Quantico : comment résister?




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Quantico : comment résister?

Quantico est une nouvelle série diffusée depuis la fin septembre sur les ondes d’ABC aux États-Unis et CTV au Canada et qui se déroule sur deux espaces-temps : un de nos jours alors que New York a été (encore) la cible d’attentats sauvages et l’autre, neuf mois plus tôt à l’académie de Quantico en Virginie où l’on forme de nouvelles recrues du FBI.

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L’une d’entre elles, la très intelligente Alex Parrish (Priyanka Chopra), a survécu au drame, mais pour aussitôt se faire accuser par son supérieur Liam O’Connor (Josh Hopkins) d’être responsable de l’attaque. Grâce à son mentor Miranda Shaw (Aunjanue Ellis), elle parvient à s’échapper et dois dès lors tenter de trouver le véritable coupable… qui se trouve vraisemblablement parmi ses collègues d’alors.

Création de Joshua Safran (Smash, Gossip Girl), Quantico est assurément la série de l’automne la plus excitante lorsqu’on ne prend qu’en compte les nouveautés des grands networks. C’est cet habile mélange d’action, de mélodrame, de rebondissements et de mystères que l’on parvient à garder intacts, du moins au cours des trois premiers épisodes et encore une fois, ABC se démarque non seulement par l’approche originale de ses séries, mais aussi pour la diversité autant sexuelle qu’ethnique de ses personnages : et le public le lui rend bien.

L’Aiguille dans une botte de foin

Le pilote de Quantico est non seulement chargé en émotions, mais surtout en personnages principaux puisque l’on réussit la lourde tâche de nous présenter avec autant de profondeur que possible les sept protagonistes lorsque ceux-ci simulent entre eux un interrogatoire dans le cadre de leurs cours à l’académie. Il y a bien évidemment Alex qui lorsqu’elle était jeune fille a assassiné son père, lequel, alcoolique, était violent envers sa mère (Anna Khaja). Cependant, elle découvrira plus tard qu’il était en fait un héros au sein du FBI et qu’il a longtemps travaillé avec Liam. Puis, il y a Ryan North (Jake McLaughlin), qui est en fait déjà un agent du FBI sous couverture chargé d’espionner Alex; Shelby Wyatt (Johanna Braddy), qui cherche à venger ses parents qui sont morts lors de l’attentat du 11 septembre 2011; Simon Asher (Tate Ellington), homosexuel, juif et issu d’une famille sioniste; Caleb Haas (Graham Rogers), qui a lamentablement échoué à sa première mission, mais qui a été rappelé par ses supérieurs en tant qu’analyste; Nimah et Raima Amin (Yasmine Al Massri), deux sœurs jumelles musulmanes qui se font passer pour une seule personne et intégrées à Quantico par Miranda et finalement Natalie Vazquez (Anabelle Acosta) qui n’est entrée en scène qu’au deuxième épisode, mais qui de toute évidence est la principale compétitrice d’Alex. Après l’attentat, on sait que tout ce monde a fait chemin à part, mais on ne sait pour le moment où ils en sont dans leur vie et c’est Alex, toujours en cavale, qui parvient à les recontacter un à un afin de faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé.

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Avec les autres grands networks qui, on dirait, se sont donné le mot pour rivaliser à coup de procéduraux tous pareils les uns des autres dans le cadre de leurs nouveautés d’automne, c’est encore vers ABC qu’il faut se tourner pour trouver du contenu un tant soit peu original, mais en même temps très familier lorsqu’on regarde assidument les autres fictions de la chaîne. C’est que l’arc narratif n’est pas sans nous rappeler How to Get Away With Murder qui entame cette année sa deuxième saison et qui prend un plaisir stratégique à jouer avec l’espace-temps alors qu’on vivote entre deux trames narratives de neuf mois d’écart. Dès lors, c’est davantage de savoir comment on se rendra du point A au point B qui importe et qui nous donne bien entendu l’envie de poursuivre l’aventure. Mais là ou se démarque cette nouveauté de la série de Shonda Rhimes est que la finalité en soi, l’attentat, n’est en fait que le début d’une nouvelle enquête puisque la principale suspecte doit toujours s’affairer à trouver le vrai coupable.

Du côté mélodramatique, on est bien servi puisque ce que l’on apprend des agents n’est en fait que la pointe de l’iceberg et l’on nous arrive toujours avec de nouvelles révélations et rebondissements les concernant. D’ailleurs, le climat de suspicion est présent dès le départ et tous feignent une camaraderie qui en fait ne vise qu’à percer les secrets des autres. L’heureux dilemme pour le téléspectateur n’est pas d’identifier la recrue qui aurait trahi Alex, mais bien de trouver celle qui ne l’aurait pas fait. Et c’est sans compter cette adrénaline composée de nombreuses poursuites, bagarres et cascades spectaculaires qui donne cette plus-value à une fiction qui pourrait bien devenir un rendez-vous hebdomadaire incontournable.

ABC loin devant

Depuis quelques années déjà, il n’est plus rare de rencontrer des protagonistes noirs dans des rôles principaux à un point tel où l’on pourrait qualifier le phénomène de nouvelle norme. Chez Fox, on a une Hispanique (Annalise dans Rosewood) et deux Afro-américains (Beaumont dans la même série et Lara dans Minority Report). Chez NBC, on a fait appel à Wesley Snipes pour jouer Mr. Johnson dans The Player et le casting de Truth to be Told comprend une Hispanique et un couple afro-américain. À CBS, c’est blanc, blanc, blanc si l’on excepte Code Black avec une belle diversité culturelle, quoique ce ne soit pas le cas pour son personnage principal interprété par Marcia Gay Harden. Quant à la diversité sexuelle, on est comme d’habitude très mal servi. Mis à part Sam, un personnage très secondaire à tenir un rôle de lesbienne dans Scream Queens à Fox, et « Mama », tout aussi peu important dans Code Black, c’est le néant sur les grands réseaux.

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Comme d’habitude, il faut lorgner du côté des séries d’ABC pour trouver une représentation adéquate de la population américaine. Le personnage principal de Dr Ken est asiatique et si Blood & Oil reste très « blanche » (d’ailleurs, elle ne devrait pas tarder à être annulée), Quantico vient largement compenser. Afro-américaine, hindoue, arabe, on se permet même d’y ajouter non pas un, mais deux personnages gais. En même temps, ceux-ci ne sont pas pour autant des porte-étendards de leurs nationalités : ils sont traités comme n’importe quel autre avec des intrigues qui ont pour but de faire avancer l’histoire, pas d’éduquer le téléspectateur. On a dépassé ce stade et c’est le meilleur moyen de faire évoluer les mentalités.

Quantico a connu un bon départ avec 7,14 millions de téléspectateurs et un taux de 1,9 chez les 18-49 ans. En deuxième semaine, ce même taux est resté inchangé et un auditoire de 6,98 suivait toujours la série en direct. Et même si on note une baisse pour le troisième épisode (5,75, taux de 1,6), en additionnant le taux d’enregistrement en plus de la reprise du mardi, les chiffres doublent presque et le taux des 18-49 ans est même passé à 3,4 pour le pilote, ce qui est énorme. Sans surprise, dans la semaine du 12 octobre, ABC a annoncé que Quantico aurait droit à une saison complète; c’est la deuxième série des Network après Blindspot à obtenir ce gratifiant feu vert. Quant aux annulations, elles se font toujours attendre.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!