Limitless (2015):... mais paresseuse




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Limitless (2015):… mais paresseuse

Limitless est une nouvelle série diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada.

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Dès le départ, on entre dans le vif du sujet avec le personnage principal Brian Finch (Jake McDorman), un trentenaire sans carrière stable si on exclut son groupe de musique… formé que de lui. Un jour, il croise Eli (Arjun Gupta), un ancien ami, qui maintenant travaille dans une prestigieuse firme d’avocats. La clé de son succès? Il prend régulièrement une pilule de TMZ-48, une drogue ultra-puissante capable de stimuler le cerveau à son plein potentiel. Il en offre un exemplaire à Brian, ce qui provoque les mêmes effets chez lui, sauf que quelques jours plus tard, Eli est retrouvé assassiné et le FBI croit que son ami est le coupable. Brian doit donc sauver sa peau et par la suite, accepte de collaborer avec les autorités afin de résoudre des crimes complexes.

Adaptation d’un film éponyme de 2011, lui-même inspiré de la nouvelle The Dark Field d’Alan Glynn, Limitless est un produit typiquement « CBS » : aussi stimulant qu’une plante verte, formatée au possible et par ricochet prévisible. Le pire, c’est qu’avec une prise de risque aussi minimale, la chaîne pourrait bien gagner son pari, ce qui est à peine concevable en 2015.

CBS à la chaîne

Brian est pleinement conscient que c’est grâce à la TMZ qu’il devient tout à coup un génie. Et bien qu’il veuille se disculper de meurtre, il continue à prendre ses médicaments en espérant qu’ils l’aideront à diagnostiquer son père, atteint d’une maladie qui laisse les médecins dubitatifs. Seulement, cette drogue a des effets pervers comme de créer une forte dépendance en plus d’abréger fortement l’expérience de vie. Là encore, Brian a de la chance. À l’insu de tous, il est présenté au sénateur Eddie Morra (Bradley Cooper, le héros du film éponyme) qui doit son succès à la prise journalière de cette drogue, mais aussi d’un vaccin qui neutralise tous les effets néfastes du TMZ pour sa santé. Pour d’obscures raisons, il décide d’en faire bénéficier Brian et le FBI, voyant qu’il réagit si bien à la drogue, le garde dans ses quartiers afin d’effectuer toutes sortes de tests médicaux. Tant qu’à y être, le protagoniste n’a qu’à se rendre utile et c’est en compagnie de l’agent Rebecca Harris (Jennifer Carpenter) qu’il résout plusieurs crimes, impliquant notamment un chef d’armée ayant créé un virus grâce à une manipulation génétique et le meurtre d’un agent du FBI à la retraite en lien avec un cartel de la drogue.

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CBS a le don de transformer tout ce qu’elle touche en série procédurale et manifestement, adapter au petit écran le film du même nom n’était qu’un coup de pub : on ne retient grosso modo que 5 % de la prémisse originale pour en faire une fiction d’enquêtes alors que la présence de la star Bradley Cooper que l’on a pu voir dans la création originale y effectue des présences éclair de 5 minutes tout au plus.

Et la chaîne a beau être la reine des procédurales, notons des phrases aberrantes (You run like a rabbit, and now, you’re gonna die like a snake ») en plus de plusieurs petits trous dans le scénario qui énervent et des enquêtes ne sont guère engageantes. Dans le premier épisode par exemple, l’agente Carpenter va voir les parents de Brian alors qu’il est recherché pour meurtre et leur avoue qu’il est désormais prisonnier d’une drogue hautement addictive. Bien que leur fils soit blanchi par la suite et travaille avec elle, il continue à prendre le TMZ et les parents, souffrant visiblement d’alzheimer, ne s’en soucient plus vraiment, et ce, bien qu’il passe d’artiste raté à expert dans tous les domaines. Dans le second épisode, la paire a déniché le suspect, mais manque de preuves. Brian se rend auprès des employés du patron tyrannique et leur dit que s’ils veulent s’en débarrasser, ils n’ont qu’à lui envoyer quelque chose qui établirait un lien entre lui et la victime. Et en moins d’une seconde, les employés, peu portés sur l’éthique, lui envoient plusieurs documents (confidentiels) et l’homme est arrêté.

« Du moment qu’on trouve le criminel… »

C’est justement ce manque de cohérence ou alors cette volonté trop évidente de ne se limiter qu’au genre policier qui a tôt fait de rendre Limitless insipide. En entamant le pilote, on constate que Brian devient enfin quelqu’un d’accompli; intelligent, allumé… et surtout drogué. Et rapidement, sa dépendance s’accroît et jamais il n’en fait tout un plat. Il a encore moins de raisons de s’inquiéter puisque Morra lui donne un vaccin lui permettant de se droguer ET de rester en santé. Ses quelques remords sur sa dépendance s’estompent rapidement au moment où est amené à travailler pour le FBI et la seule fois où il semble tout remettre en question est lorsqu’il rencontre une ancienne flamme, Dana (Analeigh Tipton) et se demande si elle l’aime pour son intelligence qui le résultat des drogues ou simplement sa personnalité (d’ailleurs, Tipton jouait sa petite amie dans Manhattan Love Story d’ABC l’automne dernier, série annulée après seulement quatre épisodes = clin d’œil de CBS à une station rivale ou erreur de casting?). Et le côté amoral de la série de Limitless ne s’arrête pas là : Brian accepte de coopérer avec le FBI à la seule condition qu’on trouve un foie pour son père condamné. On ne sait trop comment, mais les agents réussissent ce tour de force, privant ainsi quelqu’un de plus jeune et ayant attendu plus longtemps un organe si rare…

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Une histoire issue d’un film, mettant en scène un jeune homme aux pouvoirs spéciaux qui se joint à une agente représentant les forces de l’ordre pour attraper les criminels, la prémisse est en tous points semblables à celle de Minority Report, une autre série automnale. Alors qu’on spécule sur la date d’arrêt de la nouveauté de Fox, Limitless s’en tire assez bien : 9,86 millions de téléspectateurs pour le pilote, 9,73 pour le second épisode et 9,57 pour le troisième. Des chiffres étonnamment stables, d’autant plus que le taux chez les 18-49 ans est resté sensiblement le même depuis son lancement (de 1,9 à 1,7 pour les trois premières diffusions). Avec des scores pareils, il n’y a aucune raison pour que la série n’obtienne pas le feu vert pour une saison de 22 épisodes. À n’y rien comprendre.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!