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Stéphanie Leduc : entrevue avec l’auteure de Dryade et Titi Krapouti

Lors de ma journée au Salon de l’amour et de la séduction de Montréal, je fis une découverte : la bande-dessinée érotique Québécoise. J’ai rencontré Stéphanie Leduc dit Laduchesse, auteure Dryade un livre haut en couleur qui ne laisse personne indifférent. J’ai voulu en savoir plus sur son métier, voici l’entrevue que nous avons réalisé :

Stéphanie Leduc

Comment vous décrivez-vous dans votre travail et comme personne ?
Je me décrirais comme une auteure-entrepreneure. Il y a trois ans, je travaillais encore avec le système traditionnel des éditeurs. Ma bande dessinée pour enfants, Titi Krapouti & cie, a été distribuée en Europe. Depuis, j’ai récupéré mes droits d’auteur et j’ai lancé une campagne de financement sur Sandawe.com pour Dryade 1- Les envoûteurs.

Combien d’ouvrages avez-vous produits ?

Pour l’instant quatre. J’ai publié deux tomes avec ma série jeunesse Titi Krapouti & cie et je suis en train de travailler sur le tome 3 en parallèle avec le tome 2 de ma série d’erotic-fantasy, Dryade. Et puis, il y a ma série tout public de steampunk-médiéval, Terre sans dieux 1- L’éveil du fléau.

Stéphanie Leduc titi

Titi Krapouti est un personnage qui veut devenir le plus grand livreur de sa ville dans un monde où être livreur équivaut à être astronaute. C’est un petit gars qui a décidé de voir grand alors ses yeux ont fait plop! Il vit dans la ville d’Absurdido et se retrouve à livrer des chips à des extra-terrestres ou de la neige en été. C’est de la poésie absurde.
Dans le cas de Terre sans dieux, c’est un peu mon Seigneur des anneaux. Il s’agit d’un monde abandonné par ses dieux qu’on doit retrouver pour sauver la planète. Le concept derrière ce livre est que l’humain est naturellement idolâtre et a besoin de croire en une puissance supérieure. Ce n’est pas les dieux qui l’ont crée, mais l’inverse.
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C’est vous qui avez écrit le texte ? Fais le dessin ?
Je fais tout : scénario, dessin, couleur.

Dans le « making of » de Dryade, on apprend que vous avez tiré votre inspiration d’un voyage en Hollande. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Ce sont les voyages qui m’inspirent le plus. Lors de celui-ci, je suis restée trois mois en Hollande ce qui était plus immersif. J’ai pu apprécier un paradoxe dans la culture Hollandaise où une pensée traditionnelle et un esprit très ouvert se côtoient. La religion est présente, les valeurs familiales aussi, la femme reste souvent à la maison pour élever les enfants. Mais d’un autre côté, il y a des sexshops partout et ils sont exhibitionnistes. On ne les appelle pas les Latins du nord pour rien !

Vous y avez découvert la bande dessinée érotique ?
C’est là que je me suis mise à m’y intéresser. Quand j’entrais dans une librairie de livres usagés, la section BD était en grande partie érotique. Je me suis promenée dans le Red Light d’Amsterdam et être exposé à ce genre de milieu m’a frappé. Je n’étais jamais allé sur internet pour regarder des films pornos et je n’en écoute pas plus aujourd’hui. J’avais un œil assez vierge par rapport à cela et j’ai décidé d’étudier le sujet. Je me suis mise à acheter plein de bandes dessinées érotiques de tous azimuts, japonaises, italiennes, américaines…

Laurell K. Hamilton

Laurell K. Hamilton

Y’en a-t-il une qui vous a marqué en particulier ?
Druuna de Serperi. Une BD italienne érotique, voir porno, de science-fiction, mais toujours très élégant dans le dessin. Son style classique avec des hachures qui traduit bien les formes.

Qui est votre auteure érotique fétiche ? Si quelqu’un a aimé Dryade, il aimerait selon vous ?
Laurell K. Hamilton

Y’a-t-il eu de l’aide d’État pour Dryade ?
Pour Dryade 1- Les envoûteurs, je n’ai pas fait de demande de bourse, tout est venu de dons privés avec le socio-financement. Ce mode de financement aura été une révélation pour moi, car il inclut les lecteurs dans le processus créatif en leur présentant en temps réel l’évolution du projet. Avoir toujours en tête celles et ceux pour qui je fais le livre me pousse à exceller. C’est une bonne motivation et une formule qui me réussit.

On parle d’aide d’État mais qu’en est-il de l’aide médiatique ?
J’ai de la chance car il y a, depuis quelques années, un intérêt pour la bande dessinée québécoise en général et le financement participatif. C’est ainsi que j’ai eu un article sur Dryade dans le Journal de Montréal. Robert Laplante en a aussi parlé dans l’émission Au pays des bulles (radio centre-ville). Le magazine Voir s’intéresse à l’érotisme et au long-métrage sur lequel Éric Falardeau travaille en ce moment. Le journal a parlé du court-métrage de Dryade sans le nommer. Je ne sais pas s’il y a un intérêt médiatique pour l’érotisme Québécois, mais j’espère que le court-métrage de Dryade ne laissera pas indifférent.

Rien à Radio-Canada ?
Je n’ai pas approché Radio-Canada, mais comme j’écoute peu leur poste de radio et de télévision, je ne m’offusque pas qu’ils n’aient jamais parlé de mon travail.

Dryade présente trois visions de l’homme : la bête sauvage ne contrôlant pas ses pulsions, le protecteur et l’envoûteur. Est-ce que cela traduit votre vision des hommes dans notre société ?
Pas du tout. Je trouve que j’ai la chance de vivre dans un pays où on a une belle communauté masculine. Franchement, j’adore les hommes Québécois. Ils ont de la conversation. Ça peut être des amants, des amis. Ils sont complexes et je ne les mets pas dans une boîte. Dans le cas de Dryade, c’est une BD d’Erotic-Fantasy aux fantasmes à saveur sombre. Moi-même je n’aimerais pas vivre dans ce genre d’univers pas plus que dans un film de zombie. Et pourtant, j’adore les films de zombie ! Une personne dont j’ai oublié le nom a dit, l’esprit est un étrange endroit et il ne répond pas toujours à nos idéaux.

Le viol fait-il partie d’un fantasme ?
Pour certaines personnes, le viol peut faire partie d’un fantasme car l’être humain est complexe et contradictoire et je ne suis pas là pour juger. La BD comme les fantasmes sont une forme d’exutoire. Les Japonais avec leurs manga maîtrisent ça à merveille en faisant la distinction entre la fiction et la vraie vie. Il y a des scènes fortes dans Dryade, et comme dans la vraie vie, des choses horribles peuvent se produire. Ça fait partie du récit. Dryade n’est pas un documentaire, pas plus qu’une oeuvre anthropologique, mais de la fantasy dont la seule mission est de nous sortir du quotidien. Je n’approuve pas la violence, mais dans mon histoire, il y en a.

On entend des fois qu’il y aurait une culture du viol au Québec. Pensez-vous que les quelques scènes de viol de votre BD y contribuent ?
Je ne pense pas qu’il y a plus de viols depuis que ma BD est sur le marché. Le viol est aussi vieux que l’humanité et cela bien avant l’arrivée de la BD ou du cinéma. Encore une fois, je n’approuve pas ce genre de comportement, mais il a une place dans l’histoire que je raconte. Les scènes érotiques incluant celles d’agression sont justifiées dans mon récit. Pour ce qui est d’une culture du viol au Québec, en tant que femme, je me suis promenée souvent dans les rues de Montréal sans aucun problème même la nuit. Alors que lors de mes voyages sur le vieux continent, je me devais d’être plus prudente et ça m’a fait encore plus aimer le Québec. Ceux qui voient une culture du viol ici ne doivent pas avoir beaucoup voyagé. Bref, je ne crois pas que cette culture soit plus forte ici qu’ailleurs.

Y’a-t-il des dessins plus difficiles à réaliser que d’autres ?
Dessiner des corps enlacés, c’est toujours complexe, mais un défi agréable. Pour ce faire, j’amasse le plus de références visuelles possible.

Un dessin qui défini votre style ?
Le splashpage est une caractéristique de mon style. Sinon, je fais un dessin réaliste un peu « disneyien ». Exemple, Dryade page 38 :

splash

Il y a des statuettes de Dryade en vente. Il y a aussi un film qui s’en vient. Voulez-vous créer un culte autour du personnage ?
Je veux que Dryade soit une figure de proue. Un véhicule qui peut faire briller différents talents.

Dryade

Par exemple ?
Les gens qui vont travailler sur le film. On va faire un making of assez poussé et on fera des entrevues avec chaque personne participant à la réalisation du film. Les marionnettistes, les effets spéciaux, les gens du décors… Chacun aura son moment.

Combien de temps est-ce que la réalisation de Dryade vous a pris ?
Deux ans.

Dryade

Où peut-on la trouver ?
Pour l’instant au Renaud Bray jusqu’au mois de mars. Je ne sais pas si ça sera renouvelé, ça dépend des ventes. Librairies indépendantes : Planète BD, Marché du livre, Débédé. Il y a aussi plusieurs sex shops : Romance, Séduction, Xtasy.

Qu’est-ce qui s’en vient pour vous en tant qu’artiste à court/moyen long terme ?
Je travaille sur le court-métrage qui sera le laboratoire du long. Pour le long-métrage, j’ai besoin des deux livres, alors mon travail consiste à plancher sur la seconde partie. Le court-métrage servira de portfolio pour aller chercher des producteurs et des investisseurs.

Pour plus d’information, visitez : www.stephanieleduc.com

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Simon Lefranc

Étudiant en journalisme à l'UQAM. Je m'intéresse à tout ce dont les médias mainstream ne s'intéressent pas.