Vote à visage couvert: la sacdepatatophobie aka le patategate




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Vote à visage couvert: la sacdepatatophobie aka le patategate

Ils se terrent parmi nous, n’attendant que le bon moment pour distiller leur haine de l’autre sur les réseaux sociaux. Ce sont nos parents, nos amis, nos voisins. Leur intolérance n’a d’égale que leur irrespect des valeurs les plus fondamentales de la société canadienne. Ils sont hargneux, fielleux, même racistes. Ils sont sacdepatatophobes !

Ô grand dieu Patate, je me prosterne devant toi. Dessin: LJ Landriault

Ô grand dieu Patate, je me prosterne devant toi. Dessin: LJ Landriault

Oui, mesdames et messieurs, la sacdepatatophobie est un mal grave qui afflige présentement notre société ! Les sacdepatatophobes n’ont que faire des convictions les plus profondes de citoyens pourtant inoffensifs, qui ne souhaitent que coexister en paix avec le reste de la société, dans le respect le plus absolu de la Charte des droits et libertés.

Petit rappel, pour ceux qui ne comprendraient pas de quoi il en retourne: depuis l’ouverture des bureaux de scrutin pour le vote par anticipation, vendredi, des centaines de citoyens ont eu l’idée de se présenter masqués pour voter, afin de signifier leur désaccord face à la permission de voter à visage couvert. Bien évidemment, ils sont aussi nombreux à le faire pour s’insurger contre le jugement de la Cour fédérale ayant permis à Zunera Ishaq, musulmane d’origine pakistanaise, d’obtenir sa citoyenneté canadienne en portant le niqab, voile recouvrant tout le visage à l’exception des yeux.

Tout de suite, les gardiens de la bien-pensance bobo ont déversé un torrent d’eaux usées sur ces électeurs protestataires. On les ridiculise, on les insulte, on les traîne dans la boue, on les traite de tous les noms. On dit qu’ils sont « la risée de toute une nation », qu’ils sont « épais ». Pourtant, ce qui est profondément épais, dans les faits, est ce qui a permis l’émergence de ce phénomène en premier lieu: l’inaction de notre classe politique et l’interprétation ridiculement élastique de la liberté de religion par nos juges.

Au Canada, la liberté de religion est quasiment absolue. À peine s’encombre-t-elle de quelques mesurettes pseudo- sécuritaires, comme l’étui en bois dans lequel le petit sikh est censé sceller son kirpan avant de le porter à l’école. Au pays de Trudeau père, on peut presque tout faire au nom d’une « croyance sincère », critère suprême permettant d’établir la légalité ou l’illégalité d’une tenue ou d’un rite religieux. Le multiculturalisme étant au coeur de notre Constitution, il s’avère encore plus difficile de refuser à qui que ce soit l’exercice de cette « croyance sincère » lorsqu’il s’agit d’un membre d’une communauté religieuse minoritaire. Au Canada, c’est à la majorité de s’adapter à toutes les minorités et non l’inverse. Ressentant en permanence les pressions combinées du multiculturalisme et d’une liberté de religion sans limite, la société canadienne finit par céder, jour après jour, devant chaque revendication religieuse minoritaire, même la plus insensée et la plus contraire à ses traditions, son histoire et sa culture.

Mais revenons aux sacs de patates pour un moment. Nos chevaliers de la justice sociale (SJW) prétendent qu’il existe une différence évidente entre le port du niqab et le vote à visage couvert de toute autre nature. Le premier ne serait que l’expression d’une religion ne faisant de mal à personne, tandis que le second constituerait un acte de moquerie haineuse envers les musulmans. Sauf qu’en très grande majorité, les gens qui se présentent masqués à leurs bureaux de scrutin ne visent justement pas l’islam, ni les musulmans, mais plutôt notre gouvernement et nos institutions démocratiques. Qui plus est, si le niqab est l’expression d’une conviction religieuse ou d’une tradition culturelle, le port du masque pour aller voter est l’expression d’une conviction politique et d’une indignation légitime. Le fait que ce ne soit pas la forme d’indignation que la gauche aimerait voir poindre à l’horizon n’a aucune espèce d’importance. La population est entrain de dire à son gouvernement qu’elle rejette le laxisme de nos institutions et elle exprime ce rejet par l’absurde, en montrant à nos dirigeants la jolie mascarade qu’ils ont provoquée par leur inaction et leur incapacité à comprendre le bon sens le plus élémentaire !

La sac-de-patatophobie doit être dénoncée

Le mépris affiché par une certaine gauche progressiste envers les électeurs masqués contraste vivement avec sa façon de traiter la question du niqab. D’un côté, cette gauche fait preuve de respect intégral envers les us et coutumes de la communauté musulmane, se drapant dans les droits et libertés. Tous ceux qui osent remettre en question la légitimité de telles pratiques sont immédiatement taxés d’intolérance. Cependant, lorsque d’autres citoyens choisissent d’utiliser ces mêmes droits et libertés pour dénoncer ce qu’elle perçoit comme une aberration dans le système, la belle tolérance de nos vaillants inclusifs se transforme aussitôt en moquerie et en dédain. En résumé, l’intolérance est insupportable aux yeux de la gauche progressiste inclusive, sauf lorsqu’elle-même devient intolérante….. et sacdepatatophobe !

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Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.