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Deadpool : le personnage WTF du bestiaire Marvel qui ne fait ni dans la dentelle, ni dans la ouate de phoque!

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Non seulement Deadpool permet à Ryan Reynolds de faire oublier la première date ratée avec ce superhéros atypique (c’était en 2009 dans le spin-off X-Men Origins: Wolverine), mais permettra aussi à sa carrière en dent de scie de se faire affiler. En effet, depuis que National Lampoon’s Van Wilder l’a mis sur la map en 2002, l’acteur de 39 ans vacille entre petits succès d’estime (Buried) et gros flops commerciaux (Green Lantern, R.I.P.D.), ne dénichant jamais le rôle qui lui siérait comme un gant. Il aura fallu attendre un costume en lycra rouge…

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Deadpool

L’intérêt de ce énième blockbuster du 21e siècle, quoique premier de la présente année, se situe davantage au niveau de la forme que du contenu. Je m’explique.

L’histoire raconte une origin story on ne peut plus éculée :

Wade Wilson (Ryan Reynolds), mercenaire au service d’une cellule secrète de la CIA, se voit forcé de conclure un pacte faustien : la guérison de son cancer généralisé contre une expérience qui fera de lui un superhéros. Or, il deviendra plutôt un antihéros à la morale déficitaire, Deadpool. Son superpouvoir : régénération de ses tissus endommagés par des blessures, ce qui lui entrouvre les portes de l’invincibilité. Son but : traquer un homme prénommé Francis, aka Ajax (Ed Skrein), qui est responsable de son état physique, hideux à l’image d’un Freddy Krueger, physique qui l’oblige à garder ses distances par rapport à la femme de sa vie, Vanessa (Morena Baccarin). Sa spécificité : être conscient de son statut de personnage de cinéma et bombarder les spectateurs de soliloques en voix off.

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Depuis une décennie, Ryan Reynolds tente de convaincre un studio de donner le feu vert pour un long métrage subversif avec Deadpool en tant que protagoniste. En janvier 2012, un test footage de trois minutes est tourné dans le but de servir d’argument de persuasion. Ce n’est pas suffisant. Le 1er août 2014, cette vidéo est « accidentellement » mise en ligne pour tâter le pouls auprès des fans. La réponse est plus qu’optimiste (à un point tel que ces trois minutes seront reprises pour l’ouverture du film), créant un véritable buzz viral autour de la possibilité d’une adaptation fidèle aux comic books estampillés Marvel. La 20th Century Fox (ironiquement le studio derrière X-Men Origins: Wolverine!) accepte enfin d’investir 58 millions de dollars. Une campagne de promotion, presque aussi surexcitante que le film lui-même, s’est déployée aux quatre coins de la webosphère grâce aux réseaux sociaux : Facebook, Instagram, YouTube et surtout Twitter (son unique abonnement étant la marque déposée Hello Kitty!).

Ryan Reynolds précise : « Sans les réseaux sociaux, sans le web en général, sans les fans, ce film n’aurait sans doute jamais existé. C’est grâce à leur insistance et à leur persistance que nous sommes arrivés à nos fins. Je pense que nous n’allons pas les décevoir. Ce film va vraiment les prendre par force et par surprise. »

La MPAA lui a flanqué la visa d’exploitation Rated R, ce qui signifie que les mineurs de moins de 17 ans doivent être accompagnés d’un adulte. La Fox n’a toutefois pas bronché d’un cil. C’est un pari risqué de sa part, puisque le film ne sortira pas en Chine à cause de sa violence graphique et se privera du deuxième plus gros marché en terme de recettes au box-office. Les scénaristes Rhett Reese et Paul Wernick (Zombieland, G.I. Joe: Retaliation) ont profité de cette restriction pour donner plus de latitude à l’autodérision et à la surenchère. Deadpool se fout donc de tout et de tous, n’épargnant rien ni personne sur son passage.

Ryan Reynolds est parfait dans son rôle. Il a pu improviser sur le tournage en se moquant allégrement de lui-même (Do you think Ryan Reynolds got this far on his acting abilities?), de son superpouvoir de sex-symbol, de ses rôles antérieurs (Hannibal King dans Blade: Trinity ou Green Lantern dans le film éponyme) et bien entendu de la version brouillonne du Deadpool en 2009. Tantôt Reynolds rit de Hugh Jackman, notamment leur apparition respective sur la couverture du magazine People (l’un en 2008 et l’autre en 2010) en tant que sexiest man alive, tantôt Deadpool rit de Wolverine. Les Avengers ne sont pas oublié (Wade songe un instant à s’appeler Captain Deadpool…) et les X-Men non plus (Deadpool refuse de se joindre à ce boys band en uniforme). Ces clins d’œil à la pop culture occidentale virevoltent dans toutes les directions et forcent parfois le spectateur à se demander si l’antihéros ne se vautre pas dans sa propre folie. À mon avis, ils font oublier le manque de profondeur de l’histoire…

Deadpool interagit avec nous sur les réseaux sociaux depuis plus d'un an et demi...

Deadpool interagit avec nous sur les réseaux sociaux depuis plus d’un an et demi…

Les personnages secondaires ont été castés avant de se faire castrer par Deadpool. Ed Skrein (The Transporter Refueled) joue un Ajax aussi terne que le Yellowjacket de Corey Stoll dans Ant-Man. Son look à la David Beckham n’a rien de bien méchant, sans parler de son superpouvoir sous-exploité (insensibilité à la douleur). Morena Baccarin (Serenity) s’éloigne de Scarlett Johansson en tant que personnage féminin dans la mesure où sa Vanessa ne cherche pas LA position qui avantagera sa silhouette à l’étroit dans un costume en cuir noir. Gina Carano (Furious 6 et bientôt Kickboxer), une combattante de MMA qui semble suivre les traces de Ronda Rousey, joue Angel Dust. Elle a l’air balaise et badass face à Colossus. Ce dernier doit d’ailleurs ses traits faciaux à Greg LaSalle, sa voix à Stefan Kapicic et sa stature à Andre Tricoteux grâce à une capture de mouvement. Il est enfin à la hauteur de son homologue bédéesque après trois tentatives avortées par Daniel Cudmore dans X-Men 2, X-Men: The Last Stand et X-Men: Days of Future Past. Brianna Hildebrand a hérité du rôle le plus facile, mais du nom le plus difficile à prononcer : Negasonic Teenage Warhead. C’est pour notre plus grand plaisir que Deadpool s’archarne sur celle qu’il qualifie de « coolest name ever ». Colossus et Nega je-ne-sais-quoi sont les deux seuls autres personnages issus de l’univers des mutants. Leur team-up n’apporte rien à l’histoire, mais a permis au réalisateur de planter sa caméra au Xavier’s School for Gifted Youngsters. Et que dire de la présence de Stan Lee en DJ de strip club, sinon qu’il s’agit de son meilleur caméo?

Tim Miller en est à sa première réalisation d’un long métrage. Par le passé, il a été le creative supervisor de Scott Pilgrim vs. the World et le cofondateur de Blur qui a ouvert ses portes en 1995. Ce studio spécialisé dans les effets spéciaux se cache derrière les plans dans l’espace d’Avatar, le générique d’ouverture du film The Girl with the Dragon Tattoo, le prologue de trois minutes et le générique de fermeture de Thor: The Dark World ainsi que les génériques des films The Amazing Spider-Man et The Amazing Spider-Man 2. Son travail sur Deadpool m’a beaucoup moins impressionné que son portfolio. Il s’est contenté de focusser sur son personnage principal, sans peaufiner son éclairage, ses décors et son découpage technique.

Dans la première moitié du film, la structure du récit ne respecte pas la linéarité académique d’un Spider-Man ou encore d’un Ant-Man. Elle évite de rester assujettie au principe de causalité, présentant l’après pour ensuite revenir à rebours grâce à une série de flashbacks qui éclairent sur le pourquoi du comment. Dans la seconde moitié, moins originale, le récit retombe dans les clichés scénaristiques. Combien je déteste voir les héros qui marchent en rang au ralenti à l’approche de la confrontation finale!

Negasonic Teenage Warhead, Deadpool et Colossus prêts à en découdre...

Negasonic Teenage Warhead, Deadpool et Colossus prêts à en découdre…

L’artiste Rob Liefeld et le scénariste Fabian Nicieza sont les deux hommes à l’origine de la création de Deadpool, dont la première apparition sur papier remonte à février 1991 dans le numéro 98 de la série The New Mutants. Ce personnage périphérique des X-Men agit comme acolyte ou comme adversaire, selon son humeur, et s’avère le deuxième plus important killer de l’univers des comics, derrière Wolverine et devant The Punisher.

Le quatrième mur est une expression du lexique théâtral selon laquelle les personnages ne doivent en aucun cas regarder vers le public (l’objectif de la caméra pour le cinéma) afin de ne pas nuire à l’immersion spectatorielle. Dans Deadpool, le protagoniste fait fi de ce mur imaginaire et le défonce d’un coup de pied, voire d’un coup de bassin pour reprendre son vocabulaire très phallique et très scatologique, comme si sa fermeture Éclair est restée coincée au stade anal.

Quand un autre personnage lui demande où il est, le Deadpool de Liefeld et de Nicieza répond le numéro de sa planche et celui de sa case. Cette omniscience est même son atout charme auprès des lecteurs. Le Deadpool de Miller et de Reynolds parle aux spectateurs grâce à une voix off et l’effet n’est vraiment pas aussi efficace à l’écran qu’à l’écrit. Il faut rappeler que les bonimenteurs faisaient déjà le pont entre un film et son public lorsque le cinéma muet faisait ses premiers pas en 1895. Et le narrateur a repris le flambeau quelques années après que le cinéma ait dit ses premiers mots en 1927. Dans l’adaptation cinématographique, l’idée d’un quatrième mur brisé est plutôt réussit quand Deadpool influe sur l’appareillage technique, soit en accélérant lui-même le film (pour s’arrêter par inadvertance sur une séance de masturbation!), soit en tournant la caméra afin de privilégier une violence suggérée et non exagérée. Il s’autocensure? Nul besoin de la MPAA!

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Le générique d’ouverture, déjà culte, ne nomme personne de la distribution ou de l’équipe technique, préférant plutôt les surnommer. Ainsi, Tim Miller devient « an overpaid tool », Colossus « an entirely CGI character » et Stan Lee « a gratuitous cameo ». Les scénaristes Rhett Reese et Paul Wernick reçoivent un crédit qui tombe souvent aux oubliettes, en étant surnommés « the real heroes here ». L’idée de recourir à l’effet du time freeze m’a rappelé la scène culte de Quicksilver dans X-Men: Days of Future Past. C’est d’autant plus vrai que le choix de la chanson Angel of the Morning de Juice Newton ressemble à la chanson Time in a Bottle de Jim Croce…

Il y a une scène postgénérique à la fin du film. Je ne vous dirai pas ce qu’elle dévoile ou annonce, mais elle rend hommage à la scène postgénérique de Ferris Bueller’s Day Off où Matthew Broderick s’adresse à la caméra pour rappeler au spectateur que le film est terminé. You’re still here? It’s over!

À la fin de ma critique, je vous ai mis l’extrait de cette comédie de John Hughes sortie en 1986. À noter que l’inspiration pour la scène bonus de Deadpool commence à partir de 3 minutes et 15 secondes.

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L’année super-héroïque de 2016 commence en force en attendant Batman v Superman: Dawn of Justice (25 mars), Captain America: Civil War (6 mai), X-Men: Apocalypse (27 mai), Teenage Mutant Ninja Turtles: Out of the Shadows (3 juin), Warcraft (10 juin), Ghostbusters (15 juillet), Suicide Squad (5 août), Doctor Strange (4 novembre), Rogue One: A Star Wars Story (16 décembre) et Assassin’s Creed (21 décembre).

Ryan Reynolds commente : « Je crois qu’il n’y aucun personnage similaire à Deadpool, nulle par ailleurs. Il est tellement unique et différent, son sens de l’humour arrache totalement et aucun superhéros ne peut tenter de lui voler la vedette sur une scène. Quelque part, je pense que le timing est parfait car c’est un superhéros qui peut sortir du lot des autres films du genre. Je crois que vous aurez droit à un spectacle unique, quelque chose que vous n’avez jamais vu dans aucun autre film de superhéros. »

Bref, Deadpool divertira principalement les geeks trentenaires en mal de films boostés à l’adrénaline, à la testostérone et à l’hémoglobine. Les apartés lancés aux spectateurs donnent l’impression que ce super antihéros est assis à nos côtés et nous donne un coup de coude chaque fois qu’il veut souligner le caractère méta et référentiel de ses punchlines graveleuses. Cette distanciation fait sa force/farce, établissant entre nous et lui une relation chummy chummy, mais fait aussi sa faiblesse en raison de l’absence d’identification, voire d’immersion. Il était grand temps qu’un film s’éloigne du patriotisme bon enfant made in USA, car, parfois, ça glisse au pays des Marvel…

Verdict : 8 sur 10

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca