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Show me a Hero : terriblement d’actualité

Show me a Hero est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis la mi-août sur les ondes de HBO aux États-Unis et au Canada.

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Drame biographique, on nous transporte à New York à la fin des années 80 alors que Nick Wasiscko (Oscar Isaac) vient tout juste d’être élu maire de la municipalité de Yonkers. Âgé de seulement 28 ans, son inexpérience le place devant tout un dilemme : c’est que peu après son élection, un jugement de la cour fédérale oblige la municipalité à construire 200 logements sociaux pour les plus démunis dans un quartier composé à majorité de personnes blanches qui n’ont pas l’intention de s’en laisser imposer. Dès lors, on frise la guerre civile alors que s’opposent la foule et le gouvernement.

Adaptation du livre éponyme de Lisa Belkin publié en 1999, Show me a Hero est un très bon suspens qui n’a qu’à se baser sur des événements historiques avérés. Non seulement la série trouve écho dans notre société presque 30 ans plus tard, mais c’est aussi le portrait pour le moins ambigu de ce maire dont le gouvernement n’a duré que deux ans qui suscite l’intérêt.

« Pas dans ma cour »

Déjà, l’ancien maire de Yonkers s’était opposé à la volonté du gouvernement d’imposer la construction de logements sociaux dans la ville, mais la décision juridique irrévocable d’avancer avec cette initiative tombe quelques jours seulement après l’élection de Wasiscko. Sachant qu’il n’y a plus de recours possible et pour éviter les amendes salées qu’on pourrait imposer à la ville, le jeune maire, réaliste, accepte d’aller de l’avant au grand mécontentement des citoyens (blancs) qui l’ont élu. Se sentant trahis, ils font savoir haut et fort leur opposition si bien que certains élus municipaux, plus par lâcheté, se rangent du côté de la foule, ce qui avive encore d’un cran la tension au sein de la ville. Wasiscko a beau tenir son bout, il est défait lors d’élections seulement deux ans plus tard et c’est le populiste Hank Spallone (Alfred Molina) qui lui vole sa place, sans pour autant réussir à contrer la décision de la cour. En parallèle, on suit les misères quotidiennes des minorités noires ou hispaniques, qu’il s’agisse d’une femme âgée atteinte de diabète (LaTany Richardson Jackson), d’une fille-mère (Dominique Fishback), ou d’une toxicomane (Brianna Horne).

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Show me a Hero arrive comme un cheveu sur la soupe dans notre univers télévisuel puisqu’il dénonce à la fois les inégalités sociales, mais surtout notre politique moderne qui n’en est pas à une contradiction près. C’est que oui, la ville de Yonkers à la fin des années 80 est une des plus prospères de l’état et il s’avère que la majorité de la population est blanche. La décision de la cour fédérale d’implanter des logements sociaux risque non seulement de donner un coup rude à la valeur des propriétés tout en augmentant (potentiellement) la criminalité, mais de surcroît, les bénéficiaires de ce jugement sont à majorité noirs ou hispaniques. Car c’est un fait, pauvres et minorités ethniques , c’est la même chose dans ce contexte et la véhémence de la population locale à leur égard est tout simplement consternante. Comme l’affirme une des protagonistes noire : « being poor in Dominican Republic is not a crime ». Même l’évêque de la ville change de cap et se range du côté des citoyens; c’est que « donner à son prochain » n’est plus d’actualité lorsque les gens de la ville en colère ne font plus un seul don à l’établissement religieux…

L’écho ici, ce sont les émeutes de Ferguson qui nous prouvent à quel point il reste du chemin à faire. Même au Canada Show me a Hero a un impact sur le téléspectateur. Pensons à la cour suprême qui a autorisé les centres d’injections supervisées à opérer légalement. Dans son idéologie toute conservatrice, le premier ministre Stephen Harper conteste ce jugement, tout comme une certaine partie de population qui ne veut pas de ces centres dans son voisinage ; le « pas dans ma cour » ne date pas d’hier…

Lors d’une altercation, le juge affirme : « justice is not about popularity » et Wosiscko de répondre: « No it’s not, but politics is ». C’est justement ce système quelque fois bipolaire opposant volonté populaire au droit commun que Show me a Hero exploite. C’est qu’il n’y a rien de plus imbécile qu’une foule qui est prête à défaire un gouvernement responsable à cause d’un seul enjeu épineux et certains politiciens avides de pouvoir n’hésitent pas à exploiter la situation à leur propre avantage, quitte à ce que la ville fasse faillite; ce qui se produira ici. Au moins, ce qu’il y a de rassurant est que l’on vive dans des États de droit et que oui, il faille parfois s’élever au-dessus de la mêlée, ce que les tribunaux font, pour que justice soit faite, et ce, au détriment de ceux qui font de la « petite politique ».

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Un héros qui n’en est pas un

La particularité de Show me a Hero est que Nick Wasiscko n’est pas dépeint comme en est pas vraiment un, ce qui surprend quand on sait que son épouse Nay (Carla Quevedo dans le film) a été consultée lors de l’écriture du scénario. Wasicsko au départ s’opposait à la construction de ces logements et c’est en pragmatique qu’il s’est plié à la décision de la cour, contre vents et marées. Jamais dans la série (du moins, dans les quatre premiers épisodes), il ne prend la défense des minorités est n’essaye pas plus de connaître leur histoire. D’ailleurs, celles-ci se tiennent sciemment à l’écart du débat, ce qui est encore plus surprenant puisque le projet leur est dédié. C’est un peu ironique lorsqu’au quatrième épisode, il est en nomination pour le Kennedy Profile in Courage Award et la lettre va comme suit : « Despite calls for your resignation and threats to your personal safety, you forged a path to equality of opportunity and access to public housing in all parts of Yonkers, the committee found. » Et s’il gagne, le prix est accompagné d’un chèque de 25 000 $. Quelques fois, les symboles sont plus forts que la réalité…

Show Me a Hero n’a rassemblé que 440 000 téléspectateurs pour ses deux premiers épisodes et a enregistré une légère baisse à 400 000 la semaine suivante. Ce qu’il y a de plus dommage est que la fiction d’HBO portant plus ou moins sur le même thème n’a surtout pas captivé la population de 25-49 ans avec un taux dérisoire de 0,15 la première semaine et 0,10 pour la suivante. Ces piètres performances ont de quoi nous rappeler celles de American Crime à ABC cet hiver qui avait rassemblé un auditoire moyen de 5 millions et dans laquelle on abordait de front les tensions raciales. Alors que les séries policières telles les NCIS font chaque semaine leur plein d’écoute à coups de millions, il est triste que des fictions comme celles d’HBO et d’ABC, terriblement d’actualité, n’intéressent pas plus la population américaine. Comme quoi le rôle premier de la télévision est bel et bien de divertissement…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!