Hand of God : il n’y aura pas de miracle




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Hand of God : il n’y aura pas de miracle

Hand of God est une nouvelle série de dix épisodes mise en ligne le 4 septembre pour tous les abonnés d’Amazon.

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L’action commence alors que l’on retrouve Pernell Harris (Ron Perlman), un éminent juge, nu dans une fontaine et ayant l’air en transe, comme s’il priait. C’est que suite à un drame familial épouvantable survenu quelque temps plus tôt et impliquant son fils PJ (Johnny Ferro) et sa belle-fille Jocelyn (Alona Tal), il est tombé sous le charme du jeune révérend Paul Curtis (Julian Morris) et de son assistante Alicia (Elizabeth McLaughlin). Se considérant désormais comme un « born again christian », il suit à la lettre les enseignements de son nouveau « gourou » afin de retrouver et punir ceux qui s’en sont pris à sa famille. Qu’il ait vu la lumière ou qu’il soit tout simplement fou, sa femme Crystal (Dana Delany) penche pour la seconde option.

Création de Ben Watkins (Burn Notice, entre autres), Hand of God manque cruellement de ligne directrice et de chimie entre ses personnages en plus d’accumuler les histoires parallèles qui nous égarent plus que nous intriguent. Et c’est aussi tout l’aspect religieux qui est difficile à cerner au point où on se questionne sur sa pertinence pure et simple.

Froid et confus

Quelques mois plus tôt, Alicia a été victime d’un viol et ses bourreaux ont obligé PJ à assister à cette macabre scène. Sans que l’on soit au courant des événements qui ont conduit au drame, le jeune homme a décidé de mettre fin à ses jours, mais la vie ne l’a pas complètement quitté et depuis, il repose dans un coma et aucun des experts consultés ne croit qu’il s’en sortira. Si Alicia et Crystal se disent prêtes à ce que l’on « débranche » PJ, Pernell ne l’entend pas de cette oreille. C’est que le révérend Paul le persuade qu’il peut ramener son fils à la vie et gageons que le don de 50 000 $ de son protecteur le maintient dans cette conviction. Toujours est-il qu’aux côtés de PJ, Pernell entend des voix lui dictant des pistes à suivre afin de retrouver les auteurs du crime. Ainsi, il recrute KD (Garrett Dillahunt), un ex-bagnard aux tendances sadiques ayant lui aussi vu « la lumière » afin d’effectuer les basses besognes. Miracle, ils retrouvent le violeur qui avoue avoir été forcé par d’autres, mais ne peut en révéler plus puisque qu’il meurt des tortures infligées par KD.

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Le premier défaut que l’on pourrait attribuer à Hand of God est qu’elle manque de sentiments. Certes, le drame qui touche les Harris est atroce, mais il est déjà survenu lorsque la série commence et qui plus est, les protagonistes ont déjà cheminé (bien différemment) quant à la suite des choses. Alicia est prête à tourner la page et à dire adieu à son mari tandis que Pernell est déjà sous l’emprise du révérend Paul. La douleur qu’il a dû éprouver nous aurait rendu le personnage principal un peu plus humain, mais pour le moment, celui-ci ne pense qu’à se venger et semble plus obstiné que mortifié. On éprouve le même agacement à l’égard de son épouse Crystal. Pas une seule seconde on ne croit à son couple avec Pernell, qu’il s’agisse d’un mariage d’amour ou de raison et l’attitude trop distante par rapport à son fils dont la vie ne tient qu’à un fil n’est pas du tout crédible.

Hand of God, à défaut d’être une série en partie sur le deuil comme American Crime par exemple, aurait pu au moins être consacrée à l’enquête personnelle du père concernant les criminels et de la vengeance qui en découlerait, justement comme Revenge qui nous a donné de belles années en ce sens. Certes, il y a un peu de ça, mais on passe aussi beaucoup de temps sur une autre intrigue concernant le maire de la ville Robert Boston (Andre Royo) qui tient à faire construire le plus tôt possible un complexe immobilier commercial dans un parc de la ville. Pour ce faire, il doit récolter la signature de Pernell, impliqué dans la construction; ce qui s’avère sans succès pour le moment. Ajoutons en plus une poursuite judiciaire d’Alicia qui veut absolument débrancher son mari; on est donc en plein brouhaha, créant au sein des épisodes des genres multiples qui ne s’agencent pas du tout ensemble.

In Nomine Patris

Hand of God : avec un titre pareil, on s’attend à ce que la religion fasse partie intégrante du récit. C’est bel et bien le cas, mais comme l’écrit Todd WanDerWeff dans sa critique de la série : « The problem with all of this is that the show isn’t particularly interested in faith as it exists for so many people. Instead, it’s primarily interested in faith as a means to an end. » En effet, les indices supposément envoyés par dieu à Pernell n’ont d’autre but que de l’aider à mettre son plan de revanche en œuvre, occasionnant inévitablement des meurtres et dans quelques cas de la torture. Ici, dieu n’est qu’un « outil »; quelqu’un qui du point de vue scénaristique ne sert qu’à faire avancer l’enquête. Qu’on en juge par l’attitude de Pernell dont la foi retrouvée ne sert qu’à le conforter dans l’abnégation la plus totale. Il se définit lui-même comme étant Salomon et fait de KD son Benaiah : pourtant, il n’y a rien de bien spirituel là-dedans et cette fausse prémisse est accentuée par la relation supposément spirituelle qui le lie au révérend Paul. Espérons d’ailleurs à ce sujet que les téléspectateurs qui se rendront jusqu’à la fin de la série auront réponse à cette union parce que pour le moment, on peine à croire qu’un juge si brillant se fasse escroquer si facilement par un être aussi peu subtil.

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Voilà trois ans déjà qu’Amazon met plusieurs pilotes en ligne d’un seul coup et laisse voter le public. Les plus populaires ont ensuite droit à une saison complète, ce qui s’est produit avec Hand of God en 2014. Pourtant, après trois épisodes, le résultat est plus que décevant. Est-ce à dire que le public a mauvais goût? Bien sûr que non, mais on a beau recueillir l’aval populaire grâce à un seul épisode, comme en télévision, ça ne veut pas dire que la fiction tiendra la route jusqu’à la fin, ce qui n’est manifestement pas le cas ici. Que les amateurs de nouveautés en VSD patientent au 20 novembre alors que The Man in High Castle sera mis en ligne sur Amazon. Série elle aussi très prometteuse, dont la pilote a été le plus regardé de toute l’histoire de la franchise, il s’agit d’une adaptation du célèbre roman de Philip K. Dick, qui y réinvente l’Histoire alors que les nazis et les Japonais l’auraient emporté sur les Alliés à la suite de la Deuxième Guerre mondiale.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!