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Agent X (2015): ne riez pas c’est un drame

Agent X est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis le début 8 novembre sur TNT aux États-Unis et avec une semaine de retard sur Bravo au Canada.

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Agent X

L’action se déroule à Washington alors que Nathalie Maccabbee (Sharon Stone) vient tout juste d’être élue vice-présidente. Le même soir, le président (John Shea) lui donne une clé qui débouche sur un passage secret où elle découvre en compagnie de son valet Malcolm (Gerald McRaney) la version originale de la constitution américaine où il est stipulé que chaque personne qui occupera ce poste aura a son service un garde du corps qui aura pour mission d’éliminer les ennemis potentiels du pays, de manière légale ou pas. C’est alors que Nathalie fait la connaissance de cet agent secret; John Case (Jeff Hephner) qui va s’embarquer chaque semaine dans des aventures pour le moins rocambolesques.

Création dont Sharon Stone est aussi une des productrices exécutives, on n’aurait pas pu souhaiter pire retour sous les feux de la rampe. Après trois épisodes, son rôle est à peu près négligeable et quant aux scénarios, on plonge si vite dans l’exagération qu’on opine entre rire et désespoir.

Une grande ambition

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Une fois que cette prémisse douteuse nous est passée au travers de la gorge, John se met tout de suite en scelle alors qu’il doit délivrer la fille du directeur du FBI Stanton (Jamey Sheridan), laquelle a été kidnappée par un groupe appartenant à des terroristes russes et son chef, Nicolas Volker (Andrew Howard). C’est sans surprise qu’après quelques cascades, il sauve la demoiselle en détresse et dans le second épisode, il est encore question d’enlèvement, cette fois-ci, d’un scientifique américain spécialisé en nucléaire. Ce n’est qu’à la toute fin qu’on apprendra que l’homme en question s’est plutôt rangé à la solde de ses ennemis, travaillant pour le terroriste Malik Ahmad (Alon Aboutboul). Et John unira ses forces à Olga Petrovka (Olga Fonda) qui était contre lui lors de sa précédente mission, laquelle sera aussi couronnée de succès. Finalement, dans l’épisode suivant, L’agent secret enfreint le protocole alors que son ancienne flamme Pamela Richardson (Carolyn Stotesbery) est la victime collatérale d’une cabale visant à renverser le président.

Ce qui frappe d’abord et avant tout avec Agent X est qu’elle croit arriver sur nos écrans avec une création novatrice alors que tous les thèmes, personnages et retournements de situation ont au moins été vus une centaine de fois par un téléspectateur averti. À certains moments, John Case, en smoking, nous donne l’impression d’un James Bond de second ordre, un peu trop sûr de lui et anormalement décontracté lorsqu’il affronte les pires dangers et c’es sans compter les « Case girls »; la bonne étant Pamela (blonde évidemment) et la mauvaise étant Olga.

De plus, à l’image de The Player sur NBC, une des pires séries de l’automne, on y va d’une prémisse bancale qui n’est en fait qu’une excuse destinée à nous plonger dans des missions de type procédurales et à ce sujet, il est toujours décevant de constater un désir presque désespéré des producteurs de nous offrir le plus de scènes d’action possible, aussi mouvementées qu’improbables, de peur que le téléspectateur ne soit tenté d’aller voir ailleurs ou qu’il s’endorme devant son écran.

Puis, il reste tout l’aspect secondaire d’Agent X qui ne se révèle guère mieux : évidemment, les ennemis de la nation sont des Russes grossiers et sans scrupules. Côté scénario, on s’essaie à quelques blagues à oublier (une employé, à Stanton à propos d’une mission : « Sir, we may have something… » et lui de répondre : « It’s better not be a fishing trip! »). Reste les moments de tension : dans le premier épisode, Nathalie demande à Malcolm quelles sont les chances de réussite pour sauver la fille de Stanton et celui-ci de répondre entre 20 et 35 %; la probabilité est donc très basse, mais devinez quoi, ce pourrait être suffisant pour un agent comme John. Enfin, on sait que le mari de la vice-présidente est mort dans un accident de voiture et à la fin du troisième épisode, on a droit à un grand moment d’émotion : elle retrouve une lettre de lui où il lui écrit : « The world is not what it seems »…

Agent X

Un retour raté

Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu Sharon Stone dans un rôle principal, que ce soit au cinéma ou à la télévision et franchement, on ne peut pas vraiment parler d’un retour réussi. En fiction, on a beau dépasser la réalité lorsqu’on dépeint par exemple une présidente noire (State of Affairs, NBC ) ou une chef du FBI (The Following, Fox), si leur personnage n’est pas vraiment impliqué dans l’action, il est inutile d’en faire tout un plat, ce qui est le cas avec Agent X. Dans le synopsis, on mentionne bien que Nathalie est la première femme nommée vice-présidente des États-Unis et ironiquement dans les faits, ce poste est plus honorifique qu’autre chose. Pourtant, avec l’attribution d’un agent, on feint de lui donner une responsabilité importante, mais là encore, son rôle est plus que mineur dans le cours des événements. Elle reste assise à regarder sur des écrans son agent s’époumoner pour elle. Dès lors, son pouvoir se limite à un « go » ou « don’t ».

D’ailleurs, ce sont tous les rôles féminins en général dans la série qui en arrachent. Si elles prennent part aux batailles contre des hommes, c’est en petite tenue et en talons aiguilles. Mais la palme du ridicule revient à Olga qui, contorsionniste de formation, étrangle ou neutralise au moins trois de ses ennemis avec son entre-jambes et la scène où elle est interrogée alors que l’homme en face de lui tente de l’amadouer avec une cigarette est probablement une des plus risibles dans l’histoire récente de la télévision.

Malgré une tête d’affiche bien connue du grand public, Agent X n’a pas connu le départ escompté : 1,28 million de téléspectateurs en direct avec un taux de 0,27 sur les 18-49 ans. À la mi-saison, l’audience tourne autour d’un million alors que le taux chez la tranche payante se situe aux alentours de 0,20; c’est moitié moins que The Librarians présentée le même jour sur la chaîne. Rien n’est moins sûr pour le futur de la série.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!