The Martian ou quand l'effet de la science dicte les faits de la fiction...




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The Martian ou quand l’effet de la science dicte les faits de la fiction…

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Seul au monde (Cast Away) est un film de survie à l’échelle insulaire, ce que Seul sur Mars (The Martian) en est un à l’échelle planétaire. Ainsi, dans cette odyssée de l’espace réalisée par Ridley Scott, le nombre de problèmes s’élève à la puissance 10, ce qui oblige l’astronaute joué par Matt Damon à redoubler d’efforts pour tenter de survivre.

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The Martian adapte le roman de science-fiction éponyme d’Andy Weir paru sous format papier en 2011. C’était sa première publication à titre d’auteur et il a dû effectuer des recherches approfondies afin de rester aussi scientifiquement précis que possible. En effet, son histoire touche de près des sujets complexes tels que le vol spatial habité, la mécanique orbitale, les conditions météorologiques martiennes et la botanique.

Voici les grandes lignes :

    Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort par ses coéquipiers après qu’une tempête de sable ait forcé un décollage d’urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile dont la température moyenne à la surface est de -63°C (la moyenne sur Terre est de 14°C). Il va devoir faire appel à son ingéniosité pour trouver un moyen de contacter la Terre située à 225 millions de kilomètres!

Dans la bande-annonce, le protagoniste résume bien la précarité de sa situation : « Il faudrait quatre ans à une mission habitée pour me rejoindre et j’occupe un habitat conçu pour durer 31 jours… »

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Ridley Scott est reconnu pour son perfectionnisme et sa propension au réalisme, notamment en ce qui a trait à la reconstitution historique de ses décors et de ses costumes, malgré une carrière en dent de scie composée de succès (Alien, Blade Runner, Gladiator, American Gangster) et d’insuccès (Prometheus, Exodus: Gods and Kings, Robin Hood, Legend). Il n’est donc pas surprenant qu’il ait travaillé en étroite collaboration avec la NASA pour veiller au soin de chaque détail, pas plus surprenant qu’il soit déjà au courant de la présence d’eau salée à la surface de Mars, tel que rendu public dans les médias plus tôt cette semaine. Une belle publicité pour le film, quoi.

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Petit rappel. Dans une conférence de presse diffusée sur Internet le lundi 28 septembre 2015, à partir de 17h30 (heure de Paris) et 11h30 (heure du Québec), les scientifiques Lujendra Ojha (l’institut technologique d’Atlanta), Mary Beth Wilhelm (le centre de recherche d’Ames en Californie et l’institut de technologie de Géorgie) et Alfred McEwen (le responsable de l’instrument d’imagerie HiRISE) ont exposé les conclusions de leur étude publiée dans la revue scientifique britannique Nature Geoscience sous le titre « Preuve spectrale de la présence de flux de sels hydratés saisonniers sur Mars ».

Les trois chercheurs y expliquent l’apparition ponctuelle de zébrures visibles sur certaines pentes de cratères martiens, notamment dans la région de l’équateur, des formations géologiques appelées Recurring Slope Lineae (RSL). Ces dernières, observables par l’instrument HiRISE (caméra embarquée à bord de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter), auraient été formées par de l’eau liquide et saumâtre qui revient durant l’été lorsque la température grimpe entre -23,15 et -0,1°C. Leur origine est-elle atmosphérique ou souterraine? Cela reste à déterminer.

Advenant une exploration de ces zones, le robot devra être parfaitement stérile pour éviter toute contamination. Or, le processus de stérilisation est dispendieux et représente une fraction non négligeable du prix d’un rover. En d’autres mots, la quête de l’or bleu sur la planète rouge coûtera des billets verts… Fin du rappel.

Revenons à The Martian. Scott et Weir évitent quelques raccourcis narratifs comme le sommeil cryogénique ou la vitesse supraluminique, certes, mais ne sont pas infaillibles dans leur souci de vérité. En voici deux exemples :

    – Selon Scott Hubbard (un spécialiste de Mars), la tempête au début du film n’aurait pas pu faire des dégâts aussi considérables. L’atmosphère martienne ne permet pas des vents d’une telle puissance et une tempête ne serait probablement pas perceptible pour un astronaute. Au moins, cette tempête a été filmée en n’ayant recours à aucun effet spécial grâce à des ventilateurs géants et beaucoup de poussière!
    – Selon Bruce Bugbee (le directeur du département de la flore, du sol et du climat de l’Utah State University), jamais Watney n’aurait pu faire pousser des pommes de terre en mettant des déjections brutes sur ses plants. Il aurait dû les traiter d’abord avec un composteur afin de se débarrasser des bactéries inutiles et parfois nocives.

L’astronaute Rex Walheim a dit : « Ce que nous aimons dans ce film, c’est qu’il montre comment on doit penser avec un, deux ou trois coups d’avance. »

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Ne lisez pas le paragraphe qui suit si vous n’avez pas vu Interstellar de Christopher Nolan et que vous avez l’intention de le voir. Matt Damon (Good Will Hunting, Saving Private Ryan, The Departed, la trilogie de Jason Bourne) était tout désigné pour donner vie à Mark Watney, un personnage qui a plus d’un tour dans son sac et plus d’une corde à son arc. Après tout, l’an dernier, l’acteur de 44 ans tenait un rôle secondaire très similaire dans le film de Nolan, celui d’un astronaute abandonné sur un sol autre que celui de la Terre, comme si les planètes s’alignaient pour ce rôle principal dans ce plus récent long métrage de Scott.

Cela dit, Damon est très à l’aise dans ce huis clos infiniment grand. Son scaphandre lui sied bien, lui qui s’est retrouvé cinq semaines seul sur le plateau de tournage.

Autour de lui gravitent des acteurs et des actrices qui font leur travail efficacement sans lui faire de l’ombre : Jeff Daniels (Dumb & Dumber, Dumb & Dumber De), Chiwetel Ejiofor (12 Years a Slave, Children of Men), Michael Peña (Ant-Man, Fury) et Sean Bean (The Lord of the Rings: The Fellowship of the Ring, GoldenEye) d’un côté, Jessica Chastain (Zero Dark Thirty, The Tree of Life), Kate Mara (Fantastic Four, 127 Hours) et Kristen Wiig (The Secret Life of Walter Mitty et bientôt Ghostbusters) de l’autre. À noter que Chastain incarnait Murph dans Interstellar.

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Sur la planète cinéma, Mars a toujours été représenté avec plus ou moins de sérieux, à cause tantôt d’une esthétique maladroite, tantôt d’une idée de départ douteuse. En attestent depuis vingt-cinq ans les Ghosts of Mars, Red Planet, Mission to Mars, Doom, Watchmen, The Last Days on Mars et autres John Carter. Seul Total Recall n’est pas, pour ainsi dire, réduit à l’état d’une paréidolie cinématographique…

Un film de science-fiction n’est pas à la portée de tous les réalisateurs, surtout quand l’entreprise vise à faire osciller l’aiguille du côté de la science et non du côté de la fiction. De grands noms ont réussit l’exploit de mener à terme ce genre d’entreprise purement cinématographique. Je pense notamment à Stanley Kubrick (2001: A Space Odyssey), Christopher Nolan (Interstellar), Alfonso Cuarón (Gravity) ou encore Ron Howard (Apollo 13).

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Watney n’est pas qu’un simple botaniste. Il est aussi un pense-à-tout, un colonisateur martien, un spatiopirate. Il résout à lui seul des problèmes que les plus grands cerveaux sur Terre ne pensent pas. Le rapport de cause à effet entre les péripéties est à l’image d’une bombe artisanale à la fin du film : bricolée beaucoup trop facilement et rapidement…

Bref, The Martian propose des solutions vraisemblables et non réalistes aux défis auxquels fait face l’astronaute. Les spectateurs mal informés n’y verront que du feu, surtout ceux qui pensent encore qu’un aller simple vers la planète rouge est possible dans les années à venir, les mêmes qui oublient qu’aucun être humain n’a mis le pied sur la Lune depuis 43 ans!

Si vous avez aimé Cast Away et Apollo 13, je vous recommande ce plaidoyer en faveur du végétalisme signé Ridley Scott. Il ne lui manquait qu’une friteuse!

Verdict : 7,5 sur 10

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca