Race ou comment 10 secondes de liberté s'obtiennent quand l'Éclair surpasse la vitesse de l'Hitler…




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Race ou comment 10 secondes de liberté s’obtiennent quand l’Éclair surpasse la vitesse de l’Hitler…

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Avant Usain Bolt à Pékin en 2008 et avant Carl Lewis à Los Angeles en 1984, il y a eu Jesse Owens. Ce représentant des États-Unis en athlétisme a remporté quatre médailles d’or aux Jeux olympiques d’été de 1936 à Berlin, en Allemagne. C’était il y a 80 ans, soit trois ans avant la Seconde Guerre mondiale, dans une atmosphère de xénophobie et d’antisémitisme causée par l’ascension exponentielle du Troisième Reich.

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Tout commence au moment où le sprinteur Jesse Owens (Stephan James) est recruté et entraîné par Larry Snyder (Jason Sudeikis). Jesse domine rapidement le circuit des compétitions nationales. Le 25 mai 1935, en l’espace d’une heure, il bat ou égalise six records du monde aux championnats de la Big Ten Conference à Ann Arbor, dans le Michigan. Entre-temps, à Berlin, la réalisatrice de propagande nazie Leni Riefenstahl (Carice van Houten) tente d’amadouer le Ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande, Joseph Goebbels (Barnaby Metschurat), afin de tourner un documentaire sur les Jeux olympiques. Tandis qu’Adolf Hitler (Adrian Zwicker) souhaite utiliser cet événement pour promouvoir l’idéologie de la supériorité de la race aryenne, l’avocat américain Avery Brundage (Jeremy Irons) signe un accord afin que les Afro-Américains et Juifs d’origine américaine puissent y participer. Les Jeux approchent et la participation de Jesse devient donc un enjeu crucial.

Race est le titre à double sens du dernier film de Stephen Hopkins (The Ghost and the Darkness, 12 épisodes de la télésérie 24 et 24 épisodes de la télésérie House of Lies).

D’un côté, il se traduit de l’anglais par le mot « course », renvoyant plus précisément aux épreuves sportives dans lesquelles ce quadruple médaillé d’or a brillé : 100 mètres, saut en longueur, 200 mètres, relais 4 x 100 mètres. Seul Alvin Kraenzlein avait réussi un exploit semblable à Paris en 1900.

De l’autre, il fait référence au mot « race », c’est-à-dire à la couleur de la peau de cet afro-américain qui a donné le flambeau à d’autres athlètes noirs comme Jackie Robinson au baseball ou encore Althea Gibson au tennis. Il a aussi souffert de la ségrégation raciale aux Etats-Unis.

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La réalisation de Hopkins avance à pas feutrés en ne dérogeant pas de la formule académique. L’interprétation de la distribution est convenable, la photographie de Peter Levy est convenable et la musique de Rachel Portman est convenable. Cette conformité aux règles empêche le film d’être à la hauteur de son sujet. Le scénario de Joe Shrapnel et Anna Waterhouse est probablement haletant à l’écrit, certes, mais il se contente à l’écran de mettre bout à bout les exploits du meilleur sprinteur de l’entre-deux-guerres.

Leni Riefenstahl est montrée comme une réalisatrice fonceuse qui ne recule devant rien pour immortaliser les exploits de ces dieux du stade. 45 caméras ont d’ailleurs été utilisées pour son documentaire intitulé Olympia, lequel préfigure le reportage sportif moderne et invente pour ainsi dire la télévision. Il aurait été intéressant que Hopkins ait autant d’audace, qu’il offre une vraie proposition de cinéma et un point de vue plus personnel.

Riefenstahl a précisé dans ses mémoires : « J’ai tourné Olympia comme une célébration de tous les athlètes et un rejet de la théorie de la supériorité de la race aryenne. »

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C’est l’acteur canadien Stephan James (Selma) qui donne corps à la légende et l’athlète montréalais Hank Palmer qui incarne sa doublure durant les courses. À noter que John Boyega devait jouer ce rôle-titre avant d’accepter celui du Stormtrooper Finn dans Star Wars: Episode VII – The Force Awakens.

Hank Palmer donne son opinion sur ce que représente Jesse Owens : « Il avait un pays contre lui. Il s’est placé dans un état d’esprit pour s’élever au-dessus de la mêlée. Il est l’exemple parfait de l’athlète capable de faire abstraction de toutes les distractions pour réaliser son objectif. »

Les deux tiers de l’investissement proviennent d’ici, notamment des compagnies de production Solofilms (Frisson des collines) et Trinica Entertainment (Dallas Buyers Club). À ce titre, ce biopic est davantage canado-allemand que germano-canadien.

Louis-Philippe Rochon, l’un des producteurs du film, commente le tournage : « On a tourné six semaines à Montréal et trois semaines à Berlin. On a beaucoup tourné dans un dépotoir à neige de Longueuil où on a recréé des pistes de course en terre battue. Aujourd’hui, les pistes sont en synthétique. Mais à l’époque de Jesse Owens, dans les années 1930, c’était en terre battue. On a reproduit tous les stades sur la même piste, incluant celui de Berlin, grâce à la magie du cinéma! On a aussi beaucoup tourné dans le Vieux-Montréal. »

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Daniel St-Hilaire, l’homme qui a entraîné bon nombre de sprinteurs dont Hank Palmer et Bruny Surin, agit à titre de consultant pour toutes les scènes en piste. Il explique : « Jesse Owens avait besoin de 60 foulées pour parcourir 100 mètres comparativement à 40 pour un coureur comme Usain Bolt. Owens courait le corps droit, les bras serrés et ses foulées étaient courtes. Il était le seul de son équipe à courir comme ça. »

Bref, alors que la question du racisme fait la une à l’approche des Oscars, Race tombe à point. Si, au départ, il semble vouloir faire beaucoup avec un budget de 30 millions de dollars, il n’en demeure pas moins qu’à l’arrivée il fait peu avec un sujet d’une aussi grande envergure. Plusieurs scènes auraient même mérité d’être coupées ou réduites. Avec un saut de 134 minutes entre son générique d’ouverture et son générique de fermeture, il va sans dire que le résultat représente par moments un véritable saut en longueurs…

Du 5 au 21 août 2016, Usain Bolt sera à surveiller aux Jeux olympiques d’été de 2016 à Rio de Janeiro, au Brésil.

Verdict : 7,5 sur 10

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca