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Ballers / The Brink (2015) : changement de cap chez HBO

Ballers et The Brink sont deux nouvelles séries de dix épisodes diffusées sur les ondes de HBO aux États-Unis et au Canada depuis la fin juin.

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La première nous offre une incursion dans le monde de la NFL alors qu’un ancien joueur, Spencer Strasmore (Dwayne Johnson), reconverti en gestionnaire financier auprès des jeunes sportifs peine à se trouver des clients. La seconde traite de diplomatie (le mot est fort) alors que le mégalomane général Umair Zaman (Iqal Theba) vient d’être élu à la tête du Pakistan. Ses menaces d’éliminer Israël (entre autres) n’ont rien pour rassurer ses voisins proches comme la Chine et l’Inde. C’est aux États-Unis à tenter de calmer le jeu… pour le plus grand malheur du monde.

Ces deux nouvelles créations diffusées l’une à la suite de l’autre n’ont rien à voir à ce à quoi HBO nous a habitué, même en été. L’humour vulgaire et les mises en situation caricaturées à l’excès nous découragent rapidement de poursuivre l’aventure, mais la chaîne, elle le fera de toute façon.

Ballers : une recette qui fonctionne

Après avoir subi de multiples commotions cérébrales, Spencer a dû abandonner le sport et malheureusement pour lui, toute sa fortune s’est envolée en fumée. C’est à la fois pour se renflouer et pour éviter que d’autres, plus jeunes se retrouvent dans la même situation qu’il se réoriente en gestion de finances. Mais lui et son collègue Joe (Rob Corddry) partent de rien et c’est de peine et de misère qu’ils recrutent deux joueurs : Ricky Jerret (John David Washington) le mauvais garçon par excellence qui multiplie les frasques et Vernon Littlefield (Donovan W. Carter), issu d’un milieu très pauvre et en proie à la cupidité de son entourage. Mentionnons aussi Charles Greane (Omar Benson Miller), lui aussi un joueur retraité qui se trouve de peine et de misère un nouvel emploi : vendeur de voitures usagées.

Ballers est signée Stephen Levinson, aussi à l’origine de la série Entourage, diffusée elle aussi sur HBO de 2004 à 2011 et dans laquelle on suivait le quotidien d’un acteur et de ses trois amis installés à Los Angeles sous la férule d’un agent pour le moins rapace. Outre son ton cynique, c’était surtout les apparitions à chaque épisode de stars jouant leur propre rôle qui assura le succès de la série. On nage un peu dans les mêmes eaux avec Ballers alors qu’un des personnages principaux, John David Washington a d’abord été joueur de football avant d’embrasser la carrière d’acteur. Ces apparitions surprises ainsi qu’une certaine incursion dans les coulisses du sport préféré des Américains sont pour ainsi dire la recette gagnante, d’autant plus que c’est Dwayne Johnson, ancien lutteur de la WWE sous le pseudonyme de « The Rock » qui porte la série sur ses épaules.

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Mais ce réchauffé n’est pas nécessairement un gage de succès, en particulier pour les non initiés à ce sport. De plus, si la série avait la moindre prétention de se prendre au sérieux (ce que l’on doute), force est d’admettre qu’elle se sape elle-même en ayant recours à tous les clichés imaginables, à commencer par le noir parti de rien (aussi exploité dans Survivor’s Remorse), menant grand train, coureur de jupons et portant bijoux en or massif peu discrets. Si Ballers, clairement destinée à un public masculin, traite de façon correcte les relations amitié/haine entre hommes, les femmes elles, ne sont que des objets. Durant les 5 ou 10 premières minutes, on en voit deux nues en train de se faire baiser par des joueurs qui ont déjà oublié leurs noms et au troisième épisode lors d’une fête sur un yacht, seules leurs poitrines importent puisque c’est sur celles-ci qu’on y dépose des lignes de cocaïne destinées à ces dieux du sport. On n’est pas très loin des publicités de bière et l’on se serait attendu à plus de HBO.

The Brink : The Interview II

C’est carrément un fou furieux qui a été « élu » à la tête du Pakistan et les tensions sont si vives qu’à Washington, on craint une troisième guerre mondiale. Du côté des Américains, trois protagonistes prennent part au conflit. Il y a d’abord l’opportuniste Alex Talbot (Jack Black), un agent du service extérieur qui est tombé sur des informations confidentielles, voulant que le demi-frère d’Umair, Haroon (Bernard White) prépare un coup d’État visant à renverser le gouvernement. Notons aussi le secrétaire d’État américain Walter Larson (Tim Robbins) qui ne peut régler quoi que ce soit sans avoir pris un verre et aux mœurs sexuelles délurées ainsi que le lieutenant-commandant Zeke Tilson (Pablo Schreiber) qui se retrouve sur place pour bombarder ses ennemis et aussi revendeur de drogues pour arrondir ses fins de mois.

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Dans les deux cas, le but est de montrer qu’au-delà d’une certaine folie des dictateurs, c’est celle des Américains qui prime. Et dans la nouvelle production d’HBO, on y met le paquet : Alex est un Louis de Funès raté qui multiplie les bourdes sans en prendre les responsabilités tandis que trop stressé, Zeke se trompe de pilule et en plein vol et prend de la morphine au lieu du xanax, si bien que lui et son partenaire chient et vomissent sans évidemment pouvoir sortir de leur véhicule. Reste Walter, un est adepte de jeux sexuels sadomasochistes. Sa femme n’est pas mieux puisqu’elle le trompe avec son professeur de gymnastique au membre énorme qui n’est qu’en fait qu’ une vulgaire prothèse qui ne trompe personne et qui ferait rougir de honte les vrais experts. Les amateurs de The Interview, cette saga politico-comique qui avait fait les manchettes pour les mauvaises raisons devraient passer un bon moment : dictateur fou, agents américains incompétents… mais on se répète : l’on se serait attendu à beaucoup plus de HBO.

Ni les blagues stupides, le vulgaire, le recours aux plus simplistes clichés, pas plus que la programmation pour le moins étrange ne semblent entraver le succès d’écoute de Ballers et The Brink, toutes deux diffusées après un tout autre genre de fiction : True Detective. La première a attiré 2,16 millions de téléspectateurs à son lancement et après 5 épisodes cumule une moyenne de 1,79 million tandis que la seconde a démarré avec 1,60 million en auditoire et pour la même durée accuse une moyenne de 1,22 million. Toutes deux ont été renouvelées pour une seconde saison et sont les 2e et 3e comédies les plus populaires de la chaîne après Silicon Valley. Malgré ce succès, espérons qu’il ne s’agit pas d’un tournant de la part de HBO et qu’au-delà de ces chiffres remarquables, elle renoue pour l’automne avec la qualité qui a fait sa réputation mondiale.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!