The Revenant ou quand l'Oscar revient à l'homme qui n'a pas vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué!




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The Revenant ou quand l’Oscar revient à l’homme qui n’a pas vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué!

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Leonardo DiCaprio donne corps à la légende du trappeur Hugh Glass en laissant de côté ses statuts de sex-symbol et de star pour le film The Revenant. Il repousse ses propres limites : frôler l’hypothermie, maîtriser la fabrication du feu, être enterré vivant, nager dans une rivière glacée, apprendre deux langues amérindiennes (le pawnee et l’arikara), dépecer des carcasses d’animaux pour y dormir au chaud, j’en passe et des meilleures. Pis encore, l’acteur végétarien a mangé du foie de bison cru!

The Revenant

The Revenant

Durant l’hiver 1823-1824, dans une Amérique profondément sauvage, le trappeur Hugh Glass (Leonardo DiCaprio) est grièvement blessé par une femelle grizzli et laissé pour mort par son équipe d’expédition. Son fils métis Hawk (Forrest Goodluck, nom plus qu’à propos) est même assassiné devant ses yeux par le traître John Fitzgerald (Tom Hardy) qui ne voulait pas de témoin gênant dans les pattes. Avec un intense désir de vengeance pour unique raison de survivre, Glass parcourt en six semaines 320 kilomètres en pleine montagne et en plein hiver jusqu’à Fort Kiowa.

Le réalisateur Alejandro González Iñárritu (Birdman, Biutiful, Babel, 21 Grams, Amores perros) commente son choix de sujet : « J’avais envie d’un film d’aventures. Un survival. J’entends le mot ‘western’ à propos du film, mais ce n’est pas tout à fait ça : il n’y avait même pas d’Ouest à l’époque! On est au début du 19e siècle, avant la ruée vers l’or. Ce sont les prémisses du capitalisme moderne. Un monde oublié. »

The Revenant se veut l’adaptation du roman de Michael Punke, The Revenant: A Novel of Revenge, publié en 2002. Il devait être réalisé par le Sud-Coréen Chan-wook Park (Old Boy) avec Samuel L. Jackson en vedette, puis par l’Australien John Hillcoat (The Road) avec Christian Bale. Or, le temps fait parfois bien les choses…

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Depuis deux décennies, DiCaprio a prouvé qu’il était l’un des plus grands acteurs de sa génération en jouant devant la caméra des plus grands réalisateurs. De Martin Scorsese (The Wolf of Wall Street, Shutter Island, The Departed, The Aviator, Gangs of New York) à Steven Spielberg (Catch Me If You Can, J. Edgar), en passant par Christopher Nolan (Inception), James Cameron (Titanic), Ridley Scott (Body of Lies), Woody Allen (Celebrity) et Quentin Tarantino (Django Unchained), il a su impressionner sans toutefois jamais repartir avec la statuette du meilleur acteur.

Aujourd’hui, en tournant pour Iñárritu, la malédiction planant au-dessus de sa tête pourrait disparaître. Non seulement le film précédant du réalisateur mexicain est le grand gagnant de la 87e cérémonie des Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original et meilleure photographie), mais son plus récent film risque de répéter l’exploit (sauf meilleur scénario adapté), d’autant plus qu’il permet à un DiCaprio mutique de transmettre un éventail d’émotions avec des grognements et autres borborygmes. Enfin une interprétation digne de mention qui n’est pas portée par la métamorphose physique d’une perte/prise de poids!

Tom Hardy (Mad Max: Fury Road, The Dark Knight Rises, Warrior) est aussi excellent en méchant de service. Son fort accent britannique n’est pas le plus compréhensible qui soi, mais il sied parfaitement à son personnage. Il a d’ailleurs quitté la Suicide Squad de DC Comics et son équipe de super-vilains avant même le premier tour de manivelle de David Ayer (Fury). La raison est simple : le tournage apocalyptique d’Iñárritu s’est déroulé du 23 septembre 2014 au 11 avril 2015, loin des 80 jours prévus, au Canada (toutes les scènes sauf…) et en Argentine (… la scène finale).

Quant au reste de la distribution du film The Revenant, essentiellement masculine, les noms de Domhnall Gleeson (Star Wars: The Force Awakens, Harry Potter and the Deathly Hallows: Part 1 et 2, Unbroken) et de Will Poulter (The Maze Runner, The Chronicles of Narnia: The Voyage of the Dawn Treader) sont à retenir, prouvant tous deux qu’ils sont capables de participer à autre chose que des franchises à succès. Il y a aussi près de 1 500 figurants de différentes tribus, ce qui accentue encore davantage le niveau de réalisme. À noter la présence des Québécois Vincent Leclerc (les téléséries 19-2, Being Human, Mauvais Karma) et Emmanuel Bilodeau (Curling, Le nèg’, la télésérie René Levesque) au générique.

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Rares sont les tournages qui se déroulent chronologiquement. C’est un luxe qu’Iñárritu s’est offert, faisant exploser le budget initial de 60 millions de dollars à 135 millions de dollars! Le prix d’un blockbuster Disney, quoi. Mais nous ne sommes pas dans une production issue du studio aux grandes oreilles (et aux dents longues!), comme en témoigne la faible quantité d’effets spéciaux et l’absence volontaire de décors en studio.

Iñárritu explique ce choix technique : « If we ended up in greenscreen with coffee and everybody having a good time, everybody will be happy, but most likely the film would be a piece of shit. »

Il faut saluer le travail exceptionnel du directeur de la photographie Emmanuel Lubezki (The Tree of Life, Children of Men, Sleepy Hollow). En effet, le film est entièrement tourné à la lumière naturelle (celle du Soleil, de la Lune ou d’un feu de camp), se contentant de seulement quelques heures de tournage par jour.

La caméra-pinceau de Lubezki se meut constamment au cours de plusieurs plan-séquences complexes qui permettent aux acteurs de démontrer l’étendue de leur savoir-faire. La scène de l’attaque de la femelle grizzli est particulièrement réussie, voire à la limite du supportable, la goutte faisant déborder le cadre pour ainsi dire. Lubezki devrait remporter l’Oscar de la meilleure photographie pour une troisième année consécutive, après Gravity en 2014 et Birdman en 2015.

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DiCaprio résume le film comme suit : « L’Homme contre la Nature. La vengeance. La volonté de vivre. Ce qu’on est capable de faire pour survivre. Notre capacité d’adaptation. Ce à quoi on s’accroche, ce qui nous porte. Ce sont les thèmes que nous voulions explorer. Pouvoir nous immerger dans cet environnement, y vivre réellement pendant huit mois, a donné une réalité tangible à ces thèmes. »

À l’image du gros plan de Glass dont le souffle embue l’objectif de la caméra (une Alexa 65 filmant en numérique au format 65 mm) répond celle d’un plan d’ensemble du brouillard au-dessus des montagnes. La symbiose entre l’intimité des personnages et l’immensité des paysages s’inscrit alors aussitôt. Cela insuffle symbolisme et spiritualité à cette nature (humaine). Chaque image, chaque son et chaque silence sert le propos du film, lequel stipule que tout parent veut protéger son enfant coûte que coûte, qu’il soit un Hugh Glass, une femelle grizzli ou un membre de la tribu des Arikaras…

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Bref, The Revenant s’inspire librement d’une histoire vraie incroyable pour permettre à un acteur incroyable, un réalisateur incroyable et un directeur de la photographie incroyable d’unir leurs forces. Ceux et celles qui reprocheront au film ses longueurs sont les mêmes qui continuent de sous-estimer le Barry Lyndon de Stanley Kubrick, un autre film d’époque colossal connu pour sa photographie unique grâce à des intérieurs éclairés aux chandelles.

Un choc visuel cru, dans tous les sens du terme, qui mélange de main de maître « trip » et « trippes »…

Verdict : 9 sur 10

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca