Flesh and Bone : un rêve qui finira mal




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Flesh and Bone : un rêve qui finira mal

Flesh and Bone est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis le début novembre sur les ondes de Starz aux États-Unis et Super Channel au Canada.

Flesh and Bone

Flesh and Bone

Ici, on s’intéresse à l’envers du décor d’une troupe de ballet de New York renommée alors qu’une nouvelle venue, Claire Robbins (Sarah Hay), vient tout juste de joindre les rangs. Très tôt, elle tape dans l’œil du directeur Paul Grayson (Ben Daniels) qui décide de laisser tomber Gisèle, le ballet prévu pour une nouvelle création tournant autour de la nouvelle venue, mais très tôt, rien ne va comme prévu, y compris pour la première intéressée qui est aux prises avec des problèmes personnels qui ressurgissent en plus d’avoir à affronter des collègues hostiles à son élévation plus que rapide.

Création de Moira Walley-Beckett qui a entre autres scénarisé Breaking Bad, Flesh and Bone nous offre un portrait à la fois troublant et fascinant du milieu de la danse classique avec un personnage principal qui semble tout droit sortie d’une tragédie grecque. Et s’il est encore trop tôt pour parler de série de l’année, son potentiel est tout de même très élevé.

Une étoile filante

Flesh and Bone commence avec Claire qui fugue de son Pittsburgh natal. On connaît peu de choses de à son sujet sinon qu’elle n’a jamais connu sa mère. Son frère Bryan (Josh Helman) sert en Afghanistan et sa relation avec son père ne semble pas être au beau fixe, c’est pourquoi on la voit fuguer dès le départ de son Pittsburgh natal. À New York, elle passe sans problème les auditions pour l’American Ballet Company et lors d’une répétition, c’est le coup de foudre du côté de Paul qui pourtant est tout sauf impressionnable. Dès lors, il convainc ses associés et plus particulièrement Laurent Brousseau (Stephen Schnetzer), le principal donateur, d’avancer des fonds supplémentaires pour monter la nouvelle production. Seulement, l’aide de ce dernier n’est pas désintéressée puisqu’il est évident qu’il a un faible pour Claire et qu’une audition plus « intime » s’impose, ce qui tournera au désastre. Cette dernière, en plus de devoir endurer la jalousie de sa colocataire Mia (Emily Tyra), est aussi en compétition directe avec Kiira (Erina Dvororenko), LA star des précédentes productions qui accepte mal d’être évincée.

Flesh and Bone

Ce qui retient principalement notre attention avec Flesh and Bone, c’est définitivement le personnage principal, Claire. Mis à part un petit rôle dans Black Swan, il s’agit du premier grand rôle à la télévision pour Sarah Hay qui est par ailleurs une vraie danseuse professionnelle. Ses prestations scéniques épatent, tout comme son jeu, très réservé. En effet, après trois épisodes, on ne connaît pratiquement rien de Claire, qu’il s’agisse de ses goûts, ses aspirations, etc. Par contre, alors que l’histoire semble nous amener sur des sentiers battus, c’est l’inverse qui se produit.

Incapable de charmer Brousseau, haïe de tous, ça prend peu de temps avant que Paul aussi ne se retourne contre elle. Le pire survient plus tard alors que Bryan retrouve sa trace et de ce qu’on comprend, il a abusé d’elle et a bien l’intention de continuer. Ce qui devrait donc être le moment le plus heureux de la carrière de cette danseuse se transforme en véritable cauchemar, ou plutôt en tragédie, comme si tout autour d’elle l’entraînait vers l’abîme. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’itinérant qui fait toutes sortes de courses pour les danseuses dans l’établissement ou vit la protagoniste se prénomme Roméo (Damon Herriman) : lui aussi semble brisé et on a l’impression que notre « Juliette » des temps moderne court elle aussi à sa perte. En effet Claire demeure passive à tous ces malheurs et cette souffrance qu’elle éprouve nous est transmise à travers les douleurs qu’elle inflige à son corps, en particulier ses pieds, meurtris par la danse qui est définitivement à la fois sa clef de voute et son malheur.

« De la chair et des os »

Avec Flesh and Bone, nous avons aussi une espèce d’hommage à nuancer de la danse. En effet, le terme qui siérait le mieux à la série est contemplation : les épisodes sont lents, particulièrement les scènes de répétition teintées de bleu et de blanc où accompagnées d’un piano, les danseuses, qui comme Sarah Hay, sont avant tout des professionnelles, effectuent leurs pas de danse avec une grâce infinie. À un moment dans l’histoire, Claire se retrouve dans un club de striptease assez sélect et là aussi, on filme les femmes qui s’exécutent autour du poteau avec une même finesse, plus sensuelle cette fois. C’est justement en comparant ces deux types de danse que le titre fait tout son sens. Qu’elles se dénudent ou qu’elles s’exécutent dans un opéra, elles restent définies par leur corps à qui on inflige moult sacrifices et dans le cadre du ballet, elles se doivent rester maigres comme des clous pour effectuer correctement les prouesses qu’exigent leur art au point ou une assistante de la compagnie leur dit franchement : « You all look the same to me, and you can all use a ham sandwich”. On les voit souvent nues et la peau sur les os et elles sont loin de susciter l’envie du téléspectateur.

Ce qu’il y de plus tragique est que ces femmes se donnent justement corps et âme pour atteindre le sommet et que peu passeront le test final. Mais même là, c’est à se demander si tous ces efforts en valent la peine. La comparaison avec le sport est évidente : les athlètes aussi s’entraînent comme des forcenés, mais eux au moins peuvent sentir le soutient d’un large public derrière eux et c’est sans compter des contrats mirobolants. Au ballet, bien que la discipline soit mise sur un piédestal, on est sans arrêt à la recherche de donateurs pour survivre et seule une petite élite est là pour supporter celles qui pourtant donnent tout ce qu’elles ont.

Flesh and Bone

Flesh and Bone a attiré 190 000 téléspectateurs pour son premier épisode et la semaine suivante, ils étaient 1470 000 toujours présents en direct. C’est environ moitié moins que The Missing lancé l’an dernier à pareille date sur la chaîne, mais ces chiffres sont à nuancer puisque le 8 novembre après avoir présenté le pilote, tous les épisodes de la série ont été mis en ligne. On sait d’office qu’elle ne sera pas renouvelée, ce qui n’est pas plus mal puisque c’était déjà prévu et qu’on bouclera donc la boucle comme il se doit. Une chose est certaine; le rendez-vous de fin d’automne de Starz pourrait bien s’avérer incontournable avec deux séries de qualité lancées ces dernières années à pareille date.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!