Childhood’s End : naïve confiance pour Les Enfants d'Icare




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Childhood’s End : naïve confiance pour Les Enfants d’Icare

Childhood’s End est une nouvelle minisérie de trois épisodes diffusée du 14 au 16 décembre sur les ondes de Syfy aux États-Unis et Showcase au Canada.

Childhood’s End

Childhood’s End

L’actrice principale de cette science-fiction est la Terre entière puisqu’un jour en 2016, tous les avions de la planète se posent paisiblement au sol pour laisser la place à un vaisseau spatial venant d’une autre galaxie. Son passager Karellen (Charles Dance) est le suzerain représentant une autre planète hautement plus évoluée et vient annoncer à la population via des intermédiaires que sa race vient apporter prospérité, paix et santé à l’humanité. S’obstinant à rester dans l’anonymat, il choisit Ricky Stormgren (Mike Vogel), un homme très simple du Midwest, pour le représenter auprès de la population. Malgré l’opposition d’une minorité, tous adhèrent à ces belles promesses qui en effet se concrétisent. Mais est-ce le futur sera garant du présent?

Adaptation du roman éponyme d’Arthur C. Clarke de 1953 (en français, Les Enfants d’Icare), Childhood’s End est un peu à l’image de l’histoire qu’elle veut évoquer : intrigante, mais imprécise. En effet, il aurait été bien d’aborder certains thèmes de la série avec un peu plus de profondeur, d’autant plus qu’il y a de nombreux temps morts.

Une fatalité dans l’ADN

Ricky pourrait être qualifié d’incrédule, mais aussi surprenant que cela puisse paraître, il ne s’écoule pas une heure depuis que Karellen est arrivé qu’Israël et la Palestine ont déjà signé la paix. Quelques instants plus tard, les machines se mettent à extraire de l’eau pour l’Afrique au lieu du pétrole et avec le temps, la pollution disparait, de même que la famine, les maladies, les guerres, etc. Cependant, il reste quelques irréductibles qui ne croient pas à ce qu’ils voient et qui tentent par tous les moyens d’empêcher cette invasion. Sinon, parmi les personnages principaux, nous avons Milo Rodricks (Osy Ikhile), un jeune handicapé qui retrouve l’usage de ses jambes grâce à l’intervention du suzerain et qui éventuellement deviendra un éminent scientifique et les Greggsons, dont le fils Tom (Lachlan Roland-Kenn) semble hanté d’une force obscure. Sa mère Amy (Hayley Magnus) est encore enceinte et le bébé qu’elle porte nous rappelle vaguement le scénario de Rosemary’s Baby.

Childhood’s End

Pour une rare fois concernant une série de science-fiction, Childhood’s End a de quoi nous accrocher. On sort de la mise en scène habituelle (vaisseaux, teintes de gris, noir et blanc omniprésentes, etc.) pour nous montrer une planète Terre dont émane pour une rare fois l’espoir. En effet, la série s’étire sur environ un quart de siècle au cours duquel les humains se sont unifiés et vivent en parfaite symbiose avec leur environnement. Que l’on filme les champs de blé ou les nuits étoilées, tout est lumineux; c’est beau. Cet esthétisme léché vient rejoindre le propos de la série : la majorité des habitants acceptent une aide étrangère et vivent ensuite dans le bonheur le plus complet.

Deux contre-réactions suite à cette invasion dite pacifique provoquent en nous la réflexion : la première vient d’un lobby de presse qui met en place la « ligue de la liberté » visant à renvoyer ces inconnus de la surface de la Terre. Malgré des arguments qui nous semblent factices, reste que le fond de leur message est que c’est trop beau pour être vrai; qu’il y a anguille sous roche. Certes, un des premiers plans de la série nous montre en flash-forward Milo, dans un décor apocalyptique nous disant que c’est fini et qu’il est le dernier survivant de la terre, mais même sans cet extrait, n’importe quel téléspectateur serait resté sceptique face à une telle générosité venant de la part de parfaits inconnus. C’est manifestement dans notre nature d’être méfiant et la plupart du temps de broyer du noir plutôt que vivre d’espoir.

L’autre opposition à cette aide vient de Peretta Jones (Yael Stone), une fervente croyante dont la mère, aussi bigote qu’elle, s’est suicidée après l’arrivée du vaisseau. S’ensuit l’une des discussions les plus intéressantes de la série entre elle et Ricky : « (R) But I’m not sure that God ever really helped any of us. / (P) I don’t– I don’t believe that. /(R) He gave us diseases, and when we found cures for those, he created new ones. God was just this black void that we cried into, but only the Overlords answered. » Pourtant, Peretta n’en démord pas; comme quoi la logique et la foi ne font que deux.
Contempler… un peu trop

Childhood’s End consiste en 3 épisodes de 90 minutes sensés résumer les 200 pages et plus du roman de Clarke. Pourtant, en un si court laps de temps, il faut avouer que les longueurs sont légion. Oui, la série est contemplative, ce qui lui confère une signature particulière qui n’aurait pas été compatible avec le style des networks, mais on se lasse éventuellement et ç’aurait été pire si la série s’était étirée sur plus de trois épisodes. Pourtant, SyFy a le sens du rythme puisqu’à la fin de la première soirée, un élément de l’histoire attise considérablement notre curiosité. Puis, on remet ça le lendemain alors qu’on souhaiterait que le rythme s’accélère et puis encore une fois, la fin nous donne envie de terminer cette courte saison. Au final, on aurait aimé une certaine solidarité au sein des protagonistes et on n’est pas tout à fait rassasié : plus de confrontations, d’explications et d’effets spéciaux auraient pu rendre cette adaptation télévisuelle davantage marquante.

Le premier épisode de Childhood’s End a attiré 1,45 million de téléspectateurs avec un taux de 0,43 chez les 18-49 ans, ce qui est assez bon pour une chaîne comme SyFy. Par contre, la finale s’est terminée avec un taux ce 0,3 et 1,28 en audience. Du côté de Showcase au Canada, la chute a été plus dure puisqu’au pilote, ils étaient 425 000 en direct et qu’ils n’étaient plus que 215 000 deux jours plus tard. N’ayant presque plus de compétition « sérielle » à ce temps de l’année, les deux réseaux en ont profité pour diffuser le premier épisode de The Magician, une nouvelle série qui prendra son envol en janvier. À l’année prochaine pour voir si cette stratégie aura porté ses fruits.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!