Wicked City: première annulation de l’année




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Wicked City: première annulation de l’année

Wicked City est une nouvelle série diffusée depuis la fin octobre sur les ondes d’ABC aux États-Unis.

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On nous transporte en 1982 dans la ville de Los Angeles où l’on fait la connaissance de Kent Grainger (Ed Westwick), un tueur en série qui parvient à séduire Betty Beaumontaine (Erika Christensen), infirmière et mère célibataire de deux enfants qui pourrait bien devenir sa complice dans le crime. Pendant ce temps, c’est le détective Jack Roth (Jeremy Sisto) et son nouveau collègue Paco Contreras (Gabriel Luna) qui mènent l’enquête et dès lors, le jeu du chat et de a souris est amorcé.

Avec cette nouveauté planifiée un peu à la dernière minute, ABC n’a pas joué sa meilleure carte. Présentée comme étant subversive, on a rapidement un sentiment de déjà-vu dès les premières minutes et Wicked City n’en aura pas eu pour longtemps. Et dire que la chaîne visait le long terme en prévoyant d’en faire une anthologie…

LA série de l’automne?

C’est dans le célèbre bar Whisky a Go Go que Kent rencontre sa première victime qu’il a tôt fait d’amener faire un tour. Alors qu’elle est en train de lui faire une fellation, il lui assène plusieurs coups de poignard et s’adonne à la nécrophilie sur le corps inanimé de la jeune femme. Plus tard, celui-ci est retrouvé, démembré, dans un parc de Los Angeles par Jack et Paco et leur enquête les mène vers Karen McClaren (Taissa Farmiga), une jeune journaliste qui est certaine de pouvoir identifier Kent, mais sans pour autant connaître son vrai nom. Entre-temps, le tueur fait la connaissance de Betty, une femme qui manque de confiance en soi et qui a clairement des tendances sociopathes. Avec lui, ils kidnappent une nouvelle victime, une starlette d’Hollywood qui ne fera pas long feu. Pendant que Betty entre tranquillement dans ses chimères, Kent s’amuse à laisser des indices ici et là dans le but d’éparpiller la police, ce qui la mène à un cadavre qui git dans une maison abandonnée depuis plusieurs années. Jack et Paco finissent par découvrir l’identité de la femme qui se trouvait être une voisine ayant pris Kent sous son aile alors qu’il n’avait que dix ans, et ce, peu après que sa mère soit décédée. Pendant que la police est à la recherche de sa véritable identité, ce dernier et Betty commencent à « fusionner » au point où l’on peut redouter le pire du duo.

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Au départ, c’était Of Kings and Prophets qui devait entrer sur les ondes d’ABC à cette date, mais c’est peut-être dû au peu d’intérêt manifesté à l’égard de A.D. The Bible Continues, une série similaire à caractère mystique présentée sur NBC à l’hiver précédent qu’on a mis aux oubliettes ce projet. Toujours est-il qu’on a en quelque sorte parachuté Wicked City sur les ondes, mais reste que les attentes étaient grandes. Durant la présentation des nouvelles séries de la chaîne en mai dernier, le grand patron Paul Lee affirmait que c’est le pilote de Wicked City qui a fait la meilleure impression auprès de la génération des milléniaux. Les attentes étaient donc grandes, alors comment expliquer un tel échec?

S’inspirer des Anglais

Dans ce genre d’histoire où l’on met en scène un tueur en série (par ailleurs, exploité jusqu’à la lie), plusieurs facteurs, si exploités convenablement, ont du potentiel auprès de l’auditoire et malheureusement, ABC s’est fourvoyé sur tous les tableaux possibles. Pour bien comprendre l’échec que représente Wicked City, on n’a qu’à la comparer à ces quelques séries anglaises qui nous ont donné d’excellents moments de télévision.

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Le point de vue : Au printemps 2013, BBC Two nous arrivait avec The Fall dans laquelle la détective jouait au chat et à la souris avec le tueur qui violait, puis tuait des femmes. Le point fort de la série était que pendant qu’on le voyait commettre ses crimes, la narration était assurée par celle qui le recherchait, nous offrant une fine psychanalyse qui nous faisait redouter encore davantage le malfrat. Le problème à ABC est qu’on a accordé autant d’importance au tueur qu’aux détectives. On faisait donc la connaissance de la fille de Jack, laquelle est à l’âge où elle souhaite sortir en douce alors que sa mère peine à se faire respecter de cette dernière. Ces petites intrigues de familles qui occupaient tout bonnement le quart des épisodes, ajoutées à celles concernant la journaliste en herbe et son copain n’étaient d’aucun intérêt pour le téléspectateur. Du coup, on est passé par de nombreux raccourcis afin de nous initier à la psychologie de Kent et surtout de l’attirance que Betty a fini par éprouver à son égard en faisant une analogie simplette en mentionnant la fiction du Fantôme de l’opéra. En effet, dès que cette dernière finit de lire le livre, un déclic s’opère et dès lors, il n’en fallait pas plus pour qu’elle manifeste le désir de suivre son amoureux dans son univers morbide.

L’Époque : ITV a diffusé au printemps 2015 Code of a Killer relatant les premiers essais quant à l’utilisation de l’ADN à des fins policières dans le but de retrouver un meurtrier et un violeur. Les avancées scientifiques en lien avec les années 80 étaient intrinsèquement liées au scénario. À l’inverse, la décision de camper Wicked City dans le Los Angeles des années 80 reste nébuleuse. La technologie de l’époque n’influence pas réellement l’histoire principale. On doit donc se contenter de l’aspect superficiel de la mise en scène, c’est-à-dire la trame sonore, les costumes ou coupes de cheveux à la mode. Bref : que du superficiel.

La fiction versus le fait réel : On croyait bien que Wicked City serait inspirée de faits vécus, mais on ignore pourquoi, on s’est contenté d’une simple fiction. Les crimes crapuleux, de tous les temps, regorgent aux États-Unis, particulièrement à Los Angeles et ç’aurait donné une plus value à la série parce qu’un fait horrible réel nous donnera toujours plus de frissons dans le dos qu’une bonne histoire imaginée. Ainsi, en regardant The Widower à ITV au printemps 2014, le sort du tueur Malcolm Webster, lequel a réellement commis les actes abjects dépeints dans la minisérie, nous importait davantage, d’autant plus que l’homme a refait surface dans l’actualité en tentant, sans succès, de porter en appel sa sentence de prison à vie.

Conservant une forme beaucoup trop hollywoodienne à la fois prude et peu subtile, on comprend pourquoi après trois semaines, Wicked City a été annulée. Le pilote a d’abord connu un départ ingrat avec seulement 3,28 millions de téléspectateurs avec un maigre taux de 0,9 sur la cible des 18-49 ans. La semaine suivante, il en restait 2,42 (taux de 0,7) et ce nombre périclitait encore au troisième épisode : 1,69 (taux de 0,4) : des chiffres que des séries câblées surpassent aisément. On avait prévu à la base changer d’époque, tout en restant à Los Angeles chaque nouvelle saison à venir, mais considérant cette annulation, on ignore si ABC tentera de se reprendre avec une autre époque. Quoi qu’il en soit, le nom de la marque est déjà entaché.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!