Danny Collins ou à quel âge faire de sa vie un rêve et de ce rêve un fait?




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Danny Collins ou à quel âge faire de sa vie un rêve et de ce rêve un fait?

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Il y a longtemps, très longtemps, que je n’avais pas vu Al Pacino livrer une aussi solide performance. Depuis Insomnia en 2002 peut-être. Dans les années 70, l’acteur de 75 ans était pourtant considéré comme l’un des piliers de sa génération, au même titre que Robert De Niro, Jack Nicholson et Dustin Hoffman. Lors de la 65e cérémonie des Oscars, en 1993, il a enfin reçu la statuette du meilleur acteur pour son rôle du lieutenant-colonel Frank Slade dans Scent of a Woman. Aujourd’hui, c’est grâce à Danny Collins qu’il renaît de ses cendres.

La lettre de John Lennon à Danny Collins

La lettre de John Lennon à Danny Collins

    Cher Danny Collins,

    Yoko et moi avons lu ton entrevue. Être riches et célèbres ne change pas nos idées. Cela ne corrompt pas notre art. Tu es le seul à pouvoir le faire. Alors qu’est-ce que tu en penses, Danny Collins? Reste fidèle à ta musique. Reste fidèle à toi-même. Le reste va suivre. Tu trouveras mon numéro de téléphone ci-dessous. Appelle-moi, nous pouvons en discuter. Nous pouvons t’aider.

    Avec amour,

    John

Dans le film, cette lettre écrite de la main de John Lennon s’adresse à Danny Collins, après que le fondateur des Beatles ait lu dans le Chime Magazine une entrevue que le jeune chanteur a donné à Guy DeLoach (Nick Offerman) le 30 juin 1970. Ce journaliste a reçu la lettre en question quelques jours plus tard, a flairé l’argent possible et l’a gardé en sa possession sans en révéler l’existence à quiconque. Quelques années plus tard, il l’a vendu à un collectionneur qui, quelques décennies plus tard, l’a vendu via Internet à Frank Grubman (Christopher Plummer), un imprésario à un cheveu blanc près de prendre sa retraite, qui cherchait un cadeau de fête pour son protégé et vieil ami… Danny Collins (Al Pacino)!

Ainsi, par un malheureux concours de circonstances, le destinataire reçoit la missive seulement le 12 juillet 2014, soit 33 ans, 7 mois et 4 jours après la mort de son destinateur. Entre-temps, Collins a connu un succès monstre. Il a tellement abusé de toutes les facilités possibles et imaginables que procure l’argent (une maison de luxe, une Mercedes à 225 000 dollars, un autobus voyageur volumineux, une jolie jeune femme, j’en passe et des pires) qu’il a préféré sortir des compilations de ses premiers hits plutôt que d’endisquer des chansons originales. Ces raccourcis ont fait en sorte que, entre deux rails de coke, il a été enclin à s’offrir un aller simple vers un problème d’alcool.

Cette injonction manuscrite de son idole ouvre les yeux de Danny qui décide aussitôt de changer sa vie, et sa vision de la vie. Il part à la rencontre de Tom (Bobby Cannavale), son fils unique qu’il a eu avec une groupie et qu’il n’a jamais connu. Sur son erre d’aller, il croise au passage Mary Sinclair (Annette Bening), une femme de son âge avec qui il développera une relation basée sur l’amitié et la communication, précisément le contraire de ce qu’il endure avec Sophie (Katarina Cas), sa quatrième femme profiteuse et cocaïnomane qui a presque le quart de son âge…

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Cette histoire rock-ambolesque s’inspire très librement d’une histoire vraie. En effet, en 2005, un collectionneur a pris connaissance d’une lettre de l’ex-Beatles à l’intention d’un certain Steve Tilston, rédigée après que celui-ci ait donné une entrevue au ZigZag Magazine en 1971. Le collectionneur prend alors contact avec le compositeur-interprète qui reçoit cette lettre 34 ans plus tard (pour ne pas dire trop tard). Qu’aurait été sa vie s’il avait lu cette lettre au moment prévu? C’est de cette question qu’est né Danny Collins.

Pour son baptême dans la chaise du réalisateur, Dan Fogelman s’en sort indemne. Il a auparavant participé au scénario à plusieurs mains de Tangled, Cars 1 & 2 et Bolt, avant de signer seul le sympathique Crazy, Stupid, Love. Fait inusité, onze chansons composée et interprétée par John Lennon se retrouvent sur la bande sonore de Danny Collins, accompagnant chaque scène afin de lui permettre d’atteindre un niveau supérieur. Lors d’une conférence de presse en mars 2015, Fogelman a révélé comment il a pu obtenir les droits d’auteur de ce dispendieux répertoire musical :

« J’ai vraiment écrit le scénario en pensant à Al. Et, en plus, je l’ai écrit en intégrant toutes ces chansons de John Lennon, sans jamais penser au fait qu’il serait impossible de les utiliser. Quand on réalise un film, au moment du montage, on utilise n’importe quelles pièces musicales puisqu’on est seul devant la table de montage et qu’on ne montre le film qu’à sa femme et à des amis. On essaie, par contre, de ne pas trop le faire afin de ne pas s’attacher à des chansons qu’on n’a aucune chance de pouvoir utiliser. Pourtant, c’est ce que j’ai fait en incluant 10 chansons de John Lennon! J’imagine que Yoko a compris, en voyant le film, qu’il s’agissait d’une lettre d’amour à John. J’ai finalement reçu un appel me disant que je pouvais utiliser toutes les pièces, ce que je n’aurais jamais imaginé! »

Grâce à cette générosité sans borne, les spectateurs peuvent (ré)entendre :

Working Class Hero
Whatever Gets You Through the Night
Imagine
Hold On
Beautiful Boy
Nobody Told Me
#9 Dream
Cold Turkey
Love
Instant Karma

Un aperçu de la discographie de Danny Collins

Un aperçu de la discographie de Danny Collins

Comme je l’ai déjà souligné dans mon incipit en caractère gras, Danny Collins est un rôle sur mesure pour Al Pacino qui a jadis été nominé sept fois aux Oscars : The Godfather en 1972, Serpico en 1974, The Godfather: Part II en 1975, Dog Day Afternoon en 1976, …And Justice for All. en 1980, Dick Tracy en 1991 et Glengarry Glen Ross en 1993.

Il s’est prêté à l’exercice d’interpréter lui-même deux chansons, Hey Baby Doll et Don’t Look Down. La première, écrite par Ciaran Gribbin et Greg Agar, est le succès populaire que son personnage rechante nonchalamment à ses admiratrices retraitées, tel Michel Louvain avec La dame en bleu. La seconde, écrite par Ryan Adams et Don Was, est une nouvelle chanson que son personnage compose après une panne sèche d’une trentaine d’années.

Quant à la raison pour laquelle il a accepté son rôle, Pacino l’explique comme suit : « Je crois qu’il y a des moments dans la vie où l’on est prêt à entendre certains messages, qu’il s’agisse de rencontres ou, dans ce cas-ci, d’une lettre, et qui poussent au changement. C’est l’idée d’incarner un personnage de mon âge qui m’a séduit. J’essaie, autant que faire se peut, de choisir des rôles qui vont soit être des miroirs de certains aspects de ma vie, soit décrire des choses auxquelles je peux m’identifier. Je comprends ce rôle, mais ne l’aurais pas joué il y a 10 ans. J’étais prêt, mentalement et physiquement, à le faire. »

Annette Bening (The Kids Are All Right, Being Julia, American Beauty, The Grifters) revient d’encore plus loin qu’Al Pacino, elle qui n’a jamais été reconnue à sa juste valeur. L’actrice de 57 ans a pourtant été nominée à quatre reprises pour un Oscar (voir les quatre films mentionnés dans la parenthèse précédente), repartant toujours bredouille. Son talent n’a d’égal que son sourire.

Christopher Plummer (The Sound of Music, Up, The Girl with the Dragon Tattoo, A Beautiful Mind) continue une carrière qui s’étend sur plus d’un demi-siècle. Ce Torontois d’origine, ayant grandi à Montréal, reçoit encore de beaux rôles en dépit de ses 85 ans bien sonnés. Il complète bien ce trio d’acteurs expérimentés.

Pacino a acquiescé à la seule condition que le rôle de soutien de Tom revienne à l’acteur Bobby Cannavale. Une offre que Fogelman ne pouvait refuser et cela a été un choix payant, puisque le principal concerné est tout à fait crédible. Après plusieurs rôles secondaires dans des films tels que Chef, Blue Jasmine, Snakes on a Plane, Paul Blart: Mall Cop et Annie, il obtient enfin un rôle d’importance. Et sûrement pas son dernier.

Jennifer Garner (Dallas Buyers Club, Juno, 13 Going on 30, la télésérie Alias) est plus calme et sérieuse qu’à son habitude dans le rôle de Samantha, la femme enceinte de Tom. Elle a été impressionnée par l’acteur derrière le protagoniste : « Sur le plateau, il passait beaucoup de temps à mettre les gens à l’aise et dépensait beaucoup d’énergie à s’assurer que tout le monde se sente bien. Vraiment, c’est énormément de travail d’être Al Pacino. »

Giselle Eisenberg joue avec aplomb sidérant la petite-fille de Danny atteinte d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, dit TDAH (comme le personnage campé par Antoine-Olivier Pilon dans le Mommy de Xavier Dolan). La jeune actrice de six ans a joué la fille de Leonardo DiCaprio et Margot Robbie dans The Wolf of Wall Street en 2013 et celle de Cameron Diaz et Jason Segel dans Sex Tape en 2014. Elle sera à surveiller dans un futur rapproché…

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La réalisation de Fogelman est, somme toute, assez conventionnelle et linéaire, quoiqu’il a enfin pu porter à l’écran ce qu’il avait couché par écrit. C’est d’ailleurs au niveau du scénario que son travail se fait le plus ressentir. Son histoire jongle habilement entre le drame et la comédie, le succès et l’échec, la déchéance et la rédemption, la sobriété et la démesure. Elle permet aux personnages secondaires d’être suffisamment développés pour marquer la mémoire des spectateurs, qu’il s’agisse du valet de l’hôtel Hilton Nicky Ernst (Josh Peck) ou de l’aide-ménager (Brian Smith) qui couche avec Sophie.

Une place importante est accordée aux acteurs du siècle dernier, ce qui ne me surprend pas de celui qui a écrit Last Vegas en 2013, lequel réunissait Michael Douglas, Robert De Niro, Morgan Freeman et Kevin Kline. Dans Danny Collins, tantôt les vétérans sont rassurés (Pacino, Plummer, Bening), tantôt la relève se voit assurée (Cannavale, Garner, Eisenberg)…

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Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est la relation père-fils qui s’établit au compte-goutte entre Danny et Tom. L’un est le miroir de l’autre. Le père absent a vécu d’excès, de superficialité et d’abandons, tandis que son fils récalcitrant a survécu de sacrifices, de véracité et de remises en question.

Danny Collins ne passera pas à l’histoire, en ce sens que les morales qu’il véhicule ont été maintes et maintes fois transmises, mais il demeure un film sympathique et intelligent. Bref, un feel-good movie qui propose des dialogues bien construits et une satire scorsesienne du monde du spectacle.

Verdict : 8,5 sur 10

Pour étancher votre soif de curiosité, voici la véritable lettre que John Lennon a écrite à Steve Tilston en 1971 :

La lettre de John Lennon à Steve Tilston (Cliquez pour agrandir)

La lettre de John Lennon à Steve Tilston (Cliquez pour agrandir)

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca