Shades of Blue : Jennifer Lopez s’achète une série




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Shades of Blue : Jennifer Lopez s’achète une série

Shades of Blue est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis le début janvier sur les ondes de NBC aux États-Unis et Global au Canada.

Shades of Blue

Shades of Blue

Le personnage principal est Harlee Santos (Jennifer Lopez), une détective au poste de police de New York #64 qui, avec des collègues, récolte sans aucun scrupule de généreux pots-de-vin, notamment des revendeurs de drogues. Un jour, le FBI parvient à la prendre sur le fait et la seule option qui lui reste si elle veut éviter plusieurs années de prison est d’aider le service fédéral à coffrer ses acolytes, incluant son mentor le lieutenant Matt Wozniak (Ray Liotta). À contrecœur, la détective accepte donc de coopérer, mais qui sait si Matt et sa bande ne découvriront pas le pot aux roses avant qu’elle n’ait pu agir.

Jennifer Lopez étant elle-même la productrice exécutive de l’émission, l’actrice/chanteuse n’a pas misé sur le bon cheval. En effet, Shades of Blue réunit à elle seule tous les clichés appartenant au genre policier. Le manque de sympathie que l’on éprouve à l’égard de l’héroïne tout comme l’indifférence que suscitent les personnages secondaires n’augurent rien de bon pour la suite.

Il sait qu’elle sait qu’il sait

Au début de sa carrière, Harlee était en relation avec un homme au comportement violent qui lui a valu de la prison. À sa sortie et pour éviter qu’il ne vienne encore la tourmenter elle et sa fille Cristina (Sarah Jeffery), elle a pu compter sur l’aide de Matt pour l’inculper d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Depuis, eux et autre groupe de policiers n’ont pas hésité à se graisser la patte dès qu’ils le pouvaient pour arrondir leurs fins de mois.

Shades of Blue

Dans le premier épisode, le coéquipier d’Harlee Michael Loman (Dayo Okeniyi) tire accidentellement sur un suspect lors d’une descente et aussitôt, elle le couvre en modifiant la scène du crime afin que leurs supérieurs croient qu’il ne s’agissait que de légitime défense; ce qui montre bien le niveau de solidarité du groupe. Ce n’est qu’après qu’elle se fait épingler par l’agent Robert Stahl (Warren Kole) du FBI. L’amour de sa fille l’emportant sur tout, convaincre Harlee de coopérer n’est pas bien difficile. Sur ces entrefaites, un informateur anonyme fait savoir à Matt qu’il y a une taupe au sein de la bande et une foule de petits indices le portent à croire qu’il s’agit de sa recrue favorite. Seulement, à chaque fois qu’il récolte une nouvelle preuve, Harlee parvient toujours à le convaincre du contraire et ce jeu du chat et de la souris continue au cours des trois premiers épisodes. Autrement dit, celle-ci passe son temps à prouver son innocence tandis que Robert n’accumule rien d’illégal sur Matt.

Dès les premières scènes de Shades of Blue, on comprend que la série innovera peu concernant les codes du genre policier. Pour bien nous montrer que Harlee est une femme forte, en plein contrôle d’elle-même, on la voit mettre K.O. son partenaire lors d’un entrainement de boxe et on s’affaire aussi à mettre l’accent sur son indépendance et son courage, ce qui est confirmé plus tard par une poursuite spectaculaire dans les rues de New York. Ce qu’il y a de plus ironique est qu’on retrouve à quelques différences près la même mise en scène dans le pilote d’Angie Tribeca de TBS qui justement parodie le genre policier! Shades of Blue aussi s’essaie à l’humour lorsque Matt, en parlant d’une recrue affirme :« You don’t like doughnuts? What kind of cop is he gonna be? »…

Shades of Blue

De plus, au cours des trois premiers épisodes, on a l’impression de faire du sur-place. On ne compte plus les regards sévères de Matt à l’encontre d’Angie chaque fois qu’il trouve une nouvelle preuve pour l’incriminer, agrémenté d’une musique hautement dramatique. Quant à Robert, il ne cesse de menacer celle qui est supposée être la transfuge, mais en vain, rien n’avance. Et parce qu’on ne peut pas meubler l’entièreté des épisodes de regards suspicieux et de tentatives ratées, on ajoute à l’intérieur de ceux-ci des historiettes sensées donner un peu de chair autour de l’os concernant les personnages secondaires. Ainsi, on a Michael qui ne vit que dans le remord depuis qu’il a tué son suspect, la policière Tess Nazario (Drea de Matteo) tente tant bien que mal de sauver son couple du naufrage tandis que son collègue Stuart Saperstein (Santino Fontana) essaie d’apprendre le portugais pour épater une fille qui lui a tapé dans l’œil. Guère engageant jusqu’ici.

Compassion zéro

Dans la grande majorité des cas, il est sensé se passer une connexion positive entre le personnage principal et le téléspectateur. Oui, Harlee fait des choses illégales, mais son argumentaire pour s’attirer nos sympathies s’avère plus que nul. D’abord, si elle est a accepté de recevoir des pots-de-vin, c’est pour subvenir aux besoins de sa pauvre fille : après tout, il faut bien qu’elle puisse se déplacer avec la voiture flambant neuve que lui a offert sa mère en plus de payer l’école privée où elle va qui coûte 10 000 $ par mois… Ensuite, si elle consent à trahir Matt, c’est encore une fois la sécurité de sa fille qui est amenée comme justification une bonne centaine de fois. Harlee ne fait pas preuve d’un jugement plus aiguisé lorsqu’elle tente de défendre ses collègues en affirmant à Robert : « These are good people » alors qu’on a vu quelques scènes plus tôt Matt et les autres neutraliser un revendeur de drogue en le mettant dans une trappe secrète au dessous d’une salle d’un salon funéraire (oui, oui) de peur qu’il ne se mette à parler.

Shades Of Blue NBC

Le pire baiser de l’année

Les créateurs au bout de trois épisodes étaient peut-être à court d’intrigue. Toujours est-il que Matt qui sent que le FBI est à ses trousses se rend dans une chambre d’hôtel avec son supérieur Donnie Pomp (Michael Esper) qui traîne dans les mêmes manigances que lui. À propos de Harlee, ce dernier dit à Matt : « She made her choice, you need to make yours. Protect your family lieutenant » et sans qu’il n’y ait aucun lien avec ce qu’il vient de dire, les deux hommes s’embrassent. En fait, jamais un baiser n’a paru aussi faux puisqu’aussitôt, leurs bras cachent leur visage. Décision du network ou est-ce que les acteurs n’avaient tout simplement pas le cœur à l’ouvrage? Assurément les deux.

Malgré des critiques en grande majorité négatives, Shades of Blue pourrait bien continuer son bout de chemin. 8,55 millions de téléspectateurs en direct le premier soir avec un taux de 1,8 chez les 18-49 ans. Ce chiffre a baissé à 6,64 (1,3) au deuxième épisode, suivi d’une légère remontée la semaine suivante à 6,94 (1,4), ce qui laisse croire qu’une stabilité au niveau des chiffres est déjà atteinte. Coup de chance pour NBC qui avait déjà commandé 13 épisodes, avant même de jauger la réaction de son public.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!