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Minions ou comment des créatures de couleur banane provoquent des soupirs qui se comptent par minions!

Il n'y a pas que Bart Simpson qui s'affiche dans son plus simple appareil...

Il n’y a pas que Bart Simpson qui s’affiche dans son plus simple appareil…

Les Minions n’avaient aucune envie de faire le pied de grue derrière Gru : ils lui ont volé la vedette dans Despicable Me en 2010 et Despicable Me 2 en 2013, au point qu’aujourd’hui un film leur est consacré. Un bilan physique les rend aisément reconnaissables et attachants : carnation jaune banane, yeux globuleux, coiffure spartiate et salopette en denim bleu. Or, après quatre aventures dans la cour du court métrage (Banana, Home Makeover, Orientation Day et Despicable Me: Minion Mayhem 3D), est-ce que ces personnages périphériques de Despicable Me ont l’étoffe pour supporter sur leurs épaules la charge d’un long métrage de 91 minutes?

Les Minions sont partout!

Les Minions sont partout!

Une introduction raconte que les Minions existent depuis la nuit des temps, étant l’évolution d’organismes unicellulaires jaunâtres qui n’avaient qu’un seul souhait : servir les méchants les plus ambitieux. Après que leur maladresse a détruit tour à tour chacun de leur maître (un T-Rex carnivore, le fondateur de l’Empire mongol Gengis Khan, le petit caporal Napoléon Ier ou encore le légendaire comte Dracula), ils décident de s’isoler du reste du monde afin de commencer une nouvelle vie dans une caverne de l’Antarctique.

L’intrigue prend ensuite place en 42 AG (Avant Gru), soit en 1968 en considérant que Despicable Me est sorti en 2010. L’absence d’un supérieur hiérarchique pousse les Minions au bord de la dépression. Trois d’entre eux (Kevin, Stuart et Bob) se rendent alors à Orlando pour le Villain-Con, une convention réunissant les cerveaux les plus machiavéliques, où ils feront la rencontre de Scarlet Overkill (voix de Sandra Bullock en VO et de Marion Cotillard en VF), une femme élégante déterminée à dominer le monde et aspirant à devenir la première super-vilaine de l’histoire. Elle donne une mission à ses trois nouveaux laquais : voler la couronne de la reine d’Angleterre…

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Le français Pierre Coffin et l’américain Kyle Balda sont les deux réalisateurs à l’origine de ce spin-off et antépisode de Despicable Me.

Coffin, qui prête également sa voix à l’ensemble des Minions, explique en ces mots comment ils sont nés en 2010 : « Au départ, ils étaient décrits comme une armée de trolls. Mais comme c’était trop cher à créer, on a demandé à notre designer Éric Guillon de nous inventer quelque chose d’économiquement viable et de charmant visuellement. Il a dessiné une espèce de petit ouvrier en salopette. Alors on a imaginé que le méchant Gru avait creusé sous son labo et qu’il était tombé sur ces bestioles-là. D’où les espèces de lunettes à triple foyer, façon taupe, et le teint jaunâtre. Quant à la forme gélulique, elle est inspirée du graphisme japonais avec ses lignes simples et esthétiques. Il y a un côté schtroumpf aussi, mais des schtroumpfs mêlés à des lapins crétins à qui on aurait donné une touche d’émotion. C’est un mélange de plein de choses un peu inconscientes. »

Balda explique ainsi pourquoi ils connaissent autant de succès : « On craque pour eux parce que leur personnalité est faite de contraste. C’est drôle de voir des créatures si innocentes obsédées par l’idée de servir des méchants d’envergure. Ils pensent être durs alors qu’ils passent leur temps à se jeter des fruits rouges sur la gueule, comme des gamins. Cela dit, ils ont des qualités humaines et font preuve de solidarité… Cela permet au spectateur de s’identifier à eux. »

Ces proches cousins des Gremlins communiquent par borborygmes, c’est-à-dire dans un langage quasi incompréhensible. Quelques mots sont tirés du français, de l’anglais, de l’espagnol et de l’italien afin de composer un sabir savamment efficace. En développant la voix de ses trois héros, Coffin a pris soin d’apporter des nuances correspondant à chacune de leurs personnalités. Finalement, ils s’expriment plus physiquement qu’oralement…

Il faut comprendre que l’universalité de leur humour repose sur la pantomime. Coffin l’explique d’ailleurs ainsi : « Comme pour Buster Keaton et Charlie Chaplin, une grande partie du fait qu’on comprenne les Minions passe par ce qu’ils font physiquement. Leurs expressions faciales, leurs paupières tombantes ou pas, leur façon de se placer… Tout vient de la pantomime. Les Minions, c’est le même principe que Chaplin ou Tati. Ils demandent un effort d’attention inconscient de la part du spectateur et c’est ce petit effort-là, je pense, qui crée la magie. »

Pareille volonté de rendre hommage au cinéma muet, louable en soi, m’a permis de mieux apprécier son humour burlesque que la plupart des autres spectateurs. Charles Chaplin (lire mon Dossier CinéPhilippe : Charlot ou comment du chaos de la Grande Guerre est née une étoile!) l’a d’ailleurs écrit : « Le burlesque exige une psychologie plus stricte que n’importe quel autre registre au cinéma. »

Les protagonistes de gauche à droite : les Minions Stuart, Kevin et Bob.

Les protagonistes de gauche à droite : les Minions Stuart, Kevin et Bob.

Il faut le reconnaître : cette comédie d’animation profite d’une campagne de promotion archi-envahissante. Grâce à de trop nombreux produits dérivés, façon Star Wars, ces petits bonhommes jaunes sont partout et devenus familiers à notre regard (l’attraction Despicable Me: Minion Mayhem des parcs à thèmes Universal Studios Hollywood et Universal Studios Florida, les bonbons Tic Tac, les boissons aux fruits Oasis, les biscuits M. Christie, les œufs au chocolat Kinder Surprise, les roulés aux fruits Fruit-O-Long, les jouets accompagnant les Joyeux Festin dans les restaurants McDonald’s, une série de BD publiés par Titan Comic, et cetera). Ils n’ont ni âge, ni langage spécifique, ce qui explique que nul n’est insensible à leur charme. Ces appâts publicitaires servent positivement Minions, ne serait-ce qu’avec les bandes-annonces diffusées en salles qui déclenchaient l’hilarité générale chez les spectateurs de tout âge.

C’est là le hic : ces bandes-annonces ont révélé la majorité du matériel humoristique du film. Il ne reste plus de place pour l’effet de surprise, au grand dam de ceux et celles qui s’attendent à rire un bon coup. Grâce à leur omniprésence dans notre quotidien, gageons que Minions sera davantage un succès commercial que critique. Son budget s’élève à 85 millions de dollars, un montant supérieur à Despicable Me (69 millions de budget et 543 millions de recettes) et Despicable Me 2 (73 millions de budget et 970,7 millions de recettes). Les chiffres parlent et parleront d’eux-mêmes…

Minions était déjà annoncé durant le générique de Despicable Me 2. Kevin, Stuart et Bob y passaient leur audition. La voici en vidéo :

Ce n’est pas la première fois, loin de là, qu’un ou plusieurs personnages secondaires revendiquent la tête d’affiche dans le cadre d’un film dérivé :

– Après Madagascar, Madagascar: Escape 2 Africa et Madagascar 3: Europe’s Most Wanted, Penguins of Madagascar a tenté de donner la place aux quatre manchots, en vain.

– Après Shrek, Shrek 2, Shrek the Third et Shrek Forever After, Puss in Boots a tenté de répéter l’exploit avec le Chat potté, en vain.

– Après Cars et Cars 2, Planes et Planes: Fire & Rescue ont permis de prolonger le même univers fictionnel, en vain.

À quand le film dédié à l’écureuil Scrat de la saga Ice Age? Il se contente pour le moment d’apparaître sous forme de courts métrages…

Dans un autre ordre d’idée, comme Walt Disney Studios Distribution l’a fait avec Inside Out et Avengers: Age of Ultron, Universal Pictures a mis en ligne une fausse bande-annonce qui faisait la promotion de deux films en un. En effet, en mars 2015, Furious Minions a permis aux Minions de s’incruster dans le trailer de Furious Seven et de faire d’une pierre deux coups.

Je me demande à qui s’adresse ce film? Dans la salle de cinéma où j’étais, les petits ne riaient pas quand il le fallait et les grands bâillaient plus souvent qu’autrement. La faute revient aux bandes-annonces qui ont forcé la transformation de rires prévus en sourires convenus. Heureusement qu’un second degré et, surtout, des clins d’oeil à la culture m’ont tenu éveillé. En voici quelques-uns que j’ai remarqué :

– Scarlet Overkill arrive au Villain-Con (l’équivalent du Comiccon) avec sa robe-fusée, ce qui n’est pas sans rappeler l’armure de Tony Stark au début d’Iron Man 2.

– Stuart reçoit une guitare électrique et se met à jouer le solo de Van Halen intitulé Eruption dix ans avant sa création. Cela me fait penser à Back to the Future quand Michael J. Fox se prête à un exercice identique avec Johnny B. Goode de Chuck Berry trois ans avant sa sortie.

– Les Minions chantent à leur façon Make ‘Em Laugh que Donald O’Connor interprétait en 1952 dans Singin’ in the Rain.

– Les Minions soulèvent une trappe d’égout alors que quatre gars dans le vent empruntent le passage pour piétons d’Abbey Road, une rue de Londres, comme sur la pochette du onzième album des Beatles.

– Le caméo d’un détestable personnage établit un pont entre Minions et Despicable Me

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Bref, est-ce que les Minions ont l’étoffe pour supporter sur leurs épaules la charge d’un film de 91 minutes? La réponse est non. Le 30 juin 2017, ils retourneront d’ailleurs en arrière-plan dans Despicable Me 3. D’ici là, Minions rappelle aux jeunes adultes dotés d’un humour puéril que, si les saluts les plus brefs sont les meilleurs, il en va de même avec les plaisanteries. Et banani, et banana!

Verdict : 6 sur 10

Pour les curieux, voici la fameuse scène de la comédie musicale Singin’ in the Rain dans laquelle Donald O’Connor danse sur Make ‘Em Laugh. Notez à 3min28 le mouvement que s’est approprié Homer Simpson…

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca