Accueil » Genre » Actualités » Guy Nantel et Jeff Fillion: coupables !

« On est rendu là »: c’est avec ces simples petits mots, en apparence innocents et sans conséquence, que l’humoriste Guy Nantel a réussi à provoquer une longue et pénible saga médiatique.

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Traînant avec lui un échange de commentaires indignés entre personnalités publiques par médias sociaux interposés, l’ouragan cache en son oeil un premier ministre se plaisant à entretenir un vaudeville ethno-religieux à des fins purement partisanes.

Guy Nantel et la culpabilité par association

Oui, les mots de Nantel peuvent sembler inoffensifs. Mais voyez-vous, chers amis, Guy Nantel est une personnalité publique suivie sur Facebook par plusieurs milliers de personnes et il se trouve que certains d’entre eux sont des imbéciles. Guy Nantel a également osé s’en prendre au penchant évident de Justin Trudeau pour la mascarade multiculturelle. Vous devinez la suite: des gens ont fait des commentaires que d’autres gens ont trouvé racistes. Il n’en fallait pas plus pour que ceux ayant une tribune médiatique parmi les gens qui trouvaient ces commentaires racistes se mettent à écrire des chroniques pour faire la leçon à Guy Nantel sur les utilisations acceptables et inacceptables de sa liberté d’expression.

Devant les réactions ulcérées des défenseurs de l’humoriste, ces braves chantres de l’inclusion rétorquaient qu’il ne s’agissait « pas de censure, mais de critique », comme si une critique s’auto-justifiait. Pourtant, la question n’est pas tant de savoir s’il s’agit d’une critique, mais bien de se demander si cette critique est juste, raisonnable et fondée. On aurait plutôt tendance à croire qu’elle n’est rien de tout cela. Rendre Guy Nantel coupable par association ou directement responsable de tout commentaire fâcheux publié sous ses publications, alors que nous avons déjà dit qu’il est suivi par des milliers de personnes, est ridicule et exagérément exigeant.

Guy Nantel

L’humoriste aura beau répliquer, rappeler à l’ordre, bloquer, de nouveaux trolls feront sans cesse leur apparition. Simon Jodoin et Judith Lussier devraient être les premiers à le savoir. Les pourfendeurs de Guy Nantel arguent également qu’en tant que personnalité publique, celui-ci a une plus grande responsabilité que n’importe quel quidam quant aux paroles qu’il envoie dans l’univers. Peut-être, mais la publication dont il est question ici constituait-elle vraiment une trahison de cette responsabilité ? Comment peut-on sérieusement croire cela ? Parce que des idiots ont répondu des insanités ? Pourtant, ces critiques ne sont pas sans savoir que des propos émis par une personnalité et la réponse à ceux-ci ne sont pas toujours du même ordre. Même les discours les plus rationnels, pondérés et consensuels peuvent susciter des réponses idiotes. Telle est la nature de la bête appelée « réseaux sociaux ».

« On est en rendu là », phrase polysémique s’il en est une, source de polémique, s’il faut en croire certains chroniqueurs. Pourtant, dans le contexte où elle a été rédigée, c’est-à-dire jumelée à une photo d’un premier ministre en costume traditionnel sikh, elle résume parfaitement notre situation collective actuelle sur l’enjeu du multiculturalisme. D’ailleurs, ceux qui ont critiqué Guy Nantel ne nient pas vraiment qu’on en soit rendu là. Ils semblent plutôt s’en réjouir. Ils semblent nous dire « puisqu’on en est rendu là, qu’on continue ! ». Oui, qu’on continue de revêtir des tenues traditionnelles étrangères à sa culture d’origine pour aller quêter quelques votes. Qu’on continue de confondre « ouverture » et assimilation inversée. Qu’on continue de célébrer tous les nationalismes en y voyant un signe indéniable de cette même ouverture, tout en boudant le nationalisme québécois, qui se résumerait bizarrement, lui, à un « repli sur soi ». Qu’on continue de dire que le multiculturalisme est « l’identité nationale du Canada », alors que l’idéologie multiculturelle nie le concept même d’identité nationale. Oui, qu’on continue. Qu’on continue de nous prendre pour des cons.

Jeff Fillion

Jeff Fillion

Jeff Fillion et la culpabilité perpétuelle

Ainsi, Jeff Fillion aurait encore gaffé. Pire, selon certains, il aurait encore « dépassé les bornes ». Au-delà des questions portant sur ces bornes dont l’emplacement change d’année en année et d’un individu à l’autre, il y a toute la colère que provoque instantanément chaque déclaration controversée de l’animateur à qui l’étiquette de « shock jockey » semble coller à la peau, pour employer le sobriquet le plus poli qu’on lui adresse habituellement.

Cette semaine, Fillion se retrouvait encore au centre d’une controverse dont lui seul semble connaître le secret. Après le passage de l’ex-Dragon et homme d’affaires Alexandre Taillefer à l’émission Tout Le Monde En Parle, Jeff Fillion tweetait les mots suivants:  » C’est la faute de Amazon. Alexandre Taillefer s’ouvre avec émotion sur la mort de son fils ». M Taillefer s’était effectivement ouvert avec émotion sur le suicide de son fils Thomas, 14 ans, qui aurait fait part de ses pensées suicidaires sur un site appartenant à Amazon. Le célébre homme d’affaires déplorait que les responsables du site n’aient rien fait pour l’alerter, alors qu’Amazon est capable de détecter que « vous voulez vous acheter des souliers rouges ». Jeff Fillion réagissait donc précisément à cet aspect de l’intervention d’Alexandre Taillefer.

Alexandre Taillefer

Commentaire maladroit sur un sujet délicat ? Certes. Mais doit-on perdre son emploi pour avoir foncé comme un éléphant dans un magasin de porcelaine ? Certains diront que seul le congédiement sied à une maladresse de ce genre, surtout lorsqu’elle est commise par une personnalité publique. Encore une fois, comme dans l’affaire Nantel, c’est l’argument du devoir de prudence qui incombe à la personne connue en matière de liberté d’expression.

D’autres jugeront qu’il s’agit là d’une punition trop sévère. D’autres encore ajouteront que le fait de s’appeler Jeff Fillion constitue peut-être un facteur aggravant, dans un tel cas. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la pluie de commentaires en réaction à l’affaire, dont certains sont ironiquement plus orduriers que le tweet à l’origine de toute cette controverse. On associe les fans des « radios-poubelles » aux nazis (ah, bon Radio Énergie est une « radio-poubelle », maintenant ?), on propose de « couper les vivres » aux animateurs comme Jeff Fillion, on dit à ses fans de « manger de la marde » en les qualifiant de « hooligans », etc. C’est la meute anti-Fillion, souvent montréalaise et de gauche, qui frappe maladivement sur un animateur qui n’est que le symbole le plus connu d’un phénomène bien plus vaste et d’une culture radiophonique souvent mal comprise.

Bref, si Jeff Fillion n’a effectivement pas le don de se faire aimer, ceux qui le détestent avec le plus de véhémence sont loin de le surpasser en termes de raffinement et d’intelligence. La grossièreté des uns ne justifie évidemment pas celle des autres, mais il est toujours sain d’enlever la poutre dans son oeil avant de pointer la paille dans l’oeil de l’autre.

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Evan J. Demers

Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.