War and Peace : l’année commence très bien




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War and Peace : l’année commence très bien

War and Peace est une nouvelle série de six épisodes diffusée sur BBC One depuis le 3 janvier en Angleterre et depuis le 18 janvier sur Lifetime en Amérique.

War and Peace

War and Peace

Il s’agit bien entendu de l’adaptation du roman Guerre et Paix (War and Peace) de 1869 de Léon Tolstoï qui débute en 1805 alors que la grande armée de Napoléon (Mathieu Kassovitz) est en train de conquérir le continent européen tout entier, à l’exception de la Russie qui pour l’instant se mobilise. Cette grande histoire nous est racontée du point de vue des Bezukov, Bolkonsky, Kuragin et Rostova : les principales familles aristocrates qui subissent ou prennent part au conflit, en plus d’être en proie à leurs aléas amoureux.

Scénarisée par Andrew Davies qui a signé en 1995 la très populaire Pride and Prejudice, les attentes étaient extrêmement hautes quant à War and Peace et BBC ne nous déçoit pas, loin de là. Sans tomber dans le piège du sensationnalisme comme le craignaient certains, on a fait bien du chemin autant du côté technique que de celui de la narration depuis le film américain de 1956.

Des attentes très hautes

La première scène de War and Peace est à l’image de la série à venir : grandiose et sachant immédiatement amadouer le téléspectateur. C’est que l’on se retrouve dans un des salons d’Anna Pavlovna Scherer (Gillian Anderson) et tout le gratin y est en train de danser. Au rythme des valses, la caméra aussi se promène subtilement parmi les invités afin qu’on fasse connaissance avec les principaux protagonistes.  En premier lieu, nous avons Pierre Bezukhov (Paul Dano), philosophe à ses heures, ivrogne aux autres. Son père, un riche comte est mourant et pourrait bien lui léguer toute sa fortune, malgré ses incartades, au grand désappointement de son oncle le prince Vassily Kuragin (Stephen Rea) qui ne roule pas sur l’or. Le vieux renard réussit tout de même à marier sa fille Helene (Tuppence Middleton) à son neveu, mais cette union tournera rapidement au désastre. Sinon, il compte sur son fils Anatole (Callum Turner), un coureur de jupons invétéré, pour séduire la princesse Marya Bolkonsky (Jessie Buckley), laquelle préfère finalement rester auprès de son irascible père Nikolai (Jim Broadbent). L’aîné des enfants, Andrei (James Norton), a le mal de vivre et comme s’il courait délibérément à sa perte, il s’empresse de s’enrôler dans l’armée, oubliant presque sa femme qui est sur le point d’accoucher de l’héritier. Reste la famille Rostova qui dans les premiers épisodes est davantage en retrait. Leur adorable jeune fille Natasha (Lily James) n’a pas encore fait son entrée officielle dans le monde tandis que son frère Nikolai (Jack Lowden) combat aux côtés d’Andrei.

War and Peace

Il y a de ces classiques littéraires qui s’adaptent admirablement bien à l’écran et qui trouveront toujours leur public, quand bien même on connaîtrait l’histoire par cœur. On l’a vu durant la période des fêtes, And Then There Were None, aussi de la BBC a attiré des millions d’amateurs bien que l’histoire (et le meurtrier) soient connus de tous. Ici, l’appétit des téléspectateurs s’appuie en grande partie sur la reconstitution pharaonique de cet univers de Tolstoï grâce à la technologie, hautement plus convaincante de nos jours comparé à quelques années seulement. Et War and Peace, dans son ensemble, est aussi grandiose que sa bande-annonce dévoilée en 2015 qui nous avait mis l’eau à la bouche. Qu’il s’agisse des châteaux et des locations tout court; dans la majorité des cas, on a préféré filmer sur place (Russie, Lettonie, Lituanie) plutôt que d’avoir recours au green screen ou aux décors en cartons d’une autre époque. Quant au montage, éclairage ou mouvements de caméra, le tout est impeccable.

Si du point du côté visuel, des salles de bal aux champs de bataille, on ne peut critiquer la nouvelle production, c’est au niveau du scénario que l’on craignait le pire. Reproduire l’histoire à la sauce 2016 peut avoir des effets désastreux (Reign, Da Vinci’s Demons, etc.), surtout lorsqu’on compte plusieurs spécialistes du chef-d’œuvre de Tolstoï qui connaissent presque à la virgule près le texte. Avant même que War & Peace soit diffusée, des fuites concernant une scène d’inceste entre Anatole et Helene a fait rager certains d’entre eux, affirmant qu’il s’agissait : « d’une imposition d’un point de vue du 21e siècle dans un roman du 19e siècle ». Alors que jamais il n’en était question dans le texte, Tolstoï parle tout au plus de valeurs immorales du frère et de la sœur. Le scénariste, Andrew Davies n’était pas de cet avis, affirmant que le sous-texte laissait entendre un tel comportement et qu’à l’époque, l’auteur n’avait pas le choix de s’autocensurer. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de quoi en faire tout un plat une fois qu’on a vu la scène qui survient au deuxième épisode. Helene est en robe de nuit sous les couvertures dans son lit et Anatole la rejoint tout habillé. On peut affirmer que les deux se caressent sous la couette, évoquant une complicité, certes, malsaine (à l’image du comportement en général des deux protagonistes), mais de là à parler d’acte sexuel, c’est un peu fort. Même l’épisode en soi est classé « général » avec cet avertissement « Contains some sexual content… » Bref, on est loin de tomber dans le sensationnalisme.

War and Peace

1956 vs. 2016

Comme mentionné plus haut, au point de vue visuel, la version de King Vidor ne peut compétitionner du point de vue esthétique et technologique avec la version de la BBC, et ce, malgré un énorme budget pour l’époque de 6 millions $ (par chance, les recettes rien qu’aux États-Unis ont dépassé les 12 millions). Il faut dire que le format télévisuel se prête davantage à l’adaptation en raison des nombreux actes que contient de la fiction : ainsi, la BBC peut se permettre de prendre son temps avec six épisodes de 60 minutes tandis que le film durait 208 minutes; ce qui est déjà très long pour une projection en salles. Par contre, c’est au niveau du casting que les comparaisons sont intéressantes. On peut placer à égalité James Norton et Mel Ferrer pour leur interprétation d’Andrei, un personnage de toute façon plutôt froid. Par contre, le Pierre de 2016 interprété par Paul Dano au physique peu flatteur (il faut l’avouer), ainsi que l’immaturité et la fatalité qu’il en émane est beaucoup plus efficace qu’un Henry Fonda qui transforme le personnage en misanthrope hagard, de toute façon beaucoup trop âgé pour le rôle. Reste Natasha. On a l’habitude de voir Lily James en costume d’époque marier son prince charmant (Downton Abbey, Cendrillon), mais c’est définitivement Audrey Hepburn de 1956, qui avec une innocence, joie de vivre et intensité finit par gagner nos cœurs.

En Angleterre, le succès est incontestable : 6,95 millions de téléspectateurs (en incluant les enregistrements) avec une part de marché de 25 % pour son premier épisode, tandis que le second en a rallié en direct 4,5 pour une part de presque 20 %. Puis, on note un retour en hausse en troisième semaine (5,1 M. (22%)). À titre de         comparaison, Poldark lancée en mars l’a dernier avait rejoint près de 7 millions pour sa première et avec les données incluant les enregistrements, n’est jamais tombé en dix épisodes sous la barre des 6,8 millions. Question de conserver son auditoire, la chaîne aurait peut-être pu s’accaparer une plus grande part du gâteau en diffusant deux épisodes l’un à la suite de l’autre, comme ce sera le cas  aux États-Unis et au Canada qui présenteront la série dès le 18 janvier sur A&E.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!