Blindspot : en espérant que ça ne s’essouffle pas




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Blindspot : en espérant que ça ne s’essouffle pas

Blindspot est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes de NBC aux États-Unis et CTV au Canada.

Blindspot nbc

Pour ceux qui par miracle n’ont pas vu les incessantes promotions entourant la production, la fiction s’ouvre à Time Square alors qu’un sac où il est écrit « To FBI » est retrouvé abandonné et dans lequel se trouve une femme nue et tatouée sur tout le corps. Après analyse, il se trouve qu’elle a été droguée à un point tel où elle ne se souvient même plus qui elle est. Un tatou au dos de cette « Jane Doe » (Jaimie Alexander) a cependant de quoi attirer l’attention : il y est écrit en grosses lettres le nom de Kurt Weller (Sullivan Stapleton), lui-même agent du FBI. Après analyse, il s’avère que tous les autres dessins sur son corps font référence à divers attentats imminents menaçant les États-Unis.

Si le plan en allumant la télé lorsque’est diffusée Blindspot est de se détendre, c’est peine perdue: la série regorge de scènes d’action et d’enjeux qui nous laissent constamment sur le bout de notre chaise. Et si après trois épisodes on nous tient toujours en haleine, on a quelques réserves quant à cette fiction sur le long terme, à défaut d’accorder notre confiance aux scénaristes.

Des énigmes sur la peau

Blindspot

On a beau essayer les tests d’ADN, lancer une alerte dans les médias : personne ne connaît Jane… ou se manifeste. Bien que la drogue qu’on lui ait administrée soit très puissante, il n’est pas exclu que l’inconnue recouvre lentement la mémoire, du moins en partie. Pour le moment, on analyse ses tatous et l’un d’entre eux nous conduit à la demeure d’un terroriste chinois, Chao (Yung-I Chang) et c’est là qu’elle réalise que non seulement elle parle la langue, mais qu’elle sait très bien se battre et tirer, comme si elle avait été dans l’armée auparavant. Elle et Kurt parviennent à stopper Chao, mais celui-ci est assassiné avant qu’il n’ait pu déballer son sac. Puis, les missions continuent dans les deux épisodes suivants, l’une impliquant un militaire atteint de troubles de stress post-traumatique qui en a contre l’armée et l’autre concernant un chef de gang se trouvant à l’hôpital et menacé de mort par ses anciens compatriotes. Évidemment, tous ces cas ont à voir avec les tatous de Jane et au contact de tous ces malfrats, la mémoire lui revient tranquillement, tout comme Kurt qui développe une théorie solide sur son identité.

Dès le départ, la série nous évoque The Blacklist de la même chaîne, mais qui jusqu’à l’hiver dernier était diffusée dans l’exacte même case horaire de NBC. L’action est rapide, le personnage principal est pour ainsi dit placé en interrogatoire devant plusieurs agents du FBI et chaque semaine cette équipe doit faire des pieds et des mains pour attraper le criminel/terroriste. Mais à la différence de la fiction mettant en vedette James Spader et Megan Boone, une bonne partie de l’intrigue concernant Blindspot est orientée vers un but qui évolue sans cesse d’épisode en épisode, s’éloignant par là de la formule beaucoup trop procédurale que sa précédente. En effet, il ne s’agit pas seulement ici d’attraper des terroristes, mais bien de savoir qui est Jane Doe et pourquoi on l’a délibérément remise au FBI. Et ce qu’il y a de plus intéressant à son sujet est que ni elle ni nous ne connaissons sa vie antérieure et certains flashbacks nous laissent penser qu’elle aurait été de connivence avec les terroristes qu’elle combat maintenant.

De plus, le volet enquête ici est lorsqu’on étudie un certain tatouage en particulier nous menant vers une piste, ce qui n’occupe pas tant de minutes par épisode, lesquels privilégient davantage les scènes d’action très divertissantes, qu’il s’agisse d’un combat au sommet de la statue de la Liberté, d’une fusillade dans un hôpital ou encore d’explosions qui sévissent un peu partout dans la ville. L’adrénaline est à son comble, mais la question est, pour combien de temps…

Valable au long terme?

Certes, on est loin de s’endormir dans Blindspot, mais il reste plusieurs épisodes à la saison et vu son succès, elle a de bonnes chances d’être renouvelée. La question est de savoir si la série a plus d’une corde à son arc. C’est qu’en trois épisodes, tous ceux qui auraient pu donner quelques informations à Jane quant à son passé se font tuer un millième de seconde avant qu’ils n’ouvrent la bouche et tous les malfrats qu’elle et l’équipe du FBI poursuivent sont des kamikazes.

Blindspot+Monday+1200

De plus, les attentats prévus de semaine en semaine sont forcément orchestrés par une seule et même personne puisqu’on imagine que Jane s’est fait tatouer en une seule fois. Pourquoi en toute logique cet être vengeur tient-il à informer le FBI de ses projets? Et comme « par hasard », ses membres déchiffrent chaque semaine le tatou en lien avec l’attentat du jour. Ça génère peut-être de la bonne télévision, mais afin d’être plus cohérent, il aurait peut-être fallu adopter une formule à la 24 afin de justifier cette urgence constante d’agir. En misant trop sur ces scènes d’action incessantes, on oublie de s’occuper des personnages. Comme l’écrit Alan Sepinwall dans son article : «Because she doesn’t know who she is, Jane is less a character than a plot device » et quant à son partenaire Kurt, à part héberger sa sœur et son neveu, en plus de théoriser sur les origines de son acolyte, il ne nous offre pas grand-chose d’intéressant.


À l’image de The Blacklist qui après trois saisons reste relativement stable, et ce, en plus d’un changement à sa case horaire, NBC a la main heureuse lorsqu’il s’agit de développer des fictions à rythmes effrénés puisque Blindspot a attiré 10,6 millions de téléspectateurs pour son pilote avec un taux de 3,1 chez les 18-49 ans. La semaine suivante, c’est tout juste si l’auditoire a baissé en se retrouvant à 9,11 et un taux de 2,6. Au troisième épisode, on peut déjà évoquer la stabilité puisque 9,06 répondaient toujours à l’appel (taux 2,4). Reste à savoir si la chaîne nous embarque dans un long terme crédible ou non.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!