Narcos (2015): le très bon mix




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Narcos (2015): le très bon mix

Narcos est une nouvelle série de 10 épisodes qui ont tous été mis en ligne sur la plateforme de Netflix le 28 août.

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Celle-ci débute vers la fin des années 80 alors que Pablo Escobar (Wagner Moura), l’un des plus célèbres trafiquants colombiens de cocaïne est au faîte de sa gloire grâce à l’efficacité de son cartel le Medellin, lequel génère des profits se comptant en milliards de $ US. Mais justement et peut-être trop peu trop tard, le président Ronald Reagan décide de livrer une lutte sans merci contre ces criminels et dépêche dans le pays des agents de la DEA (Drug Enforcement Administration) afin de contrer le fléau. Escobar a beau dans un premier temps tenter de séduire les autorités puis ensuite créer un climat de terreur, inévitablement, l’étau se resserre autour de lui.

Réalisée par le brésilien José Padilha, Narcos navigue sans cesse entre la fiction et le documentaire, ce qui est tout à son avantage puisqu’on vit les moments les plus poignants de cette saga entre Escobar et les autorités, tout en nous offrant un portrait plus global et surtout complexe du trafic de la drogue. Et dans sa quête de séduction envers les Hispaniques, Netflix n’aurait pu mieux faire.

Trois points de vue

Le premier épisode fait des aller-retour entre 1979 et 1989 alors qu’Escobar est en train de solidifier ses réseaux de trafiquants. Non seulement il parvient à implanter d’imposants laboratoires où l’on fabrique la poudre blanche, mais il parvient aussi à s’attirer la sympathie de la population locale qui le surnomme « le Robin des bois des pauvres » puisqu’il donnait directement de l’argent aux citoyens les moins fortunés (en fait, incapable de déclarer tout cet argent au fisc, il a préféré s’en débarrasser). Sa vanité montre d’un cran alors qu’il essaie de se faire élire à la Chambre des représentants. Mais les Américains ne l’entendent pas de cette façon et envoient l’agent Steve Murphy (Boyd Holbrook) en Colombie et avec son partenaire Javier Pena (Pedro Pascal), ils parviennent à influencer le ministre des finances Rodrigo Lara (Adan Canto) de mener une lutte sans merci contre les narcotrafiquants, ce qui rend d’office Escobar persona non grata. Désormais condamné à vivre dans la clandestinité, le magnat sème dès lors la peur dans le pays en menaçant ou liquidant tout simplement les dirigeants politiques les plus virulents à son égard. Peu à peu, le rapport de force change et les beaux jours d’Escobar semblent comptés.

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À elle seule, l’histoire d’Escobar avec ses hauts et ses bas sied comme un gant à une série (télé) et le plus grand mérite de Narcos est de s’éloigner d’une forme de narration classique ou la fiction l’emporterait amplement sur la réalité. Nous savons que les années dépeintes ici constituent le gros de la « guerre » entre les narcos-trafiquants pour Escobar et la DEA incarné par Murphy. Cependant, on ne nous dépeint pas ce dernier comme étant le super héros acharné incarnant les illustrissimes valeurs de l’Amérique. En fait, il n’a aucune personnalité propre et c’est davantage l’agent que l’on suit plutôt que Murphy. De plus, c’est lui qui assure la narration omniprésente au cours des épisodes, ce qui lui confère une certaine neutralité. Voilà pour le premier point de vue.

Le second est assuré par Escobar et là non plus, on ne s’acharne pas à le rendre pire qu’il est. Certes, c’est d’abord et avant tout un mégalomane, à la limite un psychopathe qui fait peu de cas de la vie d’autrui du moment que ces intérêts entrent en jeu, il est l’auteur de crimes de milliers de personnes et sa vengeance ne connaît pas de bornes, mais c’est aussi un mari et un père de famille attentionné qui par-dessus tout ne digère pas d’avoir à fuir son pays pour sauver sa peau.

Le troisième point de vue est assurément le plus intéressant : ce sont toutes les images d’archives que l’on intègre au montage, le plus souvent en même temps que la narration de Murphy. À elles seules, elles traduisent tout un pan de l’histoire colombienne aussi peu reluisante que désespérée. Ici, on sort du duel entre Escobar et la DEA pour nous offrir un portrait plus global de cette situation complexe, mettant ainsi en lumière l’hypocrisie des États-Unis qui ne digèrent pas qu’autant d’argent net relié à la vente de drogues sorte du pays (c’est pourquoi Reagan se décide enfin à agir) ou encore le communisme pour le moment implanté au Guatemala et dont le mouvement similaire, le M-19 en Colombie constitue la vraie phobie des Américains. Et le sarcasme n’est jamais bien loin. Lorsque Murphy vient s’installer en Colombie, c’est tout un aria pour qu’il puisse passer les frontières avec son chat alors qu’en même temps transigent sans gêne des milliers de tonnes de cocaïne sous l’œil complaisant des douaniers.

Séduction hispanique et sous-titrage

Netflix a beau s’implanter dans de plus en plus de pays, reste que c’est dans un contenu plus local que le service s’attachera vraiment les cœurs à long terme et le marché hispanique est assurément le premier en ligne de mire. Après la série Club de Cuervos portant sur une équipe de football et tournée entièrement en espagnol, Narcos aussi tangue vers le marché hispanophone puisqu’en plus de raconter l’histoire d’un personnage marquant d’Amérique du Sud, la moitié (et même plus) des dialogues sont dans la langue locale. Évidemment, entendre Escobar et ses collègues parler entièrement en espagnol tombe sous le sens, mais les séries, en particulier américaines, privilégient toujours la langue anglaise quitte à ce que les protagonistes d’autres nationalités s’expriment dans la langue de Molière avec un accent, ce qui est franchement pénible. Et c’est à se demander pourquoi Netflix n’a pas usé de la même tactique avec Sense 8, quitte à ce que l’on passe beaucoup de temps à lire au bas de notre écran. Dans un marché plus « mainstream », c’est The CW qui avec Jane The Virgin l’automne passé a ouvert le bal puisqu’on peut ici proprement parler de série bilingue (anglais et espagnol). Alors qu’une coproduction française comme Versailles a décidé de tourner la vie de Louis XIV en anglais afin de séduire l’étranger, espérons que c’est le courant amorcé par CW et Netflix qui perdurera.

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N’ayant vu que six épisodes, on ne sait trop si la fin effective d’Escobar (qui a été assassiné en 1993) prendra fin au dixième épisode de la saison 1 de Netflix. Quoi qu’il en soit, Narcos a beau être en quelque sorte une histoire de lutte entre le bien et le mal, ce n’est pas l’assassinat du trafiquant qui pourrait empêcher Netflix de produire une seconde saison. Après tout, le créateur José Padilha a des projets à long terme en vue d’une ou plusieurs suites parce que malheureusement, le trafic de la drogue ne s’est pas arrêté avec la mort d’Escobar.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!