Dark Matter : un futur bien ordinaire




Accueil » Nouvelles » À la Une » Dark Matter : un futur bien ordinaire

Dark Matter : un futur bien ordinaire

Dark Matter est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la mi-juin sur les ondes de Space dans son pays d’origine, le Canada et sur Syfy aux États-Unis.

darks matter
L’action de déroule dans un vaisseau spatial dans un futur éloigné alors que six êtres humains y reprennent conscience. Cependant, bien qu’ils aient tout oublié de leur passé, leurs instincts sont demeurés intacts. Au fil du temps, ils parviennent dans ce huis clos à amasser plusieurs indices quant à leurs identités, mais des informations contraires de la part d’intervenants différents viennent encore brouiller les cartes. La situation est d’autant plus critique que leur vaisseau est constamment menacé par des forces extérieures inconnues.

Joseph Mallozzi et Paul Mullie, auteurs de la bande dessinée éponyme, sont aussi devenus les créateurs de cette série qui pour le moment ne brasse pas la cage. Bien que l’idée du huis clos soit intéressante, la crédibilité de Dark Matter s’effrite dès que l’on sort du vaisseau. On est surtout surpris du fait qu’en aucun cas, la série ne se démarque de ses contemporaines futuristes. C’est comme si on avait déjà écrit et stylisé le futur pour nous, sans alternatives possibles.


En quête d’identité

C’est presque à la même minute que tous se réveillent et pour éviter la confusion, ils se nomment à l’aide de numéros. Ainsi, #1 (Marc Bendavid) est un peu la conscience morale de tout le groupe, bien qu’on puisse lui reprocher une trop grande naïveté alors que #2 (Melissa O’Neil) est sans conteste la chef du groupe. #3 (Anthony Lemke) est littéralement le « schtroumpf grognon » de la bande qui n’a confiance qu’en #4 (Alex Mallari Jr.), lequel parle très peu, mais s’avère un excellent guerrier. #5 (Jodelle Ferland), la plus jeune du groupe est une craque en informatique et #6 (Roger R. Cross), cœur en or, le premier exécutant de #2. Dans le premier épisode, ils atterrissent sur une planète inconnue où la population locale vit dans la pauvreté la plus abjecte. En fait, leur terre regorge de mines de « terrium » (l’équivalent du pétrole) convoitée par la Ferrous Corporation et ils craignent une invasion de celle-ci au moyen de la Raza, une bande d’assassins sans scrupules capable de tous les exterminer. Ce n’est qu’au retour au vaisseau que le groupe d’amnésique retrouve un tant soit peu la mémoire : l’androïde mise à leur disposition (Zoie Palmer) a rafraichi son disque dur et leur apprend qu’en réalité ils sont une bande de criminels ayant commis divers méfaits (kidnapping, meurtre, vol, etc.) et que ce sont eux qui ont pour mission de tuer les habitants.

Dark Matter

Lorsqu’il s’agit de science-fiction, les enjeux sont souvent complexes puisqu’on est dénué de repères. Ainsi, l’idée de base de Dark Matter est intéressante puisqu’en recouvrant la mémoire, les protagonistes cheminent en même temps que les téléspectateurs dans un monde nouveau. Le huis clos aussi est intéressant dans la mesure où chacun ne peut faire confiance à personne et pas non plus à soi-même! Outre #3 qui est d’une mauvaise foi caricaturale et l’androïde dont la voix monocorde a tôt fait de nous endormir, la découverte des secrets des membres de l’équipage, facilitée par #5 qui dans ses rêves, voit le passé de chacun d’eux s’effectue lentement, mais sûrement et les créateurs savent créer le suspens à la fin de chaque épisode, notamment au troisième alors que l’on voit dans un bar le double de #1, menaçant, qui laisse entendre que le temps de la revanche est arrivé.

Mais là où le bât blesse est lorsque le scénario nous amène hors des murs du vaisseau. La supposée « planète » inconnue où ils atterrissent ne diffère en rien de la planète Terre si ce n’est qu’on a l’impression que les éboueurs n’ont pas fait leur travail depuis quelques mois. La Ferrous Corporation est quant à elle une grossière métaphore du capitalisme ayant atteint sa démoniaque apogée, aussi peu crédible que le système monétaire vraisemblablement toujours en cours que ne semble pourtant être d’aucune utilité lorsqu’on vit dans l’espace. Ces conflits « extraterrestres », c’est le cas de la dire, s’accordent très mal avec la quête d’identité des protagonistes et après trois épisodes, on se demande encore où l’action va les mener.

Un futur peu innovant

On ne sait pas ce que le futur nous réserve, mais en regardant tout ce qui se fait en terme de séries futuristes, soit on devra vivre dans une planète dominée par le chaos et des êtres étrangers, soit on finira dans un vaisseau spatial. C’est davantage cette deuxième alternative que l’on retrouve dans Dark Matter et on est d’emblée déçu par la mise en scène quelconque. Le vaisseau métallique, l’absence de décorations, les costumes moulants foncés, l’éclairage oscillant entre le sombre et le néon; les séries de science-fiction ont toutes plus ou moins reproduit le même modèle si bien qu’on pourrait parler d’un futur cinématographique (ou télévisuel) créé et recréé avec peu de variantes et surtout, peu d’imagination. Seule Ascension se démarquait à cet effet, mais dans ce cas-là, on n’avait pas pris assez de temps pour pousser le concept assez loin.

group-hall-15jpg-78234c

Dark Matter a beau se calquer aux goûts du public sans trop innover, rien n’est moins sûr concernant son futur. La série a attiré 1,28 million de téléspectateurs la première semaine aux États-Unis, 950 000 la seconde et 1,07 la troisième. En ce sens, elle ne se démarque pas des dernières nouveautés de Syfy 12 Monkeys et Z Nation qui ont toutes deux été renouvelées pour une seconde saison. Par contre, la nouveauté canadienne après ses trois diffusions ne rassemble qu’environ 0,25 point sur la cible des 18-49 ans, se rapprochant dangereusement des scores d’Olympus qui devrait passer à la trappe incessamment.

Articles connexes

Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!