Jean Pascal: Une balloune désoufflée




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Jean Pascal: Une balloune désoufflée

Stu Pitt, panéliste et animateur de l’émission web Gauchedroitistan nous explique l’état de la situation pour le boxer québécois Jean Pascal

Jean Pascal

Jean Pascal

Jean Pascal a attiré mon attention lorsqu’il a tenu tête pendant 12 rounds à Carl Froch en 2008.  Froch avait une réputation de tueur et Jean Pascal était alors un parfait inconnu.  Mais cette performance était suffisante pour qu’il devienne un opposant crédible aux boxeurs montréalais aux fiches boostées.

C’était le cas entre autres d’Adrian Diaconu qui avait à ce moment-là une fiche parfaite de 26-0.  Diaconu, malgré sa fiche, n’avait jamais rencontré de boxeur d’envergure.  En fait, son seul combat avec un top mondial était contre Chad Dawson en 2011.  Il a perdu par décision (Adonis a assommé le même Dawson en 1 round en 2013).

Grâce à son verbe flamboyant, Jean Pascal a réussi à convaincre les québécois qu’il était le meilleur boxeur local et que son combat contre Diaconu allait le prouver.

Jean Pascal

Jean Pascal a démontré beaucoup de courage lors du premier combat alors qu’il s’était battu blessé, mais en somme, ce combat était plate, autant que le rematch.  Toujours est-il, Jean Pascal est devenu un boxeur local qu’on devait prendre au sérieux et pour qui il était légitime de fonder de grands espoirs.

En 2010, Jean Pascal se fait offrir un combat de championnat contre Chad Dawson, alors considéré dans le top P4P mondial.  Cette performance est probablement la meilleure que j’aie vu de Jean.  L’arbitre a décidé d’arrêter le combat au 11è round parce que Dawson était coupé profondément au niveau de l’arcade sourcilière.  Il saignait tellement qu’il ne pouvait plus voir les coups.  Je pourrais me tromper, mais après avoir revisionné ce combat, je pense que Dawson menait aux points et aurait gagné si le combat s’était rendu à la fin.  Mais le résultat étant ce qu’il est, Jean Pascal devenait champion en battant un top mondial, et j’étais convaincu de son talent et de son potentiel.

Jean Pascal

Sa première défense était contre nul autre que la légende vivante Bernard Hopkins (2010).  Celui-ci voulait devenir le plus vieux boxeur à détenir un titre mondial à 46 ans, et ainsi détrôner une autre légende, George Foreman.

Hopkins était un adversaire à prendre au sérieux malgré son âge.  Il a battu Oscar De La Hoya en 2004, fait 12 rounds contre Calzaghe et battu Kelly Pavlik en 2008 et venait de battre Roy Jones en 2010.  Je m’attendais à tout un combat… ce que je n’ai pas eu.

Le premier affrontement entre Pascal et Hopkins s’est soldé par un combat nul, ce qui a créé un choc dans le monde de la boxe.  Dans les entrevues d’après combat sur le ring, Hopkins était furieux et le commentateur/analyste Max Kellerman a challengé Pascal et lui a demandé d’expliquer le verdict, ce qu’il n’a pu faire. Hopkins avait dominé à tous les points de vue, y compris le nombre de coups portés et atteints, le nombre de coups de puissance, etc.

J’avais donné un Mulligan à Jean Pascal pour ce combat.  Il était peut-être impressionné par le statut d’Hopkins, il l’idolâtre et ne veut pas lui faire trop mal… je sais pas… j’essayais juste de rationaliser pourquoi Pascal avait aussi mal performé.  Pour le deuxième combat, je ne m’attendais à rien de moins qu’un victoire spectaculaire du jeune étalon.

La revanche d’Hopkins était convaincante.  On avait dit que Pascal ne voulait tout simplement pas lancer de coups contre lui.  Jean l’explosif!  Jean la panthère!  No more…

Jean Pascal - vs-hopkins

C’est à ce moment que j’ai commencé à douter de la valeur réelle de Jean Pascal.  Est-il aussi bon qu’on le dit?  Comment peut-il manquer une opportunité comme ça?  Par la suite, Hopkins a perdu deux combats contre Chad Dawson…  le drapeau rouge était levé en ce qui me concerne.

Janvier 2014, l’affrontement que tout le Québec attendait:  Jean Pascal vs Lucian Bute.  Dire que Jean Pascal a dominé cet affrontement est extrêmement conservateur.  Lucian ne s’est tout simplement pas présenté et je suis persuadé que Jean a eu des sessions de sparring pas mal plus intenses que ça.Jean Pascal

On ne peut pas dire que Jean Pascal n’est pas courageux ou qu’il n’a pas le talent d’attirer l’attention des tops mondiaux.  Son opportunité contre Kovalev avait la possibilité de le faire grimper à nouveau dans l’élite mondiale.  Il n’avait même pas à gagner son combat.  Il avait juste à bien paraître.  Il avait juste à se rendre jusqu’au bout et peut-être gagner 3-4 rounds.  Ce qu’il n’a pu faire.  Son premier affrontement s’est soldé par une défaite au 8è round.  Il avait pourtant mis le paquet en se faisant accompagner par nul autre que Roy Jones dans son coin.

Sergey Kovalev

Jean Pascal n’a pas lâché le morceau.  Il demande un combat revanche, ce qui avait peu de chances d’arriver puisque la victoire de Kovalev était sans équivoque.  Contre toute attente, il obtient une autre chance contre Krusher, et engage la légende Freddie Roach comme entraîneur.

Vous connaissez la suite.  Kovalev défonce un Pascal qui n’a jamais été dans le coup, et au 7è round, Freddie en a assez et lance la serviette.  Jean Pascal avait mangé une volée, mais je pense que la douleur à l’âme était beaucoup plus intense.  Il est resté assis dans son coin, je crois l’avoir vu pleurer.  Le peu d’air qui restait dans sa balloune venait se s’échapper.  Il ne peut pas blâmer sa condition physique, ni sa préparation, et encore moins son entraîneur.  Le Jean Pascal que vous avez vu ce soir… ben c’est ça.

À sa défense, Jean a toujours recherché les gros combats.  Mais sa fiche en championnat du monde demeure 1 victoire, 1 nulle et 4 défaites.  À titre de comparaison, Eric Lucas est 5-7, avec des défaites honorables contre Roy Jones, Fabrice Tiozzo et le vol du siècle contre Markus Beyer; Lucian Bute est 11-1, une fiche impressionnante malgré le fait que son règne ait eu lieu pendant le Super 6; Adonis est 6-0.  On oublie même le petit Leonard Dorin qui a quand même fait 2-1-1!

Pour Jean Pascal, il est maintenant temps de faire le point.  Ses grandes déclarations et ses frasques spectaculaires doivent prendre gentiment place sur le banc arrière de sa petite Pinto.  À 33 ans il est encore dans la fleur de l’âge.  Il est en parfaite condition physique, il n’est pas trop magané, semble avoir un style de vie sain… ma porte est encore ouverte.  Mais basé sur ses performances depuis son premier championnat, je demeure sur ma très grande faim.

 

Stu

 

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Jean-François Cloutier

Je suis le fondateur de TVQC.com. Vous êtes passionnés de séries télévisées et vous trouvez que les médias de masse traditionnels font piètre figure à ce niveau? Soyez sans crainte, nous aussi!