Fear the Walking Dead : engouement incompréhensible




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Fear the Walking Dead : engouement incompréhensible

Fear the Walking Dead est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis la fin août sur les ondes d’AMC aux États-Unis et au Canada.

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L’action nous amène en Californie alors qu’un virus dont on ignore l’origine est en train de toucher de plus en plus de citoyens qui par la suite se métamorphosent en zombies affamés de chair humaine; de quoi donner les pires cauchemars à ceux qui n’ont pas encore été touchés par la malédiction, dont la famille Clark qui est au centre du récit.

Préquel de la très populaire The Walking Dead, Fear the Walking Dead n’est qu’un prétexte d’AMC pour remplir ses coffres grâce aux commanditaires qui achètent des espaces publicitaires à coup de centaine de milliers de dollars. En effet, le pont entre la série originale et la nouveauté n’est pas très solide et l’on ne peut pas à ce stade parler de genèse très efficace. Peu importe, le succès est au rendez-vous, battant peu à peu tous les records établis.

Préquel inutile

Fear the Walking Dead s’amorce alors que Nick Clark (Frank Dillane), un adolescent toxicomane se réveille dans une maison désaffectée pour découvrir sa petite amie en train de manger un autre être humain. Prenant les jambes à son coup, il est frappé par une voiture et amené à l’hôpital, ce qui offre par ricochet un prétexte idéal pour des réconciliations familiales. Sa mère Madison (Kim Dickens), sa sœur Alicia (Alycia Debnam-Carey) et son beau-père Travis (Cliff Curtis) viennent donc à son chevet, mais ne croient nullement à sa version des faits. Puis, de plus en plus de proches des Clark, qu’il s’agisse d’un voisin, d’un ami ou du revendeur de drogues de Nick se transforment en morts-vivants. La tension est palpable et ce n’est qu’au troisième épisode qu’ils se décident enfin à quitter la ville, en compagnie de la famille Salazar, laquelle avait hébergé Travis alors qu’il avait secouru son fils Chris (Lorenzo James Henrie) happé dans une émeute. Pendant ce temps, le nombre de militaires en présence grandit de jour en jour, mais le gouvernement reste muet sur ce qui est en train de se produire.

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Dans presque tous les cas à la télévision, lorsqu’on crée un préquel, on a affaire dans la série précédente à un personnage principal ou secondaire très fort que l’on exploite dans une nouvelle version, quelques années en arrière, afin de mieux comprendre son ascension (ou déchéance).  Ça a été le cas ces dernières années avec Hannibal Lecter de la série du même nom alors qu’on l’a au préalable connu en prison dans Le Silence des Agneaux. Même chose pour Norman Bates dans Bates Motel de A&E alors qu’on explore la relation complexe entre l’adolescent et sa mère avant qu’il ne l’assassine ou encore Better Call Saul d’AMC qui elle aussi en profite pour nous montrer les débuts de carrière du coloré avocat Jimmy McGill.

Ce qu’il y a d’étonnant avec Fear the Walking Dead est qu’on ne revient pas dans le passé d’une personne, mais bien d’un événement, c’est-à-dire le début du chaos. Quand Rick Grimes (Andrew Lincoln) sort du coma après  un certain temps au début de The Walking Dead, le mal est déjà fait, mais avec la nouveauté d’AMC, on ne retourne nullement dans le passé du casting original. Non seulement on n’a pas ce point de repère, mais en plus, on omet de nous donner des informations, aussi élémentaires auraient-elles pu être, sur le phénomène destructeur menaçant l’humanité : la transformation d’humains en zombies. On voit quelques militaires ici et là tenter de contrer le phénomène, mais pas un seul média n’en parle et on n’a pas non plus accès à certaines personnes, des scientifiques par exemple, qui tenteraient d’enrayer le phénomène, sinon de le contenir. Dès lors, FTWD n’est rien d’autre qu’un produit, sans imagination; du réchauffé servi à une clientèle déjà acquise au concept et qui en redemande.

Même recette lucrative

En fait, que reste-t-il de la franchise originale? Pas grand-chose à part des attaques de zombies. Jusqu’ici dans FTWD, c’est à peine si on s’intéresse vraiment au passé victimes qui se sont transformées en mort-vivants. On évoque ici et là quelques détails, mais on ne prend pas vraiment le temps de s’appuyer sur leur sort. C’est bien cela qui est agaçant ici parce que les méchants n’ont aucune profondeur; ils ne sont ni manipulateurs, n’éprouvent pas non plus une certaine rancune envers certains individus; ils ont faim et sont difficiles à neutraliser, c’est tout. Pourtant, les méchants dans les séries sont habituellement le pole numéro un d’attraction puisqu’on adore les détester. Pensons par exemple à Victoria Grayson dans Revenge ou plus récemment Lucious Lyon dans Empire. Côté divertissement, il ne reste plus que les scènes de confrontation semblables à des jeux vidéos qui donnent lieu à beaucoup de giclage de sang et vraisemblablement, c’est populaire.

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La recette fonctionne parce que The Wakling Dead ne cesse de battre des records. Par exemple, c’est une des seules séries américaines avec peut-être Game of Thrones d’HBO qui voit son auditoire augmenter chaque nouvelle saison. Pour preuve, 5,2 millions de téléspectateurs ont suivi en moyenne la première saison et à la cinquième, ils étaient 14,4 millions! Et comme la série rassemble un taux de 7,4 % chez les 18-49 ans, les spots publicitaires d’à peine 30 secondes ont coûté plus de 400 000 $ aux commanditaires; un record jamais égalé en fiction, même chez les grand networks.

Autant dire qu’AMC ne courait pas grand risque en lançant Fear the Walking Dead : elle a vendu des spots publicitaires pour un montant dépassant parfois les 350 000 $. Les chiffres ont donné raison à la chaîne : son premier épisode de 90 minutes (incluant 26 minutes de publicité=$$$) a rassemblé 10,1 millions de téléspectateurs et 6,3 d’entre eux se situaient dans la tranche des 18-49 ans. La semaine suivante, AMC égarait 16 % de son auditoire en direct, mais il faut préciser qu’à la même heure se déroulait la cérémonie des MTV Video Music Awards. Mais peu importe la compétition, la série a déjà été renouvelée pour une deuxième saison cette fois-ci composée de 15 épisodes. C’est probablement de qu’il y a de pus épeurant dans toute cette saga…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!