Marvel : il appartient à son Mont Rushmore aux côtés de Bruce Banner (Hulk), Red Richards (Mr. Fantastic) et Tony Stark (Iron Man). Il est même un des membres fondateurs des Avengers et le créateur d’Ultron dans les comics. Il aura une place importante dans la querelle opposant Captain America et Iron Man dans Captain America: Civil War.

Michael Douglas accepte de participer à une suite individuelle d’Ant-Man, si suite il y a. Le réalisateur abonde en ce sens : « Si le public est au rendez-vous, ce serait fantastique de retrouver ces personnages pour de nouvelles aventures. Dès que le film se termine, il y a beaucoup de questions en suspenses et d’interrogations sur l’avenir des héros… Et j’adorerais les retrouver, que ce soit pour un prequel ou un sequel… Peu importe. »

Le fameux Yellowjacket format humain...

Le fameux Yellowjacket format humain…

Initialement, à l’image de la Phase I avec The Avengers, la Phase II devait se terminer avec Avengers: Age of Ultron afin de laisser Ant-Man débuter la Phase III. Mais Feige a décidé de lancer sa troisième vague de films le 6 mai 2016 avec Captain America: Civil War. Le premier clap d’Ant-Man a été donné le 18 août 2014, alors que le réalisateur a écrit sur Twitter : « Très bien, les gars. Aujourd’hui c’est le grand jour. FAISONS. ÇA. petit. »

Le 2 janvier 2015, dans un eurêka digne d’Archimède, un premier teaser format fourmi de 100 pixels a été mis en ligne pour aguicher les fans. Le lendemain, un second teaser format humain a enfin montré les premières images du film avant qu’une première bande-annonce (celle placée en exergue en haut de cette critique) soit publiée sur la chaîne YouTube de Marvel Entertainment le 6 janvier 2015. Pour une des rares fois cette année, seul l’essentiel a été révélé à l’intérieur des vidéos publicitaires.

Impossible de conclure avec la Phase II sans mentionner le principal easter egg qui se retrouve dans chacun de ses six films. Obsédé par la saga de George Lucas, Feige a volontairement glissé un clin d’oeil à Star Wars: Episode V – The Empire Strikes Back dans lequel Luke Skywalker se fait couper le bras par Darth Vader. Ainsi, que ce soit dans Iron Man 3, Thor: The Dark World, Captain America: The Winter Soldier, Guardians of the Galaxy, Avengers: Age of Ultron ou Ant-Man, il y a toujours un personnage principal ou secondaire qui perd un de ses deux membres supérieurs (ou les deux!) lors d’un affrontement.

Pour faire le pont avec l’univers des Avengers post-Ultron, il y a la présence d’un membre du groupe de superhéros (je ne vous dirai pas lequel, bande de faux cons!), et même celle de deux personnages secondaires et demi :

– Peggy Carter jouée par Hayley Atwell dans Captain America: The First Avenger, Captain America: The Winter Soldier, Avengers: Age of Ultron et les téléséries Agents of S.H.I.E.L.D. et Agent Carter;

– Howard Stark, le père de Tony, joué par John Slattery dans Iron Man 2;

– Et l’immortel Stan Lee (il a 92 ans!) dans sa 25e apparition-éclair dans un projet cinématographique signé Marvel…

Prenez note qu’il y a non pas une, mais deux scènes bonus durant le générique de fin : l’une après les intertitres et l’autre à la toute dernière seconde après le défilement des crédits. Deux autres membres des Avengers y apparaissent!

Proche voisin d’Iron Man quant au fond et proche cousin de Guardians of the Galaxy quant à la forme, Ant-Man est un à-côté divertissant qui endosse bien son rôle d’épilogue de la Phase II et de prologue de la Phase III. J’ai même oublié qu’il s’agissait d’un film Marvel par moments tellement je me suis identifié à Paul Rudd, alias Ant-Man. Son histoire personnelle à la Mrs. Doubtfire ainsi que son entraînement express à la Rocky lui donnent confiance pour une mission suicide plus grande que nature. De par son côté expérimental à la 2001: A Space Odyssey, la scène durant laquelle Ant-Man rend visite au royaume quantique est particulièrement audacieuse et réussie.

Bref, s’il attirait autant les craintes que les attentes d’un public de plus en plus critique, le travail du Yes-Man et le jeu de l’Ordinary-Man dans Ant-Man relèvent le défi de renouer avec l’esprit du space opera de James Gunn. Il est le parfait entre-deux-guerres, à la fois le beau temps après la pluie de la Phase II et le calme avant la tempête de la Phase III. C’est là son moindre défaut…

Verdict : 8,5 sur 10

Pour les curieux, je vous recommande fortement le court métrage du réalisateur québécois Patrick Boivin intitulé Little Ant-Man auquel mon ami et cascadeur Leon Leclerc a participé!

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca