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Élections 2015: Dégonflé à Bloc

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Certains d’entre vous le savez déjà: je suis souverainiste. Mon attachement pour le Québec a toujours été bien plus fort chez moi que tout sentiment d’appartenance au Canada.

Aussi, je crois que le Québec aurait tout avantage à se gouverner par lui-même et pour lui-même. Pour moi, il en va non seulement de notre survie en tant que nation francophone d’Amérique, mais aussi de notre prospérité future. Cependant, cela fait déjà plusieurs années que je me sens incapable d’accorder mon vote à ce qui devrait normalement être ma seule option, au niveau fédéral: le Bloc Québécois.

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Rappelons d’abord quelques faits: le Bloc Québecois est né en 1993, suite aux échecs successifs des accords de Meech et de Charlottetown, à une époque où le débat constitutionnel déchaînait les passions et occupait presque toute la place, dans l’espace politique québécois. À sa fondation, le Bloc devait être un parti temporaire, qui veillerait à défendre les intérêts du Québec à Ottawa, en attendant le référendum de 1995. Ainsi, en 1993, avec l’effondrement des conservateurs, l’élection éclatante des libéraux et l’émergence du Reform Party, le Bloc réussissait à former l’opposition officielle à la Chambre des Communes. Après de légers reculs électoraux en 1997 et en 2000, scrutins qui allaient tout de même lui garantir une majorité de sièges au Québec, le parti souverainiste reprenait sa position dominante dans la province en 2004 et 2006, dans la foulée du scandale des commandites. Cela signifie que pendant 13 ans, de 1993 à 2006, le Bloc Québécois avait pour seul rival sérieux le PLC, « parti naturel de gouvernement » et défenseur le plus acharné du fédéralisme canadien, à l’époque où le débat entre fédéralistes et souverainistes faisait rage. Quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit également que les plus grands succès électoraux du Bloc ont toujours été de nature strictement conjoncturelle, c’est-à-dire causés par des circonstances à la fois particulières et passagères.

Depuis l’élection du premier gouvernement Harper, en 2006, le Bloc Québécois ne fait plus que reculer. Cela n’aura jamais été plus évident que lors du scrutin de 2011, grâce auquel les conservateurs ont obtenu une majorité au parlement sans l’appui du Québec, pendant que le parti de Gilles Duceppe était pratiquement effacé de la carte électorale. Au cours des des mêmes années, le paradigme souverainiste/fédéraliste aura été remplacé par une nouvelle dynamique gauche/droite, illustrée par la rivalité grandissante entre conservateurs et néo-démocrates. Dans un paysage politique radicalement redessiné par un électorat qui semble avoir délaissé la question constitutionnelle, le Bloc ressemble de plus en plus à un groupuscule perdu et sans âme, peinant à trouver ses repères. Il continue d’utiliser la défense des intérêts du Québec comme principal argument de vente, mais le discours semble manquer un peu d’enthousiasme, comme si même les leaders bloquistes n’y croyaient plus tout à fait. Même Pierre-Karl Péladeau, le chef péquiste qui fait présentement campagne avec Gilles Duceppe, a déjà affirmé qu’il ne croyait plus à l’utilité du Bloc, avant de se rétracter.

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Kedina Fleury-Samson, la candidate du Bloc québécois dans Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia est aussi une « magicienne vaudou »

Bon an mal an, on trouve environ 40% de souverainistes, au Québec. Or, le tout dernier sondage Léger indique que le Bloc Québécois récolte présentement 21% des intentions de vote, dans la province. Le dernier sondage CROP, lui, est encore plus sombre: il indique que seuls 16% des Québécois envisagent de voter pour le parti de Gilles Duceppe. En clair, si on fait une moyenne, cela veut dire qu’environ un souverainiste sur deux entend voter pour un autre parti que le Bloc. Cela ne devrait guère étonner qui que ce soit, puisqu’au cours des dernières années, le Bloc est essentiellement devenu une sorte de NPD régional, défendant bec et ongles une vision progressiste du Québec, en opposition aux valeurs conservatrices du gouvernement Harper. Or, le Bloc en est sans doute venu à confondre « valeurs progressistes » et « valeurs québécoises », ce qui fait en sorte qu’une grande part de la rhétorique du parti repose sur l’amalgame entre les deux, dans une logique d’opposition constante à un gouvernement de droite. Mais dans un tel contexte, on peut comprendre que bien des souverainistes de gauche choisissent tout simplement de voter pour le NPD version originale, se donnant ainsi la chance d’être représentés dans un gouvernement pancanadien de gauche ! Cela semble également être la réaction de la FTQ et de Québec Solidaire, qui ont tous les deux pris leurs distances envers le Bloc. La FTQ est même allée jusqu’à appuyer publiquement la formation de Thomas Mulcair, assénant une lourde claque au parti souverainiste.

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Cela fait maintenant presque dix ans que le Bloc, privé de sa rivalité avec le PLC, s’est transformé en un gros lobby de gauche anti-Harper. Que feront les bloquistes, alors, si le NPD prend le pouvoir le 19 octobre, ce qui semble de plus en plus probable ? Vont-ils soudainement virer à droite, simplement pour mieux s’opposer au nouveau gouvernement ? Ce serait ridicule ! Que feront-ils lorsqu’ils auront devant eux un gouvernement progressiste, dont le programme leur plaira à 90 % ? Il est bien là, le plus gros problème du Bloc: ne pouvant aspirer au pouvoir, il a pour unique vocation de s’opposer perpétuellement au gouvernement fédéral en place, peu importe la couleur idéologique de ce dernier. Il s’agit bien évidemment d’une position intenable et insensée, qui condamne la formation souverainiste à l’échec et à l’obsolescence. Incidemment, cela donne aussi au souverainisme des airs de projet négatif, construit uniquement en opposition au Canada, alors qu’il faudrait plutôt démontrer qu’il s’agit d’un projet positif, reposant sur les aspirations légitimes d’un peuple.

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Evan J. Demers

Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.

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