The Expanse : ce futur trop familier




Accueil » Nouvelles » Chronique » The Expanse : ce futur trop familier

The Expanse : ce futur trop familier

The Expanse est une nouvelle série de dix épisodes diffusée à la télévision à partir de la mi-décembre sur les ondes de SyFy aux États-Unis et Space au Canada.

The Expanse

The Expanse

L’action se déroule plus de 200 ans après notre ère alors que la Terre, désormais dépourvue de la plupart de ses ressources naturelles a colonisé tout le système solaire, dont la planète mars, assurément la plus prospère, alors qu’en orbite on retrouve plusieurs petites colonies où la population est soumise à ce qui s’apparente à de l’esclavage.

Entre guerre imminente, enquête et révolution, SyFy, malgré un projet ambitieux (le fruit d’une adaptation des romans de James S.A. Corey) ne sait toujours pas après trois épisodes où donner de la tête. Aucun des personnages ne se démarque et malgré une mise en scène classique, beaucoup trop même, on ne parvient pas à se laisser pénétrer de ce nouvel univers.

La faute aux gros plans

Pour le moment, l’histoire est tenue à bout de bras par trois personnages principaux. Il y a d’abord Joe Miller (Thomas Janer), ayant grandi dans l’oppression à la station de Ceres. Il est désormais détective pour la Star Helix Security, compagnie appartenant à la Terre et pour le moment, deux enquêtes occupent ses journées : d’importants vols d’eau potable à Ceres et la disparition de  Julie Mao (Florence Faivre), fille d’un richissime financier qui s’est rebellée contre son père en joignant la fondation Far Horizons; un mouvement étudiant de  contestation.

L’autre personnage est James Holden (Steven Strait), conducteur du Canterbury, un vaisseau d’eau potable qui a été anéanti par on ne sait qui.  D’ailleurs, c’est la quasi-majorité à l’exception de cinq employés qui ont survécu à l’attaque. Craignant pour leur vie, ils sont enlevés par un autre vaisseau qui les conduit à la planète Mars. Juste avant de débarquer,  James diffuse un message comme quoi la planète rouge est responsable de l’attaque, ce qui n’est pas prouvé.

Néanmoins, cette déclaration est susceptible de mettre le feu aux poudres et c’est l’une des têtes des Nations Unies, Chrisjen Avasarala (Shohreh Aghdashloo), qui doit faire tout en son pouvoir pour éviter une guerre, mais tout semble jouer contre elle. Plus tard, abattue, mais réaliste, elle finit par affirmer: « The Cold War is Over, this is something new ».

On peut le constater, ce ne sont pas les intrigues qui manquent dans The Expanse, mais comme le dit l’expression: « trop c’est comme pas assez ». En effet, on passe très maladroitement du drame politique à l’enquête policière, sans jamais nous convaincre. Au point de vue du scénario, il y a beaucoup trop de bavardages et pas assez d’action. C’est particulièrement vrai dans le vaisseau de James et de ses collègues qui passent leur temps en huis clos à spéculer sur ce qui s’est passé pour ensuite être interrogés en plus de la diplomatique Christjen, constamment en pourparlers. Au bout de trois épisodes, ça devient extrêmement pénible.

The Expanse

L’autre facteur qui contribue à alourdir inutilement le récit est tout simplement la surabondance de gros plans. Il y a à peine quelques années, on utilisait cette technique pour éviter d’avoir à filmer les environs, ne convenant pas au scénario. C’est particulièrement vrai pour la science-fiction et le genre historique dans lesquels les décors sont à recréer de toutes pièces. En 2016, cette excuse n’est plus valable. On l’a vu cet été avec Tut (Spike) par exemple, on était capable de recréer dans son entièreté l’Égypte Antique grâce aux effets spéciaux et plus récemment, c’était la même chose pour Into The Badlands (AMC) avec un univers imaginé de toutes pièces. Cela aurait été d’autant plus important pour The Expanse puisqu’on recrée carrément un ordre nouveau sur de multiples planètes. Manque de fonds ou paresse de l’équipe technique?

Un futur stagnant

Bien qu’une chaîne entière soit dédiée à la science-fiction, ça reste un genre qui a de la difficulté à rallier un public large. Dans le cas the The Expanse, la série n’à qu’à s’en prendre à elle-même. Dans un premier temps, il était judicieux d’attendre la mi-décembre pour lancer sa fiction étant donné que le reste des séries américaines a déjà entamé la pause des fêtes. La nouveauté de SyFy a beau avoir le champ libre, reste qu’on a reproduit le même vieux modèle qui déjà faisait le (maigre) plein d’auditoires. Encore une fois, la sacro-sainte couleur chrome domine et on a beau être en plein système solaire, il fait toujours nuit.

The Expanse

Sinon, mis à part Chrisjen et Naomi (Dominique Tipper), les personnages féminins sont quasiment inexistants, voir, insignifiants, et on est encore en temps de guerre galactique, comme si ce thème à lui seul définissait le futur. Pour ne rien arranger, la personne responsable de la trame sonore a dormi au gaz puisqu’elle est quasiment inexistante. Pour donner un coup de fouet au genre, on n’a qu’à s’inspirer de The Man in the High Castle d’Amazon, renouvelée pour une seconde saison et qui réinvente l’histoire ou même Childhood’s End qui malgré ses défauts, nous offrait une alternative intéressante au futur.

Justement, le premier épisode de The Expanse a attiré 1,2 million de téléspectateurs en direct avec un taux de 0,33 sur la cible des 18-49 ans. Une performance moyenne. Certes, le pilote avait été mis en ligne le 23 novembre, mais les 850 000 qui étaient toujours présents pour le second épisode (taux de 0,27) prouvent que l’engouement ne s’est pas produit. Au Canada, ce n’est guère mieux : on compte un auditoire de 339 000 pour le premier épisode sur Space et seulement 120 000 pour le second : une baisse de 65 %.

Articles connexes

Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!