Chicago Med : statu quo




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Chicago Med : statu quo

Chicago Med est une nouvelle série d’au moins 13 épisodes diffusée depuis la mi-novembre sur les ondes de NBC aux États-Unis et Global au Canada.

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Comme l’indique son titre, l’action se déroule dans un hôpital que l’on vient tout juste d’inaugurer et qui est vite mis en fonction puisqu’un terrible accident de train survient le même jour. Au fil de la saison, plusieurs patients avec des cas à géométrie variable défilent dans l’établissement sous les bons soins d’un groupe de médecins, infirmiers, stagiaire et psychiatre. Troisième série de la franchise des « Chicago » créée par Dick Wolf, Chicago Med est fidèle aux séries médicales en ondes en ce moment : en rien innovatrice et qui se contente de faire le minimum : et ça marche. Une chose est sûre, cette ville de l’Illinois pourrait bien devenir la Mecque des séries de NBC.

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Comme c’est d’usage dans nos séries médicales, les personnages principaux (le personnel) sortent très peu de leur lieu de travail : ce sont plutôt les patients qui y entrent. Pour s’occuper d’eux, nous avons entre autres le psychiatre Daniel Charles (Oliver Platt), le doyen qui s’entend avec tout le monde; la stagiaire Sarah Reese (Rachel DiPillo) qui a encore des croutes à manger et surtout des cours de communication à prendre; la Dre Natalie Manning (Torrey DeVitto), enceinte et veuve après avoir perdu son mari en Afghanistan; le Dr Will Halstead (Nick Gehlfuss) qui en passe pour elle et Sharon Goodwin (Epatha Merkerson), la directrice de l’établissement (pour ne nommer que ceux-là). Quant à leurs patients, le procédé narratif est toujours le même : on commence avec des cas-choc susceptibles de toucher 0,001 % de la population question d’accrocher le téléspectateur (déraillement de train, une fille de 14 ans qui vient tout juste d’accoucher et qui s’est débarrassée de son poupon dans une ruelle, un soldat empoisonné par sa femme), pour ensuite y ajouter d’autres cas possiblement larmoyants (un enfant malade, une violoniste qui devient sourde après une opération, etc.). Au troisième épisode, un homme est transporté à l’urgence après qu’un lustre lui ait transpercé le corps. En direction vers la salle d’opération sur une civière, presque mort alors qu’il a encore la structure dans ses entrailles, le médecin lui demande : « Sir, what happened? What is your name? ». Une chance pour nous, il n’attend pas d’avoir une réponse avant d’agir. Mais mis à part quelques dialogues superficiels, on nous perd assez dans le jargon médical pour que ça ait l’air crédible.

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Sinon, c’est toujours sidérant de voir que ces nouveautés médicales adoptent toujours la même forme narrative alors qu’elles ont pourtant le potentiel de nous amener ailleurs. À petite échelle, il aurait fallu changer seulement quelques éléments du récit pour qu’on soit un tant soit peu déstabilisé : par exemple, on pourrait davantage s’attacher à certains patients si ceux-ci restaient à l’hôpital plus d’un épisode, mais pour des raisons que l’on ignore, ils doivent toujours être guéris en 60 minutes. On aurait pu aussi donner plus de profondeur aux membres du personnel, les voir évoluer à l’extérieur de l’hôpital, etc. On y va timidement avec le Dr Connor Rhodes (Colin Donnell) dénigré par son père qui va même jusqu’à menacer Sharon de ne plus faire de dons à l’établissement si c’est son fils qui est choisi pour opérer son gendre, mais on sait déjà que cette intrigue restera très très secondaire. Justement, les « méchants » sont toujours à l’extérieur du cercle principal alors qu’un peu de tension entre les membres du personnel serait déjà une innovation dans ce genre de séries.

Chicago Med fait partie d’une franchise : en 2012, Chicago Fire est apparue sur nos écrans puis, ça a été le tour de Chicago P.D. en 2014. Le 5 janvier, les amateurs auront droit à un crossover entre les trois séries et en février on reproduira l’exercice cette fois en ajoutant la bande de Law & Order SVU, une autre création de Wolf. Mis à part ces dates officielles, certains de ces personnages viennent faire quelques apparitions ici et là, mais il aurait été intéressant de mélanger les histoires davantage, mais non; chacun reste dans ses plates-bandes. Le point commun reste donc la métropole de l’Illinois… qu’on ne voit absolument pas dans Chicago Med puisque les médecins restent toujours confinés entre les quatre murs de leur hôpital.

Encore un succès

CBS et NBC en avaient manifestement assez de voir ABC s’attirer tous les téléspectateurs avec sa série médicale Grey’s Anatomy et se sont donnés le mot pour eux aussi avoir leur part du gâteau. Malgré le manque flagrant d’imagination, leur mise a rapporté gros : Code Black, après un départ à de 8,6 millions de téléspectateurs avait au fil des épisodes suivants perdu quelques plumes, mais depuis la mi-saison, ses chiffres remontent sans cesse si bien que son dixième opus a attiré 8,5 millions en auditoire avec un taux pas si mal de 1,5 sur les 18 à 49 ans. Même succès du côté de Chicago Med : son pilote a lui aussi attiré 8,6 millions de téléspectateurs et en troisième semaine, les chiffres ont monté à 9,9 et un taux de 2,0 dans la tranche payante. C’est la première fois cette saison sur les grands networks qu’un épisode d’une nouveauté dépasse son pilote. C’est un peu décourageant parce que ces deux séries n’apportent absolument rien de nouveau au genre, mais il y a définitivement un noyau dur adepte de ce genre de divertissement et c’est une opportunité rêvée pour NBC et CBS, d’autant plus qu’elles n’ont pas à se casser la tête avec un projet original.

Comme on l’a constaté, Chicago Med est un succès et Dick Wolf n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. En effet, le créateur a annoncé en entrevue que si sa nouveauté marchait bien, son équipe plancherait sur une série judiciaire : Chicago Law. Qui sait, si ça marche, on pourrait bien avoir droit ensuite à Chicago Hairdressers, Chicago Maids, Chicago Dustmans, etc. On moins ça donne de l’emploi à cette ville qui en arrache économiquement…

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!