Roosh V au village québécois




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Roosh V au village québécois

Avez-vous déjà assisté à un accident de voiture ? Si c’est le cas, vous êtes familier avec cette curiosité morbide qui nous envahit plus souvent qu’autrement, à la vue d’une catastrophe. C’est un peu ce qui m’est arrivé, avec ce qu’il convient maintenant d’appeler « l’affaire Roosh V ».

Roosh V

Roosh V

Résumons d’abord, pour ceux qui ont passé les dernières semaines dans le désert: Roosh V est un auteur et blogueur américain d’origine iranienne. Il est antiféministe, réactionnaire et provocateur. Les thèses qu’il élabore sont à la fois farfelues, excentriques et à l’extrême limite du socialement acceptable. Le personnage semble manier l’hyperbole, le reductio ad absurdum et le virilisme de pacotille avec un plaisir certain. Il n’y a aucun doute: la controverse est le principal moteur de son action. Roosh V est à la philosophie ce qu’Action Bronson est au hip-hop: un grossier personnage, tout juste assez intelligent pour savoir tirer profit de sa grossièreté. Il y a quelques semaines, il annonçait sa venue à Montréal, afin d’y tenir une conférence résumant l’essentiel de sa pensée et de ses travaux.

Comme Action Bronson, Roosh V allait subir la totale. Des gens ont lancé une pétition réclamant l’annulation de sa conférence. L’hôtel où il prévoyait s’exprimer a annulé la réservation. Le lieu de l’évènement est devenu secret. Des féministes se sont demandées comment interrompre les activités du conférencier de la façon la plus efficace et tapageuse possible, certaines comme Sarah Parker-Toulson suggérant même le recours à la violence.

Mais ce n’était pas tout. Les médias de masse, notamment le Journal de Montréal, allaient faire une publicité sans précédent à la conférence de Roosh V, créant une déferlante de panique, de consternation et de haine, partout au Québec.

Finalement, la conférence semble bel et bien avoir eu lieu, non sans quelques accrochages. Des hommes pro-féministes auraient infiltré l’événement, invectivant et poursuivant l’auteur et sa poignée de disciples. Puis est venu le coup de grâce: une jeune femme anonyme, reconnaissant Roosh V dans un bar au centre-ville, a profité de l’occasion pour lui lancer une bière en plein visage. Les réactions ? On la félicite, on dit que c’est mérité, que le monstre l’a cherché, qu’il aurait dû s’y attendre et qu’il n’a qu’à retourner chez lui, pour résumer en termes polis les commentaires les plus fréquemment aperçus sur les réseaux sociaux. D’ailleurs, il n’est pas sans ironie que de tels propos soient tenus à l’endroit de Roosh V, puisqu’on l’accuse entre autres de tenir les victimes d’agression responsables de leurs malheurs.

Or, pour moi, c’est précisément là où le bât blesse. Je ne suis pas d’accord avec Roosh V et je considère qu’il est absolument acceptable, voire nécessaire, de le contredire, de le dénoncer et de manifester devant ses conférences. Tous ces gestes s’inscrivent parfaitement dans une démarche citoyenne démocratique et saine. Mais il ne sera jamais justifié de le harceler, de l’insulter, de révéler ses informations personnelles, de le censurer et de l’agresser. De tels actes n’ont pas leur place, dans une société privilégiant le dialogue et la conciliation, ainsi que la protection des libertés fondamentales.

On dit que Roosh V fait la promotion de la violence envers les femmes. Même si une telle affirmation s’avérait, il ne serait toujours pas admissible de répondre à ses paroles par de véritables agressions, puisque jusqu’à preuve du contraire, l’auteur ne s’est jamais rendu lui-même coupable d’agression envers qui que ce soit. À partir de là, tout geste violent à son endroit constitue une réponse disproportionnée par rapport à ce qu’on lui reproche.

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Je suis aussi frappé, sans mauvais jeu de mots, par le caractère éminemment collectif et surtout jouissif des réactions aux agressions subies par Roosh V. Il s’en dégage la forte impression d’assister aux actes sauvages d’une meute s’en prenant avec virulence à un être désigné comme « impur ». Je suis prêt à parier que 90% des gens qui aujourd’hui applaudissent devant le sort subi par l’auteur controversé ne l’ont même pas lu, s’ils avaient même entendu parler de lui avant cette semaine.

Roosh V affirme n’avoir jamais rencontré de telles problèmes ailleurs. La question se pose donc: les altercations de ce week-end sont-elles le résultat d’une quelconque spécificité québécoise, en matière de liberté d’expression ? Je ne crois pas avoir de réponse complète et définitive à cette question, mais je sais d’ores et déjà que nombre de mes compatriotes considèrent qu’il y a « une limite à la liberté d’expression », qu’on définit souvent comme étant celle du discours haineux. Or, personnellement, je m’inscris en faux contre une telle conception du droit à la liberté d’expression. C’est précisément lorsqu’un discours est détestable que la défense de ce droit fondamental prend tout son sens.

Je sais aussi qu’il existe depuis longtemps, au Québec, un esprit de meute auquel je faisais d’ailleurs allusion plus haut dans ce texte. Cette propension à réprimer la différence, afin de ne pas attiser nos divisions, fait fort probablement partie de nos gènes. Ainsi, lorsque s’aventure en nos terres un étranger louche dont le discours choque, nous avons souvent le réflexe de sortir les fourches et de le chasser hors de chez nous. C’est précisément ce qui est arrivé à Roosh V: ses propos en ont authentiquement choqués quelques-uns, puis les autres se sont joints à la foule enragée, sans trop savoir de quoi il en retournait. Peu importe, on leur avait désigné un ennemi infréquentable, et ils n’allaient pas le laisser entrer !

Exemple de diffamation illégale et disproportionné envers Roosh V.

Exemple de diffamation illégale et disproportionné envers Roosh V.

Cette aversion pour la dissidence ne date pas d’hier. Elle a longtemps été essentielle à notre survie, en tant que peuple minoritaire. Elle servait autrefois à nous garder unis, face au colonialisme assimilateur. Toutefois, de nos jours, elle nous dessert de plus en plus, surtout lorsqu’elle rencontre les tentations totalitaires du progressisme contemporain. Au mieux, elle se transforme en désir de censure. Au pire, elle devient ostracisme, haine et violence. C’est précisément ce à quoi nous assistons depuis quelques jours, avec l’affaire Roosh V. La tribu québécoise serre les rangs, sous l’impulsion d’un féminisme radical débridé et rejette violemment, sans autre forme de procès, le paria ayant commis un crime de la pensée.

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Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.