Dossiers CinéPhilippes : Charlot ou comment du chaos de la Grande Guerre est née une étoile!




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Dossiers CinéPhilippes : Charlot ou comment du chaos de la Grande Guerre est née une étoile!

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1914 est l’année charnière où Charles Chaplin a créé Charlot. Ce n’est guère un hasard si, sur cette page de l’histoire où coule l’encre rouge, ce personnage de cinéma a connu un succès d’une envergure aussi mondiale que la Guerre de 14-18 : les gens des quatre coins du monde avaient besoin de renouer avec le sourire, voire de rire aux éclats, à défaut de pouvoir se dénouer la langue. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils sont restés… sans voix!

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L’oeuvre de Charles Chaplin s’étend sur plus d’un demi-siècle, de 1914 à 1967, et comprend 82 titres officiels (11 longs métrages et 71 courts métrages). Il joue dans la totalité d’entre eux, se limitant toutefois à un caméo dans A Woman of Paris (1923) et A Countess from Hong Kong (1967). Il réalise 79 pour cent de sa filmographie, soit 65 films sur 82, ses premiers balbutiements étant mis en scène par des employés du studio Keystone (notamment Henry Lehrman, George Nichols et Mabel Normand) ou par le producteur Mack Sennett lui-même.

LES PREMIERS PAS

Charles Spencer Chaplin naît le 16 avril 1889 à Londres, au fort de l’époque victorienne. Fils de Charles Chaplin Sr. et Hannah Hill, deux artistes de théâtre sur le déclin, ses premières années sortent tout droit d’un roman de Charles Dickens tellement il grandit sous l’oeil despotique de la pauvreté. Son père alcoolique quitte le giron familial dès 1891 et sa mère est admise pendant deux mois à l’asile psychiatrique de Cane Hill en 1898 (elle rechute en mai 1903 pour huit mois, puis de manière permanente dès mars 1905). Seul son frère Sydney, de quatre ans son aîné, lui sert d’exemple et le guidera loin des dédales de cette jeunesse misérable qui constituera la matrice de son univers cinématographique, auquel son personnage de vagabond est à juste titre le prolongement.

Hannah Hill et Charles Chaplin Sr.

Hannah Hill et Charles Chaplin Sr.

En 1894, à l’âge de cinq ans, Chaplin saisit sa chance durant un spectacle dans un music-hall de la ville d’Aldershot située dans le comté anglais du Hampshire. Il remplace sa mère à l’improviste au moment où elle quitte la scène à la suite d’une extinction de voix.

« Alors que je reprenais le refrain, j’ai imité la voix de ma mère qui se brisait et j’ai été surpris de voir quel effet cela avait sur l’auditoire. Il y a eu des rires et des acclamations, et une nouvelle pluie de monnaie. Ce soir-là a marqué ma première apparition sur la scène et la dernière de ma mère. »

En 1898, à neuf ans, Chaplin devient membre des Eight Lancashire Lads. Cette troupe d’enfants comédiens et danseurs, dirigée par William Jackson, part pour une tournée de deux ans. Chaplin y observe, depuis les coulisses, clowns et acteurs qui se produisent dans les salles les plus prestigieuses du pays. Il comprend vite qu’il doit s’affranchir de cette troupe s’il veut se distinguer.

En 1903, à 14 ans, Chaplin s’inscrit dans une agence artistique du West End de Londres. Son premier rôle est celui de Sam, le vendeur de journaux, dans la pièce Jim: a Romance of Cockayne de Harry Arthur Saintsbury qui n’a été présentée que deux semaines, faute de succès. Il décroche ensuite le rôle de Billy, le garçon d’honneur, dans la pièce Sherlock Holmes de Charles Frohman dont la première se déroule le 27 juillet 1903. Bien qu’il se fait remarquer ici et là, c’est sur un coup de tête que, au début de l’année 1906, il quitte le monde du théâtre. Il rejoint Sydney dans une troupe de mimes acrobates et participe notamment à la comédie à sketchs Repairs.

Chaplin dans Sherlock Holmes entre 1903 et 1906

Chaplin dans Sherlock Holmes entre 1903 et 1906

En mai 1906, il intègre seul une autre troupe, le Casey’s Court Circus, dans laquelle il brille par ses imitations de comiques célèbres. C’est à cette époque qu’il s’entraîne inlassablement à courir et à prendre un virage à 90 degrés sur un seul pied, figure célèbre qu’il exécutera avec un équilibre désarmant dans ses futurs films.

LA TOURNÉE KARNO

Le 21 février 1908, encore grâce à son frère, Chaplin intègre la compagnie de Fred Karno après une audition qui fera basculer sa carrière. En effet, ses dons pour l’improvisation vont convaincre le producteur de lui donner sa chance. À l’heure où le music-hall est à son apogée, Karno invente un type de spectacle inédit en combinant l’art de la pantomime et l’agilité des clowns.

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Deux rôles majeurs font rapidement de Chaplin un des piliers de la compagnie : celui d’un rêveur intrépide volant au secours d’une jeune femme dans Jimmy the Fearless et, surtout, celui d’un ivrogne mondain perturbant le déroulement d’un spectacle dans Mumming Birds. À travers ces deux personnages s’esquissent les deux visages de Charlot, son côté Jekyll et son côté Hyde, à la fois romantique lunaire et dandy social.

Le 19 septembre 1910, Chaplin part pour une tournée transatlantique avec la compagnie Karno aux États-Unis. Il débarque à New York avec d’autres comédiens de la troupe, parmi lesquels un certain Stanley Jefferson (il deviendra célèbre dès 1917 sous le pseudonyme de Stan Laurel) qui incarne sur les planches la doublure de Chaplin…

LA PÉRIODE KEYSTONE

(du 2 février 1914 au 21 décembre 1914)

Le 25 septembre 1913, Chaplin signe un contrat d’un an avec la Keystone qui lui garantit un salaire hebdomadaire de 150 dollars (environ 6 810 dollars en 2012!). D’après les historiens, ce sont les collaborateurs du producteur Mack Sennett qui ont repéré Chaplin dans un spectacle de Karno à New York. Sa dernière représentation pour Karno se tient à Kansas City en novembre 1913.

Après s’être familiarisé avec la réalisation cinématographique, Chaplin fait ses débuts dans Making a Living réalisé par Henry Lehrman. Il y joue un dandy en costume étriqué, chapeau haut-de-forme et grandes moustaches tombantes, proche voisin de son personnage de Charlot qu’il va créer quelques jours plus tard.

Le 9 ou 10 janvier 1914, quelques minutes avant le tournage de son prochain film, Mabel’s Strange Predicament, Chaplin est frappé par un éclair de génie au moment de l’habillage :

« Je me dis que j’allais mettre un pantalon trop large, de grandes chaussures et agrémenter le tout d’une canne et d’un melon. Je voulais que tout soit en contradiction : le pantalon exagérément ample, la veste étriquée, le chapeau trop petit et les chaussures énormes… J’ai ajouté une petite moustache qui, selon moi, me vieillirait sans affecter mon expression. Je n’avais aucune idée du personnage mais dès que je me suis habillé, les vêtements et le maquillage m’ont fait sentir qui il était. J’ai commencé à le connaître et quand je suis entré sur le plateau, Charlot était entièrement né. »

Le public découvre toutefois le personnage dans Kid Auto Races at Venice qui a été tourné après, mais sorti avant, le 7 février 1914, soit deux jours plus tôt que Mabel’s Strange Predicament.

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Un phénomène dont Sennett et Chaplin ignorent l’ampleur voit le jour : les files d’attente s’allongent devant les salles de cinéma projetant un film avec Charlot. Son interprète profite habilement de cette popularité : il obtient de Sennett de pouvoir mettre en scène ses propres films (Caught in the Rain est le premier qu’il a écrit et réalisé), d’autant qu’en parfait autodidacte il a assimilé rapidement la technique. Il prend conscience que la caméra doit rester fixe. « Je ne crois pas à la technique, à la promenade des caméras autour des narines des stars », dira-t-il encore à l’époque de Limelight en 1952.

Chaplin n’est pas artiste à rester longtemps sous l’emprise de producteurs comme Karno ou Sennett, même si leur influence s’est avérée décisive. Chaplin définit tout film estampillé Keystone comme suit : « Nous n’avons pas de scénario. Nous partons d’une idée et nous suivons le déroulement logique des événements jusqu’au moment où on en arrive à une poursuite… »

Chaplin est apparu aux génériques de 36 films pour la Keystone. Les voici :

Making a Living
(Pour gagner sa vie)

2 février 1914

Kid Auto Races at Venice
(Charlot est content de lui)

7 février 1914

Mabel’s Strange Predicament
(L’Étrange Aventure de Mabel)

9 février 1914

A Thief Catcher
(La Course au voleur)

19 février 1914

Between Showers
(Charlot et le Parapluie)

28 février 1914

A Film Johnnie
(Charlot fait du cinéma)

2 mars 1914

Tango Tangles
(Charlot danseur)

9 mars 1914

His Favorite Pastime
(Charlot entre le bar et l’amour)

16 mars 1914

Cruel, Cruel Love
(Charlot marquis)

26 mars 1914

The Star Boarder
(Charlot aime la patronne)

4 avril 1914

Mabel at the Wheel
(Mabel au volant)

18 avril 1914

Twenty Minutes of Love
(Charlot et le Chronomètre)

20 avril 1914

Caught in a Cabaret
(Charlot garçon de café)

27 avril 1914

Caught in the Rain
(Un béguin de Charlot)

4 mai 1914

A Busy Day
(Madame Charlot)

7 mai 1914

The Fatal Mallet
(Le Maillet de Charlot)

1er juin 1914

Her Friend the Bandit
(Le Flirt de Mabel)

4 juin 1914

The Knockout
(Charlot et Fatty dans le ring)

11 juin 1914

Mabel’s Busy Day
(Charlot et les Saucisses)

13 juin 1914

Mabel’s Married Life
(Charlot et le Mannequin)

20 juin 1914

Laughing Gas
(Charlot dentiste)

9 juillet 1914

The Property Man
(Charlot garçon de théâtre)

1er août 1914

The Face on the Bar Room Floor
(Charlot artiste peintre)

10 août 1914

Recreation
(Fièvre printanière)

13 août 1914

The Masquerader
(Charlot grande coquette)

27 août 1914

His New Profession
(Charlot garde-malade)

31 août 1914

The Rounders
(Charlot et Fatty font la bombe)

7 septembre 1914

The New Janitor
(Charlot concierge)

14 septembre 1914

Those Love Pangs
(Charlot rival d’amour)

10 octobre 1914

Dough and Dynamite
(Charlot mitron)

26 octobre 1914

Gentlemen of Nerve
(Charlot et Mabel aux courses)

29 octobre 1914

His Musical Career
(Charlot déménageur)

7 novembre 1914

His Trysting Place
(Charlot papa)

9 novembre 1914

Getting Acquainted
(Charlot et Mabel en promenade)

5 décembre 1914

His Prehistoric Past
(Charlot nudiste)

7 décembre 1914

Tillie’s Punctured Romance
(Le Roman comique de Charlot et Lolotte)

21 décembre 1914

LA PÉRIODE ESSANAY

(du 1er février 1915 au 11 août 1918)

Le 14 novembre 1914, Chaplin signe avec la Essanay qui lui garantit un salaire hebdomadaire de 1 250 dollars (environ 56 500 dollars en 2012!), une prime d’embauche de 10 000 dollars et la direction artistique complète de ses films. Cela lui assure une totale autonomie de création!

Alors qu’il est à la recherche d’un second rôle féminin pour A Night Out, il repère une secrétaire appelée Edna Purviance au Tate’s Café à San Francisco. Il l’engage. Son arrivée provoque un choc dans l’esprit de Chaplin, devenant sa muse et sa compagne de vie jusqu’en 1917. En l’espace de huit ans, elle tournera avec lui dans 35 films.

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Deux films majeurs anticipent la mutation à venir : Work et The Tramp. Dans le premier, Charlot tire une charrette dans laquelle prend place son patron (et non un cocher) qui le fouette par intermittence. Il dénonce pour la première fois l’exploitation de l’ouvrier. Dans le second, Charlot devient un phénomène culturel qui marque la conscience collective. Il acquiert une effigie publicitaire qui échappe même au contrôle de son créateur, amorçant pour ainsi dire un processus de vampirisation du cinéaste par son mythe.

C’est durant cette période que Chaplin trouve les thèmes qui définiront le monde de Charlot, sans compter que les critiques sérieuses commencent à apprécier son travail. Il a écrit, réalisé et joué dans 15 films pour la Essanay. Les voici :

His New Job
(Charlot débute)

1er février 1915

A Night Out
(Charlot fait la noce)

15 février 1915

The Champion
(Charlot boxeur)

11 mars 1915

In the Park
(Charlot dans le parc)

18 mars 1915

A Jitney Elopement
(Charlot veut se marier)

1er avril 1915

The Tramp
(Le Vagabond)

12 avril 1915

By the Sea
(Charlot à la plage)

29 avril 1915

Work
(Charlot apprenti)

21 juin 1915

A Woman
(Mam’zelle Charlot)

12 juillet 1915

The Bank
(Charlot garçon de banque)

9 août 1915

Shanghaied
(Charlot marin)

4 octobre 1915

A Night in the Show
(Charlot au music-hall)

20 novembre 1915

Burlesque on « Carmen »
(Charlot joue Carmen)

18 décembre 1915

Police
(Charlot cambrioleur)

27 mai 1916

Triple Trouble
(Les Avatars de Charlot)

11 août 1918

LA PÉRIODE MUTUAL

(du 15 mai 1916 au 22 octobre 1917)

Le 26 février 1916, Chaplin signe avec la Mutual qui lui garantit un salaire hebdomadaire de 10 000 dollars, une prime d’embauche de 150 000 dollars (environ 7 millions de dollars en 2012!) et, fait absolument inédit, un pourcentage sur les recettes. À l’âge de 26 ans, il est l’une des personnes les mieux payées au monde.

Le 27 mars 1916, la Mutual aménage exclusivement pour Chaplin un studio à Los Angeles, la Lone Star Studio. Chaplin y met au point une méthode avec son équipe d’acteurs et de techniciens dont certains, comme Henry Bergman, lui resteront fidèles pendant 30 ans. Chaplin arrive sur le plateau sans script, simplement avec une idée de situation ou de décor à partir desquels, au terme de recherches et de répétitions acharnées, une séquence apparaît, en appelant sa continuité chronologique. C’est ainsi que naît, par exemple, le premier film pour la Mutual, The Floorwalker, où Chaplin exploite un nombre considérable de gags à partir d’un seul escalier mécanique. Pour des raisons économiques évidentes, cette méthode d’inventer le film au jour le jour sera d’une rareté absolue dans l’histoire du cinéma.

Charlie Chaplin (1889 - 1977), English film actor and director operating a movie camera.  Original Publication: People Disc - HW0474   (Photo by Keystone/Getty Images)

Charlie Chaplin (1889 – 1977), English film actor and director operating a movie camera. Original Publication: People Disc – HW0474 (Photo by Keystone/Getty Images)

Le 1er octobre 1916, Chaplin poursuit l’éditeur Bobbs Merril pour la publication d’une biographie non autorisée, Charlie Chaplin’s Own Story.

Dans One A.M., un de ses meilleurs courts métrages, l’archétype de l’alcoolique mondain resurgit. Il est seul devant la caméra pour l’unique fois de sa carrière, permettant à sa virtuosité physique de supporter sans peine la comparaison avec un autre as des comiques, Buster Keaton.

Les quatre derniers tournages pour la Mutual lui demandent davantage de temps et d’énergie, notamment The Immigrant, historiquement considéré comme son premier grand film. Pour la première fois, il témoigne d’un bel équilibre entre le drame et la comédie.

Deux événements viennent perturber la relative sérénité artistique de Chaplin pendant cette période. D’une part, sa rupture avec Edna Purviance qui restera néanmoins son actrice fétiche. D’autre part, en Angleterre, une polémique grandit selon laquelle Chaplin serait un déserteur puisqu’il refuserait de s’engager dans les forces armées de son pays natal. L’ambassade britannique aux États-Unis publie une déclaration indiquant que « Chaplin est bien plus utile à la Grande-Bretagne en gagnant de l’argent et en achetant des obligations de guerre que dans les tranchées. »

Chaplin a écrit, produit, réalisé et joué dans 12 films pour la Mutual. Les voici :

The Floorwalker
(Charlot chef de rayon)

15 mai 1916

The Fireman
(Charlot pompier)

12 juin 1916

The Vagabond
(Charlot musicien)

10 juillet 1916

One A.M.
(Charlot rentre tard)

7 août 1916

The Count
(Charlot et le Comte)

4 septembre 1916

The Pawnshop
(Charlot usurier)

2 octobre 1916

Behind the Screen
(Charlot fait du ciné)

13 novembre 1916

The Rink
(Charlot patine)

4 décembre 1916

Easy Street
(Charlot policeman)

22 janvier 1917

The Cure
(Charlot fait une cure)

16 avril 1917

The Immigrant
(L’Émigrant)

17 juin 1917

The Adventurer
(Charlot s’évade)

22 octobre 1917

LA PÉRIODE FIRST NATIONAL

(du 14 avril 1918 au 26 février 1923)

Le 17 juin 1917, Chaplin signe avec la First National qui lui garantit une prime d’embauche de 1 075 000 dollars (environ 34 millions de dollars en 2012!) et un bonus de 125 000 dollars pour chacun des huit films qu’il s’engage à fournir en 18 mois. Sydney, devenu son agent artistique, déclare à la presse que « Charlie doit être autorisé à avoir tout le temps et l’agent nécessaires pour produire les films à sa manière… C’est la qualité et non la quantité que nous voulons. »

En 1918, à l’âge de 29 ans, Chaplin est devenu le maître incontesté du box-office, bénéficiant d’une notoriété internationale sans précédent et d’une fortune sans égale à Hollywood. Le degré quasi obsessionnel d’exigence de Chaplin est tel qu’il n’hésite pas à mettre la main à la poche pour financer les dépassements et aboutir aux films parfaits qu’il a en tête.

En janvier 1918, sur un terrain de 5 acres (20 200 mètres carré), Chaplin inaugure son propre studio à La Brea en plein cœur d’Hollywood. Il y tournera tous ses films jusqu’en 1952. Le documentaire How to Make Movies montre la construction de ces studios.

Carte postale de 1922 sur les studios Charlie Chaplin

Carte postale de 1922 sur les studios Charlie Chaplin

Contacté par le gouvernement, Chaplin réalise un court métrage pour le Liberty Loan Committee intitulé The Bond. Il s’agit de son premier et dernier film de commande.

Le 23 octobre 1918, Chaplin est contraint d’épouser Mildred Harris, 17 ans, par peur du scandale étant donné qu’elle est enceinte. Le 7 juillet 1919, Mildred accouche d’un garçon, Norman Spencer Chaplin, qui meurt trois jours plus tard. Que ce drame soit ou non à l’origine de son regain de créativité, toujours est-il que Chaplin s’engage avec dévotion sur le tournage de son premier très grand film, The Kid.

Si ce film est l’un des plus beaux sur l’enfance (ex aequo avec Boyhood à mon humble avis), c’est aussi parce qu’en filigrane Chaplin y évoque la sienne. Ses collaborateurs ont raconté que, bouleversé par son récent deuil, il se comportait comme un père avec l’acteur Jackie Coogan alors âgé de quatre ans. Une fois le tournage terminé et en instance de divorce, Chaplin s’enfuit de Los Angeles avec 170 000 mètres de pellicule pour monter son film clandestinement, dans un hôtel de Salt Lake City, craignant que les avocats de Mildred ne saisissent les négatifs. En août 1920, Chaplin accorde une indemnité de 100 000 dollars et une part de ses biens acquis en communauté à son ex-femme. Distribué dans plus de 50 pays, The Kid sort le 6 février 1921 et devient le deuxième plus grand succès commercial de l’année (2,5 millions de dollars, soit dix fois son budget de 250 000 dollars) derrière The Four Horsemen of the Apocalypse.

Stanley Kubrick se rappellera assurément de cette période en 1957 lorsqu’il réalisera Paths of Glory. Le réalisme des tranchées évoquent celui de Shoulder Arms, tandis que la scène finale où une chanteuse allemande (Susanne Christian qui deviendra Christiane Kubrick) chante devant des soldats américains émus aux larmes fait écho à la scène centrale d’A Dog’s Life où une chanteuse (Edna Purviance) chante devant des clients émus à leur tour…

Chaplin a écrit, produit, réalisé et joué dans 9 films pour la First National. Les voici :

A Dog’s Life
(Une vie de chien)

14 avril 1918

The Bond
29 septembre 1918

Shoulder Arms
(Charlot soldat)

20 octobre 1918

Sunnyside
(Une idylle aux champs)

15 mai 1919

A Day’s Pleasure
(Une journée de plaisir)

15 décembre 1919

The Kid
(Le Gosse)

6 février 1921

The Idle Class
(Charlot et le Masque de fer)

25 septembre 1921

Pay Day
(Jour de paye)

2 avril 1922

The Pilgrim
(Le Pèlerin)

26 février 1923

LA PÉRIODE UNITED ARTISTS

(du 26 septembre 1923 au 16 octobre 1952)

Le 5 février 1919, alors qu’il est toujours sous contrat à la First National, Chaplin signe les actes juridiques de la United Artists en compagnie de ses amis Douglas Fairbanks, Mary Pickford, David W. Griffith et Thomas Ince. Ces cinq grands noms du cinéma se réunissent afin de s’affranchir du pouvoir écrasant des majors : cette société financera intégralement leurs films avant de les distribuer elle-même. En 1922, Chaplin n’a plus aucun compte à rendre aux magnats des studios et il tient les rênes de sa destinée en tant que producteur indépendant.

Première rangée : David W. Griffith, Mary Pickford, Charles Chaplin et Douglas Fairbanks. Deuxième rangée : Albert Banzhaf et Dennis F. O'Brien.

Première rangée : David W. Griffith, Mary Pickford, Charles Chaplin et Douglas Fairbanks. Deuxième rangée : Albert Banzhaf et Dennis F. O’Brien.

« Avant de démarrer mon premier film pour la UA, j’ai voulu relancer la carrière d’Edna en lui confiant un premier rôle. »

En 1923, il rate son coup avec A Woman of Paris, son premier drame dans lequel il laisse la place à son actrice fétiche, se contente d’une apparition et évite résolument le burlesque. Ce tournant artistique dans sa carrière est son premier échec commercial.

Le 26 novembre 1924, Chaplin marie Lita Grey, une jeune actrice aperçue dans la séquence du rêve dans The Kid (le démon déguisé en ange qui transperçait d’une flèche le cœur du vagabond) et qui jouera le rôle principal dans The Gold Rush en 1925.

En 1926, Chaplin accepte de produire un film de Josef von Sternberg intitulé A Woman of the Sea (son titre provisoire était The Sea Gull selon le carnet de prises de vue retrouvé en 2005). Non commercialement viable, ce film ne sortira jamais sur les écrans et les négatifs seront brûlés en juin 1933. Aucune trace depuis.

Charles Chaplin et Edna Purviance

Charles Chaplin et Edna Purviance

Le 22 août 1927, à la suite de son divorce avec Lita Grey, Chaplin est condamné à lui verser 600 000 dollars. Dans sa biographie intitulée Tramp: The Life Of Charlie Chaplin, Joyce Milton écrit : « La vie de Charlie Chaplin, son mariage avec Lita Grey et son aventure rocambolesque avec ces histoires tumultueuses de couple inspirèrent le livre Lolita de Vladimir Nabokov. » En 1962, Stanley Kubrick adaptera ce chef-d’oeuvre de la littérature en film.

Soit dit en passant, de nos jours, une « lolita » qualifie une adolescente qui plaît de par son extrême jeunesse, tandis qu’un « charlot » est entré dans le langage courant pour désigner un individu manquant de sérieux à qui il arrive des mésaventures ridicules.

Le 28 août 1928, Hannah Chaplin décède.

Le 16 mai 1929, lors de la première cérémonie des Oscars, Chaplin reçoit un oscar d’honneur pour sa polyvalence et son génie à jouer, écrire, mettre en scène et produire The Circus.

En 1931, après l’accueil mitigé de City Lights, Chaplin décide de prendre 16 mois de vacances pour visiter l’Europe de l’Ouest et l’Empire du Japon.

Le 15 mai 1932, alors qu’il assiste à une compétition de sumo avec Takeru Inukai, le fils du premier ministre du Japon, Chaplin évite de subir le même sort que Tsuyoshi Inukai, le premier ministre, qui est assassiné par des officiers nationalistes dans une tentative de coup d’État. Le plan initial incluait notamment de tuer Chaplin afin de déclencher une guerre avec les États-Unis…

La popularité de Chaplin décline dans les années 1940. En effet, entre juin 1941 et l’été 1942, Chaplin entretient une relation intermittente avec l’aspirante actrice Joan Barry.

Le 16 juin 1943, Chaplin se marie pour la quatrième fois. Oona O’Neill est l’heureuse élue.

En octobre 1944, Joan Barry accouche d’une fille, Carole Ann. Quatre mois plus tard, un procès en reconnaissance de paternité débute. Le juge refuse d’accepter les preuves médicales et en particulier la différence de groupe sanguin qui infirme cette conclusion. Chaplin devra payer une pension à cette enfant jusqu’à ses 21 ans. La couverture médiatique du procès est alimentée par le FBI qui transmet les informations à l’influente journaliste à scandales Hedda Hopper. Le journal Newsweek qualifie l’affaire de « plus grand scandale de relations publiques depuis le procès pour meurtre de Roscoe « Fatty » Arbuckle en 1921. »

Un malheur n’arrive jamais seul : Chaplin est accusé de sympathies communistes. Il se présente plutôt comme un pacifiste et estime que les actions du gouvernement américain pour réprimer une idéologie sont une violation inacceptable des libertés publiques.

Chaplin a écrit, produit, réalisé et distribué 8 films pour la United Artists dont il est le cofondateur. Les voici :

A Woman of Paris
(L’Opinion publique)

26 septembre 1923

The Gold Rush
(La Ruée vers l’or)

26 juin 1925

L’idée provient d’une photographie de la ruée vers l’or du Klondike de 1898 et d’une histoire vraie. En 1846, la Sierra Nevada, des immigrants égarés en montagne ont tout fait pour survivre à une importante tempête de neige : certains ont mangé leurs chaussures, d’autres le cadavre de leurs amis. Pour les besoins du tournage, les techniciens de Chaplin creusent un sentier dans la neige, à 800 mètres d’altitude, afin que 600 figurants incarnant des chercheurs d’or puissent gravir la montagne. Le reste du tournage s’effectue en studio, où les décorateurs recréent des massifs enneigés sous le soleil de la Californie, avec des structures en bois recouvertes par des centaines de tonnes de sel et de ciment (Kubrick s’en rappellera en 1980 pour son labyrinthe enneigé dans le classique d’horreur The Shining). Un autre sommet chaplinesque : la danse des petits pains, bien qu’en 1917 Fatty Arbuckle exécutait un gag semblable dans The Rough House. Pour remplacer Edna Purviance, Chaplin engage Lita Grey, 16 ans.

The Circus
(Le Cirque)

6 janvier 1928

Pour ce dernier film tourné à l’époque du muet, Chaplin épure son personnage de Charlot. Par une succession de séquences qui, en termes de rythme, renouent avec ses courts métrages, il signe l’une de ses comédies les plus drôles. Son divorce tumultueux avec Lita Grey et les multiples incidents au tournage rendent difficile la sortie de ce film qui se fera alors que le cinéma parlant est déjà populaire. Chaplin ne lui consacrera d’ailleurs aucune ligne dans son autobiographie publiée en 1964.

City Lights
(Les Lumières de la ville)

30 janvier 1931


Trois années de travail épuisantes sont nécessaires pour mener à terme ce film dans lequel Chaplin cherche (et trouve!) l’extrême fluidité qui puisse à la fois magnifier son art de la pantomime et structurer un récit complexe. Il compose même la musique. La scène du match de boxe doit beaucoup à son propre court-métrage de 1915, The Champion. De plus, la scène où Charlot rencontre la jeune fleuriste aveugle doit son naturel au perfectionnisme de son créateur, étant donné que 342 prises sont nécessaires afin d’obtenir l’émotion juste!

Modern Times
(Les Temps modernes)

5 février 1936

En 1936, dans le sillage de la Grande Dépression, il transforme sa conscience sociale en critique sociale en répondant aux conséquences de la crise, du chômage et de l’automatisation. Chaplin envisage d’utiliser des dialogues, ayant même préparé un script avant de reconnaître que le langage de Charlot repose sur la pantomime. Nous entendons malgré tout sa voix à la fin du film lorsque Charlot improvise un charabia pseudo-italien sur la chanson Je cherche après Titine de Léo Daniderff.

Charlot : « Se bella pui satore, je notre so catore, je notre qui cavore, je la qu’, la qui, la quai! »

The Great Dictator
(Le Dictateur)

15 octobre 1940

Quand Chaplin commence en 1938 à tourner sa parodie de Hitler, il contribue à mobiliser l’opinion publique nord-américaine en faveur des démocraties européennes, à une époque où seule la Grande-Bretagne résistait encore à l’Allemagne nazie. Le New York Times le qualifie de « film attendu avec le plus d’impatience de l’année. » Il s’agit du dernier film où apparaît Charlot, personnage créé en 1914, qui devient ici un barbier juif et parfait sosie du dictateur de Tomanie, Adenoïd Hynkel. Le dénouement controversé permet à Chaplin de donner un discours de six minutes, à travers le personnage du barbier et face à la caméra, dans lequel il expose ses opinions politiques personnelles.

Monsieur Verdoux
11 avril 1947

Chaplin achète pour 5 000 dollars le sujet de cette comédie (la plus noire qu’il ait jamais faite) à Orson Welles. En réaction à la paranoïa politique croissante de cette période de guerre froide, Chaplin transforme le récit d’un tueur en série en une satire aiguë de la société. Verdoux s’adonne à l’activité lucrative d’épouser puis d’assassiner de riches veuves. Il déclare à la fin que, si le meurtre privé est condamné, le crime public en temps de guerre est glorifié : « Un meurtre fait de vous un criminel, des millions un héros. Le nombre sanctifie. » Chaplin est fier de son œuvre et écrivra dans son autobiographie : « Monsieur Verdoux est le plus intelligent et plus brillant des films que j’ai réalisés. »

Limelight
(Les Feux de la rampe)

16 octobre 1952

Limelight est largement autobiographique et fait référence à l’enfance de Chaplin, à la vie de ses parents et à sa perte de popularité aux États-Unis. Le film est également notable pour la présence de Buster Keaton, leur seule présence à l’écran ensemble (présence aussi attendue que celle de Robert De Niro et Al Pacino dans Heat en 1995)

LA PÉRIODE BRITANNIQUE

Le 18 septembre 1952, à New York, Chaplin embarque avec sa famille à bord d’un paquebot en direction de Londres, afin d’organiser la première mondiale de Limelight. Le lendemain, le procureur général des États-Unis James McGranery révoque le visa de Chaplin et déclare qu’il devra se soumettre à un entretien sur ses opinions politiques et sa moralité pour pouvoir revenir aux États-Unis.

Chaplin décide de ne pas revenir et d’élire domicile en Suisse. Il déclare dans un communiqué de presse : « J’ai fait l’objet de calomnies et d’une propagande orchestrée par de puissants groupes réactionnaires qui, par leur influence et l’aide de la presse jaune américaine, ont créé une atmosphère malsaine dans laquelle les individus aux tendances libérales peuvent être persécutés. Dans ces conditions, j’ai trouvé virtuellement impossible de continuer mon travail de réalisation cinématographique et j’ai par conséquent abandonné mon séjour aux États-Unis. »

Manoir de Ban en Suisse

Manoir de Ban en Suisse

Par conséquent, ses deux derniers films ont été produits et réalisés en Angleterre.

A Countess from Hong Kong est le dernier film de Chaplin et son seul en couleur, basé sur un scénario qu’il avait écrit dans les années 30 pour Paulette Goddard. Cette comédie romantique marque aussi le come-back de Tippi Hedren au cinéma trois ans après Marnie. En effet, la dernière grande blonde d’Alfred Hitchcock avait racheté son contrat au réalisateur après qu’il lui eut fait des avances qui ont été un calvaire pour elle.

A King in New York
(Un roi à New York)

12 septembre 1957

A Countess from Hong Kong
(La Comtesse de Hong-Kong)

5 janvier 1967

LES DERNIERS PAS

Malgré sa santé précaire, il se met à écrire le scénario de son prochain film, The Freak, qui raconte l’histoire d’une jeune fille ailée découverte en Amérique du Sud. Ce projet avorté était destiné à lancer la carrière de sa fille Victoria Chaplin.

À partir du milieu des années 1950, Chaplin se concentre sur la resonorisation et la réédition de ses anciens films ainsi que sur la protection de ses droits d’auteur.

En 1959, il sort la compilation The Chaplin Revue qui comprend de nouvelles versions d’A Dog’s Life, Shoulder Arms et The Pilgrim.

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En septembre 1964, il publie son autobiographie simplement intitulée My Autobiography sur laquelle il planche depuis 1957. Ce livre de 500 pages met l’accent sur ses premières années et sa vie privée.

En 1970, Chaplin reçoit enfin son étoile sur le Walk of Fame d’Hollywood.

En 1972, l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences lui remet un oscar d’honneur pour sa contribution inestimable à l’industrie cinématographique. C’est la première fois en vingt ans qu’il met les pieds aux États-Unis. La visite génère une large couverture médiatique et il reçoit une ovation de 12 minutes, la plus longue de toute l’histoire des Oscars (Xavier Dolan a aussi été applaudit pendant 12 minutes à Cannes en 2014 après la projection de Mommy), lors de la remise de la récompense des mains de Jackie Coogan.

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Au début des années 70, Chaplin se remet à la réédition de ses anciens films, dont The Kid et The Circus. En 1976, il fait la resonorisation d’A Woman of Paris.

En octobre 1977, la santé de Chaplin se détériore au point qu’il demande une attention de tous les instants. Il meurt d’un AVC dans son sommeil le matin du 25 décembre 1977 à l’âge de 88 ans.

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Chaplin a eu 11 enfants issus de quatre mariages différents :

– De 1918 à 1920, il était marié à Mildred Harris, de 12 ans sa cadette;
– De 1924 à 1927, il était marié à Lita Grey, de 18 ans sa cadette;
– De 1936 à 1942, il était marié à Paulette Goddard, de 21 ans sa cadette;
– De 1943 à 1977, il était marié à Oona O’Neill, de 36 ans sa cadette.

De gauche à droite : Mildred Harris, Lita Grey, Paulette Goddard et Oona O'Neill

De gauche à droite : Mildred Harris, Lita Grey, Paulette Goddard et Oona O’Neill

Deux mois plus tard, le 1er mars 1978, le cercueil de Chaplin est exhumé et volé par deux mécaniciens automobile immigrés, Roman Wardas et Gantcho Ganev. Leur but est d’exiger une rançon d’un million de francs à Oona Chaplin afin de pouvoir ouvrir plus tard un atelier de réparation automobile.

Le 17 mai 1978, ils sont arrêtés lors d’une vaste opération de police et le cercueil est retrouvé enterré dans un champ de maïs près d’un village voisin. Il est réenterré dans le cimetière de Corsier-sur-Vevey sous un caveau en béton armé ajouté pour empêcher un nouvel incident.

En 1992, Chaplin a fait l’objet d’un film biographique et éponyme réalisé par Richard Attenborough. Robert Downey Jr. joue avec beaucoup de réalisme le grand comique

NAPOLÉON

Depuis le début des années 20, il caresse le rêve de tourner un film sur la vie de Napoléon dans lequel il jouerait le rôle principal, tandis qu’Edna Purviance tiendrait le premier rôle féminin, celui de l’Impératrice Joséphine. D’acteur comique à acteur dramatique? De petit vagabond à petit caporal? Le projet n’aboutiera finalement jamais, mais Chaplin en a rêvé pendant vingt ans. « Ma mère prétendait que mon père, dont je me rappelle à peine, ressemblait à Napoléon », a-t-il écrit dans son autobiographie. Et sa mère était légèrement obsédée par l’Impératrice Joséphine qu’elle imitait devant ses deux fils. Une fois la United Artists fondée, il songeait à Lita Grey, sa deuxième femme, jusqu’à ce que deux évènements fassent échouer l’entreprise : leur divorce le 22 août 1927 et la sortie de l’ambitieux Napoléon d’Abel Gance.

En 1931, Chaplin met la main sur les droits d’un ouvrage romancé de Jean-Paul Weber sur Napoléon à Sainte-Hélène, l’île où il a été envoyé en exil après sa défaite. En 1933, Chaplin commence un script avec le journaliste Alistair Cooke. En 1937, il termine un script en collaboration avec l’écrivain et homme politique John Strachey. Il a recyclé l’artifice du double de Napoléon, mêlant l’identité d’un tyran (Adenoïd Hynkel) et son double (le coiffeur juif) dans The Great Dictator. D’ailleurs, dans ce film, l’allié de Hynkel se nomme Benzino Napoleoni (sosie de Mussolini). Ce patronyme n’est pas sans rappeler le prénom de Bonaparte…

Chaplin en train d'essayer des costumes de Napoléon en 1930

Chaplin en train d’essayer des costumes de Napoléon en 1930

LA CONCLUSION

Le statut iconique de Charlot s’explique de manière ironique par le conflit mondial de 1914 à 1918. À travers un langage corporel et non un langage verbal, son humour est compris de tous et atteint l’universalité. Toutefois, même s’il est connu de tous, il fait l’objet tantôt d’adulation, tantôt de controverses.

Charlot ne supporte pas les dictatures que ce soit celle d’un directeur d’usine, d’un agent de la paix, d’un politicien à la petite moustache, voire d’un scénario. Pour lui, la vie doit rimer avec liberté et improvisation. Comme il finançait personnellement ses films, il avait toute liberté pour atteindre cet objectif et réaliser autant de prises que nécessaire. Leur nombre était ainsi souvent excessif. Chaque prise terminée pour The Kid en avait nécessité 53, tandis que pour réaliser les 20 minutes de The Immigrant, il a utilisé plus de 12 000 mètres de pellicule, une longueur suffisante pour faire un long métrage.

Chaplin sur le tournage de son film The Gold Rush (1925)

Chaplin sur le tournage de son film The Gold Rush (1925)

La carrière de Chaplin est, selon son biographe officiel David Robinson, « le plus spectaculaire de tous les récits jamais racontés sur l’ascension des haillons aux richesses. »

Ce que peu de gens savent, c’est son projet de porter à l’écran la vie de Napoléon. Il rejoint ainsi un autre réalisateur qui devait aussi porter Napoléon, nul autre que Stanley Kubrick. C’est d’ailleurs lui le sujet de mon prochain Dossier CinéPhilippe.

MES DOSSIERS CINÉPHILIPPES

Méliès, de magicien de scène à cinémagicien de l’écran!
Lumière sur la PPPP (Première Projection Publique et Payante)

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca