The Astronaut Wives Club (2015) : C’était comme ça avant…




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The Astronaut Wives Club (2015) : C’était comme ça avant…

The Astronaut Wives Club est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la mi-juin sur les ondes d’ABC aux États-Unis.

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Au début des années 60, sept astronautes sont choisis pour prendre part au Mercury Seven, le programme visant à les envoyer dans l’espace, puis éventuellement sur la lune dans un contexte où l’U.R.S.S. a déjà accompli la première étape. Seulement, ceux que les médias cherchent à présenter comme étant des surhommes ont des femmes et des enfants qui par ricochet verront leur quotidien changer du tout au tout.

Adaptation très libre du livre The Astronaut Wives Club : A True Story de Lily Koppel, cette nouveauté d’ABC après trois épisodes se révèle pauvre en rebondissements (quoique ça s’améliore au quatrième) et les préoccupations pour le moins futiles de ces épouses siéent bien à l’été, d’autant plus que l’émission est programmée tout juste avant Mistresses. La série qui évoque le passé n’est pas bien différente de ce qu’on retrouve en fiction de nos jours; ce qui est pour le moins troublant.

La propagande sous Kennedy

Parmi les familles recrutées notons Rene (Yvonne Strahovski) et Scott Carpenter (Wilson Bethel), Betty (JoAnna Garcia Swisher) et Gus Grissom (Joel Johnstone), Louise (Dominique McElligott) et Alan Shepard (Desmond Harrington), Trudy (Odette Annable) et Gordon Cooper (Bret Harrison), Marge (Erin Cummings) et Deke Slayton (Kenneth Mitchell), Annie (Azure Parsons) et John Glenn (Sam Reid) et enfin Jo (Zoe Boyle) et Wally Schirra (Aaron McCusker). Comme on peut le constater, ce casting pose problème dans le sens où l’on a 7 couples principaux, si bien qu’il est difficile de s’attacher à l’un d’eux, même à long terme étant donné que la série est relativement courte. ABC est en quelque sorte responsable de ce brouhaha puisque c’est la chaîne qui a décidé d’inclure les hommes dans le scénario alors qu’à la base, le livre ne s’intéressait qu’aux épouses.

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Le problème est qu’en comparant ce que vivent les groupes des deux sexes, la disproportion est énorme. D’un côté, ces messieurs risquent leurs vies dans des engins peu sûrs et sans le savoir, s’apprêtent à écrire une page primordiale de l’histoire des États-Unis. De l’autre, nous avons ces femmes au foyer qui sont tout d’un coup sous la loupe de l’Amérique après que le magazine LIFE ait signé avec elles un contrat d’exclusivité. Mais, justement, The Astronaut Wives Club demeure malgré tout, un soap (historique) si bien qu’au lieu de nous monter les coulisses de la NASA de l’époque, on privilégie les cocktails, scènes de ménage et quelques crêpages de chignon.

La série n’est pas entièrement mauvaise; dans la mise en scène, on s’est clairement inspiré des posters de pinups et des couleurs chatoyantes, voire criardes relatives à la première décennie du technicolor autant dans les vêtements de ces dames que dans la nourriture dont l’arrivée du Jell-O semble avoir fait grande impression. Bonne idée aussi l’inclusion d’images d’archives ou carrément des scènes de la série tournées avec un filtre que l’on associe aux années 60, ce qui aide à nous plonger dans ce contexte de guerre froide et surtout qui mettent en évidence une forme puissante de propagande, visant à ce que l’ordre établi ne bouge pas d’un iota tout en prétendant que l’on vit dans le meilleur des mondes.

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Mais cette mise en scène réussie ne parvient pas à effacer les multiples lacunes de la série. Par exemple, Odette Annable qui n’en est pourtant pas à ses premiers rôles à la télévision n’est pas très crédible et le personnage de Trudy qu’elle incarne encore moins : elle et son mari ne s’entendent plus et ils font chambre à part. Vraisemblablement, le couple n’a pas les moyens de se payer un sofa, puisqu’il est obligé de dormir… dans le bain! Celui qu’on annonce comme étant un « guest star »; Luke Kirby qui incarne Max Kaplan, le journaliste de LIFE n’est rien de plus qu’un poteau qu’on voit en arrière-plan dans toutes les scènes.

Pour ce qui est des intrigues, dans le premier épisode tous retiennent leur souffle alors qu’Alan effectue son premier vol dans l’espace. Certes, on ressent une certaine tension, sauf qu’on répète le même scénario avec d’autres astronautes dans les deux épisodes suivants. Un peu de diversité s’il vous plaît.

Ces chères ménagères

Dans la majorité des séries, le casting est mixte, bien que ce soit souvent l’homme qui hérite du rôle principal. En ce qui a trait aux fictions « féminines » qui ont fait recette ces dernières années, pensons à Footballer$ Wives, Desperate Housewives, Army Wives ou encore à la moins bonne GCB (annulée après une seule saison, mais acronyme de « Good Christian Bitches »). Côté téléréalités, pensons à toute la franchise de The Real Housewives of… (comprenant 10 locations telles que Miami, Vancouver, etc.). Dans tous ces cas (récents, il faut bien le préciser), on a droit à des femmes au foyer, quelques fois mères, le plus souvent ayant contracté de brillants (voir lucratifs) mariages. Dans The Astronaut Wives Club, les enjeux qui guident nos héroïnes est de bien paraître devant les photographes, de se faire accepter comme membres dans un club huppé, d’impressionner les autres avec leurs recettes et surtout ne jamais perdre la face, même lorsque leurs maris sont infidèles. En somme, les choses n’ont pas bien changé, du moins en fiction télévisée.

Ayant attiré 5,51 millions de téléspectateurs pour sa première, l’auditoire de la série a diminué par la suite à 4,50 et 4,06 les semaines suivantes et remonté à 4,42 au quatrième épisode. Des chiffres corrects pour l’été qui se stabilisent et qui nous prouvent surtout qu’il y a une clientèle toujours friande de ce personnage qu’est la femme au foyer et qui n’a pas évolué depuis plus de soixante ans…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!