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Réfugiés syriens: la honte, les faits, l’action

Image d’horreur, image de honte. Aylan Kurdi, petit syrien de 3 ans gît sur le bord de l’eau, son petit corps recroquevillé, face contre terre. La photo a rapidement fait le tour du monde, suscitant tristesse, colère et indignation.

Aylan Kurdi

La famille du petit tentait de traverser la Méditerranée à partir de la Turquie pour atteindre l’île grecque de Kos. Devant de déferlement d’émotion et de controverse, il est ardu pour tout commentateur, même le plus aguerri, de garder la tête froide et de rappeler les faits. Or, si je comprends parfaitement les élans sentimentalistes de certains, je crois qu’il est également primordial, ne serait-ce que pour bien affronter l’avenir proche, de séparer le vrai du faux et l’émotion de la raison, dans la mesure du possible.

C’était à prévoir, mais je demeure tout de même consterné devant le nombre de commentaires blâmant directement les pays occidentaux pour la mort de ce petit garçon et l’inimaginable drame que vit sa famille. On parle de l’intervention des Américains et de leurs alliés en Syrie, on dit que les gouvernements occidentaux ont armé les rebelles qui cherchaient à déloger Bachar Al-Assad du pouvoir et on affirme que c’est ce qui a causé la montée de l’ÉI, tout en escamotant de façon très pratique le rôle joué par les monarchies pétrolières arabes du Golfe dans ce même désastre géopolitique.

Mais qu’aurait dû faire la communauté internationale, devant les exactions du dictateur Al-Assad ? Rien ? On aurait alors accusé l’Occident d’avoir fermé les yeux face à un bain de sang. Aurait-il mieux valu intervenir directement en sol syrien afin de détrôner le despote, comme ce fut le cas en Irak ? On aurait reproché à l’Occident de s’ingérer, encore une fois, de façon outrancière dans les affaires intérieures d’un pays et de répéter les erreurs de l’administration Bush. Il n’existait aucune bonne solution, tant pour les pays occidentaux que pour le Moyen Orient, lors des lendemains chaotiques du printemps arabe.

Mais évidemment, là ne sont pas les seuls griefs adressés aux pays occidentaux. On fustige l’Europe, les États-Unis et le Canada, car ils n’en font supposément pas assez pour accueillir des réfugiés syriens. Certains poussent même l’audace jusqu’à prétendre que le gouvernement canadien aurait refusé la demande d’asile de la famille du petit Aylan Kurdi, ce qui constitue un acte de désinformation d’une perfidie quasiment inégalée. De tels mensonges plaisent assurément aux journalistes de Radio-Canada/CBC, qui les utilisent pour se venger un peu plus du gouvernement Harper et de ses coupures, en plein campagne électorale. Dans les faits, la famille directe d’Aylan n’avait pas encore complété sa demande auprès du gouvernement canadien. Seul un des oncles du garçon était sur le point d’avoir complété sa demande, mais des informations manquaient toujours.

Puis vient la question du nombre de réfugiés accueillis. Le Canada en a déjà accueilli 2 300 et prévoit en accueillir beaucoup plus. L’Allemagne projette déjà d’en accueillir à elle seule plus de 800 000. Les autres pays européens, il est vrai, sont loin derrière. Cependant, il importe de comprendre que certains d’entre eux sont déjà dans une situation économique extrêmement précaire. La Grèce, la Macédoine, la Roumanie et la Hongrie ont toutes les misères du monde à faire face au flot ininterrompu de migrants arrivant par dizaines de milliers en leurs terres.

Bachar Al-Assad

Bachar Al-Assad

Mais que font l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn, l’Oman et le Koweït, voisins arabo-musulmans de la Syrie ? Réponse: rien ! Absolument rien ! Ces monarchies pétrolières et théocratiques aux lois très strictes, craignant que les Syriens, les Turcs et les Irakiens ne viennent « empoisonner » leurs sociétés, refusent toujours obstinément d’ouvrir leurs portes à leurs voisins désespérés fuyant la guerre. Ces pays riches à craquer sont les moins accueillants et les moins généreux, alors que les Syriens vivent près d’eux et partagent leur langue, leur culture et souvent leur religion. Mais nos médias, nos politiciens et les « commenteux » du web préfèrent déverser leur fiel sur l’Occident, qui pourtant en fait déjà beaucoup.

Une telle attitude est bien évidemment symptomatique de cette propension détestable à l’auto-flagellation qu’ont les Occidentaux, particulièrement chez ceux qui s’identifient à des mouvements « progressistes ». Une certaine frange de la gauche occidentale ne recule devant rien pour fustiger, calomnier et vomir sa terre natale, même si elle doit, pour ce faire, instrumentaliser l’horreur la plus absolue.

Après l’horreur, la rage, les larmes et les cris, quelles actions doivent être prises, devant des problèmes aussi complexes ? Quel chemin emprunter, lorsque tout semble indiquer une crise longue, pénible et quasiment insoluble ? Dans l’immédiat, il me semble évident que le Canada peut effectivement accueillir plus de réfugiés, sans toutefois ouvrir toutes grandes les portes et se perdre dans les dédales de la charité mal organisée. Le bon sens dicte également qu’il faut à tout prix éradiquer la menace représentée par l’État islamique, dans cette région. La Russie planifie déjà une action militaire directe. D’autres pays se joindront-ils à cet effort, malgré leur antipathie marquée pour le régime de Vladimir Poutine ? Assisterons-nous à des alliances improbables ?

Pour l’instant, une seule chose me semble claire, même si c’est bien peu: si l’impérialisme occidental n’a jamais été une force uniformément positive dans le monde, la culpabilité occidentale, elle, n’a jamais donné quoi que ce soit de bon. Agir contre la misère et le terrorisme n’est pas une question de dette morale, mais de devoir moral.

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Evan J. Demers

Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.