Code Black : y’a pas urgence, mais…




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Code Black : y’a pas urgence, mais…

Code Black est une nouvelle série diffusée depuis la fin septembre sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada.

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L’action se déroule à l’hôpital Angels Memorial de Los Angeles alors que les doyens de l’unité, le Dr Neal Hudson (Raza Jaffrey) et plus particulièrement la Dre Leane Rorich (Marcia Gay Harden) soignent le plus de patients possible tout en supervisant un groupe de stagiaires leur prêtant main-forte dans les journées mouvementées que connaît l’établissement jour après jour.

Histoire basée sur un documentaire éponyme signé Ryan McGarry, Code Black nous offre une série médicale on ne peut plus classique, avec des codes vus et revus au cours des ans au point où l’on se demande quel est l’apport de cette nouveauté pour les téléspectateurs. Et encore une fois, on « s’inspire » d’une création précédente pour une série, mais en laissant de côté tout ce qui aurait pu la rendre unique et surtout intéressante.

L’urgence à longueur d’année

Les premières minutes de la série donnent le ton : l’infirmier en chef Jesse (Luis Guzmàn) alias « mama » fait le tour du propriétaire aux cinq stagiaires : Christa (Bonnie Sommerville), Malaya (Melanie Chandra), Angus (Harry Ford) et Mario (Benjamin Hollingsworth) et on n’en saura pas davantage sur eux puisque les malades commencent à affluer. Comme toute série médicale digne de figurer en heure de grande écoute sur un network, on a intérêt à présenter plusieurs cas différents par épisodes et de préférence d’en alterner des plus lourds à de plus légers pour maintenir un certain équilibre au sein de la série. Ainsi, on a droit à des histoires assez chargées émotionnellement comme cet homme cliniquement mort, mais ayant autorisé un don d’organes et qui verra son cœur échoir à une fillette; une femme dont le mari est décédé, mais qui aura droit à une chirurgie afin de rétablir son système reproductif étant donné qu’il lui reste un seul échantillon de sperme du défunt; une femme qui a perdu son fils dans un accident d’auto alors que son propre frère qui conduisait (ivre), repose entre la vie et la mort. À l’autre bout du spectre, nous avons une danseuse nue qui s’est foulé une cheville lors de l’exercice de ses « fonctions » ou encore une dame âgée ayant avalé 3,80 $ en petit change. Certains de ces sauvetages nous émeuvent et quant au personnel, une complicité intéressante les unit. Rien à redire non plus du côté du personnage principal : Marcia Gay Harden livre ce qu’on attend d’elle.

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Mais est-ce seulement assez? Le problème est que cette façon de procéder nous est familière à un point tel que ça ne constitue pas un facteur décisif de rétention. Cette rigidité narrative, on la retrouve aussi dans la structure immuable des épisodes qui consiste à faire monter la tension graduellement. À chaque début d’épisode, dans un genre de prégénérique on nous informe qu’un « code noir » est une expression dans le milieu hospitalier indiquant que l’afflux de patients est tel qu’on est en mode de crise. Normalement, ce genre de situation survient cinq fois par année dans un hôpital standard aux États-Unis alors que l’exception c’est justement à l’Angels Memorial ou c’est 300 fois par année. Dès lors, coup de théâtre, vers le tiers de l’épisode pilote : on a justement droit à ce fameux code noir. La même situation se reproduit à l’épisode suivant, et à l’autre, etc. Ce moment qui constitue un certain climax au sein des épisodes devient vite redondant.

Passer encore à côté de son sujet

À l’été 2014, le médecin et réalisateur Ryan McGarry parcourait les festivals avec son documentaire aussi intitulé Code Black principalement axé sur « l’aile C » du Los Angeles County Hospital qui en effet, est l’une des plus achalandées des États-Unis. Tous les intervenants ont accepté d’être filmés, qu’il s’agisse de patients ou de médecins. En entrevue, McGarry a défini l’objectif qui se cachait derrière ce projet : « I hope they [les téléspectateurs] agree that it will be hard to ever get healthcare right if profit is the primary factor in the equation. » En effet, si au Canada le principal problème dans le secteur de la santé est l’accessibilité rapide aux soins étant donné la gratuité du système, aux États-Unis, les hôpitaux doivent générer des profits et quelques fois, au détriment du bien-être des patients.

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Dans la série Code Black, si l’enjeu de soigner coûte que coûte des patients est le même, on ne parle surtout pas de politique et jamais on ne remet en question le système. Les médecins sont entièrement dévoués à leurs emplois, comme s’il s’agissait d’une vocation au même titre que des pompiers ou policiers qui n’hésitent pas à risquer leur vie pour la sécurité d’autrui. C’est complètement dénaturer le propos du documentaire dont on se serait apparemment « inspiré ». Ces gens ont aussi une vie en dehors du travail, ce qu’on ne nous montre jamais dans ces séries américaines alors que c’est à peine si les médecins et infirmiers quittent le portail de l’hôpital. Quant à l’administration de ces établissements, on élude tout simplement la question. Si CBS avait voulu faire preuve d’audace, elle aurait pu aisément aller dans cette direction, mais la chaîne n’est pas particulièrement reconnue pour sa prise de risque et au bout du compte, elle récoltera ce qu’elle mérite.

Justement, cette nouveauté qui au fond n’en était pas vraiment une, a attiré 8,58 millions de téléspectateurs en direct avec un taux de 1,5 sur les 18-49 ans. La semaine suivante, ce chiffre a baissé à 6,83 (taux de 1,16) et 6,96 pour le troisième épisode (taux, 1,2). Bien que ces chiffres semblent s’être déjà stabilisés, ils restent assez bas dans les standards de CBS. Pour le moment, aucune nouvelle sur le sort de la série, mais on doute une remontée de l’audience étant donné la très grande linéarité des épisodes.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!