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Second Chance (2016): pas pour Fox

Second Chance est une nouvelle série diffusée depuis la mi-janvier sur les ondes de Fox aux États-Unis.

Second Chance fox

Second Chance

L’action se déroule à Seattle autour Jimmy Pritchard (Philip Baker Hall), un vieil homme de 75 ans, anciennement shérif. Un soir, il est amené de force par deux escrocs près d’un pont après qu’il les ait surpris en train de fouiller dans les dossiers de son fils Duval (Tim DeKay), un agent du FBI. Les deux hommes le jettent à l’eau et font ainsi croire à un suicide. Pendant ce temps, de l’autre côté de la ville, nous avons les jumeaux Otto (Adhir Kalyan) et Mary (Dilshad Vadsaria), les cofondateurs de l’entreprise informatique Lookinglass. Grâce à leurs talents (infinis) en informatique, ils parviennent à ramener Robert à la vie, mais en plus jeune et plus fort (Robert Kazinski) : C’est que Mary est atteinte d’un cancer et que celui-ci est un des seuls sur la Terre à partager les mêmes cellules qui pourraient régénérer son corps. Mais chassez le naturel il revient au galop : Robert est un shérif et veut continuer à coffrer les méchants.

Peu importe la manière dont les choses se déroulent, Fox, dans son manque d’originalité extrême souhaitait nous offrir une nouvelle série policière. On a pour résultat des enquêtes inégales, un arc narratif sous-exploité et un personnage principal unidimensionnel.

Frankenstein…

Une fois redevenu jeune, la première action de Jimmy n’est pas d’aider Mary dans sa lutte contre le cancer, mais bien de faire éclater la vérité au grand jour quant aux hommes qui ont maquillé sa mort en suicide. Grâce aux informations obtenues par ses créateurs, il monte tout un dossier qu’il présente à Duval, lequel a désormais les coudées franches pour porter des accusations. Après quelques revirements de situation, l’opération réussit et Jimmy tente d’amadouer son fils en lui faisait accroire qu’il est son demi-frère. Refusant de dévoiler ses sources, il l’aide au second épisode à attraper deux criminels dangereux qui se sont échappés de prison tandis que dans le troisième, ils recherchent un psychopathe, le fils d’un homme très influent, qui a tué plusieurs personnes à coup de hache.

Second Chance fox

À la base, Fox nous présente Second Chance comme étant une adaptation de Frankenstein écrite il y a presque deux siècles par Mary Shelley. La comparaison est bien mince puisqu’à part la résurrection d’un être humain, Jimmy n’a rien d’un monstre, même s’il est doué d’une force surhumaine, qui par ailleurs ne lui vient pas nécessairement en aide lors des épisodes. On a donc affaire à une fausse prémisse; un prétexte pour présenter une nouvelle série policière. Il s’agit d’une récidive pour Fox qui à l’automne nous présentait Minority Report et dans laquelle un être étant capable de voir dans le futur assistait le FBI dans ses enquêtes. Même chose pour CBS et Limitless à la même période qui n’avait guère plus d’imagination en nous présentait un héros accro à une drogue permettant de développer son cerveau à son plein potentiel. Lui aussi s’alliait au FBI pour résoudre des crimes.

Dans Second Chance, c’est la force surhumaine qui est sensée distinguer son protagoniste, mais c’est davantage l’aide apportée par Otto et Mary qui permet de boucler les enquêtes. En effet, en quelques clics d’ordinateurs, ils peuvent s’emparer d’images captées par des caméras de surveillance ou actionner à distance les teasers des policiers, ce qui frise le ridicule. Ce « Hulk » de pacotille n’a donc pas grand-chose pour lui à part le fait qu’il se serve de ses réflexes de shérif pour cheminer. Outre le personnage principal, ce sont surtout les enquêtes qui achèvent de miner la série : inégales, on part d’une infiltration pour ensuite se retrouver en troisième semaine avec un déréglé mental digne des antihéros que l’on retrouverait dans Gotham. Le fait que ces coupables soient identifiés dès le premier quart de chaque épisode n’aide pas non plus à construire correctement une certaine tension. Quant aux scènes d’action, le combat entre Jimmy et le psychopathe en troisième semaine est extrêmement mal filmé; c’en est gênant.

Une seconde chance…

Imaginez que vous êtes mort et que quelle que soit l’explication, on vous ramène à la vie rajeuni de 40 ans, vous faites quoi? Dans la nouveauté de Fox, on donne à Jimmy un nouveau départ et tout ce qu’il trouve à faire est de se remettre au boulot. Certes, il était loin d’être un père modèle et son décès n’a pas touché grand monde, mais ça n’explique pas son peu de motivation à se réconcilier avec les siens. Pour ce genre de prémisse, on aurait carrément dû y aller avec les émotions, s’intéresser aux relations interpersonnelles, mais c’est beaucoup demander à un network. Quant à l’acteur principal, Robert Kazinski, il n’a pas hérité d’un scénario digne des oscars, mais on aurait aimé qu’il nous en donne plus au niveau de son jeu, de son langage, de sa mouvance : après tout, c’est un vieillard dans le corps d’un jeune premier.

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Quand on remonte à la source, on réalise que Second Chance en a eu plus d’une en fait. Sélectionnée à la dernière minute en mai par Fox, la série s’intitulait The Frankenstein Code, pour ensuite changer pour Lookinglass en août. Étant basée au départ à King County à Washington, on a décidé par la suite qu’elle se déroulerait plutôt à Seattle. Ce changement de location a même été remarqué par un téléspectateur averti qui a vu une plaque d’immatriculation de Washington dans le pilote! Pour ne rien arranger, en octobre, Fox a décidé de réduire la saison à seulement 11 épisodes.

Les chiffres vont dans le sens de ce brouhaha de production. Inséré dans la case horaire du mercredi, le premier épisode a attiré 4,77 millions de téléspectateurs en direct avec un maigre taux de 1,2 sur les 18-49 ans. La semaine suivante, ils étaient encore 3,75 devant leur écran, le taux baissant encore (1,0). Le coup de grâce ne s’est pas fait attendre bien longtemps puisque Fox a ensuite déménagé sa fiction dans la case du vendredi soir et seuls 2,2 millions de mordus (taux de 0,7) ont suivi le troisième épisode dans sa nouvelle case horaire. Le personnage principal a beau avoir été ramené à la vie, la série, elle, est pour ainsi dire déjà enterrée.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!